Le 13 janvier dernier , la station des Contamines-Montjoie accueillait la coupe du monde de ski freestyle (half-pipe et skicross) pour la sixième année consécutive. Fait plutôt rare, de nombreux riders nord-américains avaient fait le déplacement, signe de la montée en puissance du circuit coupe du monde. A ses débuts – en 2003 pour le skicross, l’année suivante pour le half-pipe – la coupe du monde était au ski freestyle ce que la coupe de la ligue est au football français : une compétition qu’on était certes heureux de gagner, mais dont tout le monde se demandait finalement à quoi elle servait. Ce constat valait surtout pour le half-pipe « Certains pipes étaient indignes d’accueillir des étapes de coupe du monde », se souvient Jean-Laurent Ratchel, freestyler de la Clusaz, fidèle du circuit depuis sa création. Ajoutez à cela un calendrier qui n’en était pas un – il y a deux ans, l’étape des Contamines était la seule disputée de tout l’hiver – et vous comprendrez mieux la désaffection des meilleurs riders du monde pour le circuit mis en place par la Fédération internationale de ski (FIS), lui préférant les X-Games, « petits Jeux Olympiques du ski freestyle qui se déroulent chaque année aux EU » rappelle Yohann Boutin, team manager Europe freeski chez Dynastar.  Depuis, les choses ont évolué dans le bon sens, de l’avis de nombreux freestylers. « La FIS a pris le temps d’aller voir ce qui se faisait sur les autres compétitions en termes d’infrastructures et d’organisation et a su s’adapter à nos attentes », note JL Ratchel. Pierre Guyot, freestyler des Ménuires, partage ce jugement : « Ici aux Contamines, le pipe est vraiment de bonne qualité. Même les Ricains s’y font plaisir, c’est dire ! ».
« Super-entraînement » pour les X-Games La présence de coureurs américains et canadiens – comme Casey Puckett et Sarah Burke, respectivement vainqueurs du skicross messieurs et du half-pipe dames aux X-Games l’an passé – témoigne d’ailleurs à elle seule du regain d’intérêt du circuit FIS aux yeux des riders. Bien sûr, comme l’indique Ophélie David, « ils sont venus sur la coupe du monde pour avoir le droit de représenter leur pays aux prochains Jeux Olympiques. Mais du coup, ajoute la quadruple lauréate de la coupe du monde de skicross, la compétition devient de plus en plus difficile». Rémi Sella, directeur sportif du ski freestyle à la Fédération française de ski, va même plus loin: « Le niveau technique des épreuves de coupe du monde n’a aujourd’hui rien à envier aux X-Games. On l’a bien vu avec la victoire ici aux Contamines du Tchèque Tomas Kraus, habitué du circuit FIS, devant l’Américain Casey Puckett, qui a souvent brillé aux X-Games ».  En half-pipe, il subsiste un peu plus d’écart entre la coupe du monde et l’épreuve phare américaine : « Même si Benjamin Ravanel, le shaper, a fait un boulot énorme sur le pipe, il reste un peu petit par rapport à ce qu’on trouve sur les grosses compétitions internationales. C’est dommage, car ne permet pas tout à fait aux meilleurs d’exprimer 100 % de leur potentiel », regrette Greg Guinet, entraîneur du groupe France de ski freestyle à la FFS, qui considère néanmoins cette étape comme une sorte de super-entraînement avant les X-Games, où deux skieurs de son groupe – Kevin Rolland et Xavier Bertoni – seront présents. Aux Contamines, les riders pouvaient monter jusqu’à cinq mètres au-dessus du coping (le bord supérieur du tube), soit deux mètres de moins que sur les X-Games par exemple. Malgré tout, ajoute le coach des Bleus, « la coupe du monde reste quelque chose d’important pour nous, car c’est une compétition qui parle beaucoup au grand public et aux sponsors. » Yohann Boutin le confirme : « Une marque comme Dynastar a besoin de compétiteurs, et c’est sûr qu’une victoire en coupe du monde, ça compte, ne serait-ce que par sa visibilité médiatique. Et puis il ne faut pas oublier que c’est l’épreuve qui permet aux jeunes riders de vraiment s’identifier. S’ils y brillent régulièrement, ils pourront se démarquer et décrocher peut-être une invitation pour les X-Games, qui reste aujourd’hui la référence absolue. » S’il reste encore du travail avant de rivaliser vraiment avec les X-Games – l’admission du ski half-pipe aux JO accélérerait considérablement le processus – la coupe du monde de la FIS est incontestablement sur la bonne voie. La Ligue des Champions, c’est peut-être pour bientôt…
Martin Léger Résultats Skicross messieurs : 1. Tomas Kraus (République Tchèque) ; 2. Casey Puckett (EU) ; 3. Stanley Hayer (Canada) ; 4. Ted Piccard (France) Skicross dames : 1. Ophélie David (France) ; 2. Heeda Bernsten (Norvège) ; 3. Meryl Boulangeat (France) Half-pipe messieurs : 1. Matthew Heward (Canada) ; 2. Kevin Rolland (France) ; 3. Justin Dorey (Canada) Half-pipe dames : 1. Sarah Burke (Canada) ; 2. Jeniifer Hudak (EU) ; 3. Mirjam Jaeger (Suisse) |