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| ACTUMONTAGNE.COM | mardi 26 octobre 2004

Destivelle a-t-elle des ailes ?

Plusieurs fois championne du monde d'escalade, Catherine Destivelle est aussi une alpiniste hors pair, auteur d'ascensions solitaires dans de grandes faces nord. Rencontre en toute simplicité avec cette grande dame de la montagne qui a posé son sac aux Houches, "pour être à pied d'œuvre".

Question : "Yves Ballu vous qualifie de "meilleure alpiniste féminine de sa génération", qu'en pensez-vous ?"
Réponse : "Je trouve ça injuste par rapport à d'autres alpinistes comme Lynn Hill, et franchement, je m'en fous !".

Cette réplique souriante et sincère résume bien l'esprit de Catherine Destivelle, à la fois très médiatisée mais peu soucieuse de ce qu'on peut penser d'elle. Nature, quoi !
La nature et l'escalade, c'est à Fontainebleau qu'elle les découvre, comme beaucoup de Parisiens. Très douée, elle se fait remarquer par l'encadrement du Caf (Club alpin français) et participe dès son adolescence aux sorties en falaises et en montagne. "Plus la difficulté à vaincre était grande, plus mon plaisir augmentait. L'escalade, peu à peu, me possédait comme une drogue", raconte-t-elle dans Ascensions*. Elle enchaîne alors avec boulimie les voies difficiles dans le Verdon, l'Oisans et le massif du Mont-Blanc, souvent en cachette de ses parents.



À 20 ans, elle devient kinésithérapeute "pour savoir comment fonctionnent les muscles et pour connaître le corps humain".
Après un petit passage à vide pendant lequel elle s'adonne au poker, on lui propose un film d'escalade dans les gorges du Verdon. C'est le déclic qui lui remet le pied à l'étrier, à tel point qu'elle remporte dans la foulée la première compétition d'escalade à Bardonecchia, en Italie, en 1985. Elle devient alors une "professionnelle de l'escalade", avec sponsors, séances de photos et plusieurs titres de championne du monde... jusqu'à ce que ce mode de vie vienne à lui peser. Elle décide donc d'arrêter les compétitions en 1990 : "À partir de ce moment, je me consacrai à ma passion, la montagne, l'escalade naturelle, l'aventure".

"En solo, on se sent invincible"

Et effectivement, elle vit ce retour à la montagne avec un grand enthousiasme. En 1990, elle réalise un projet longuement mûri : l'ascension en solo du pilier Bonatti aux Drus. Pourquoi en solo ? "Ça donne le sentiment d'être très fort, invincible. On est très concentré, donc on grimpe d'une façon parfaite". Dans les années 90, elle accomplit d'autres grandes courses marquantes en solo : l'ouverture d'une nouvelle voie en hiver dans les Drus, ainsi que les faces nord, toujours en solitaire et en hiver, de l'Eiger, des Grandes Jorasses et du Cervin. "Le moment le plus fort, c'est l'Eiger. J'étais vraiment contente de moi. J'ai bien grimpé et je ne me suis pas fait peur".



Comme tout grand alpiniste, elle va prendre la mesure de l'Himalaya, mais ce n'est pas son truc. "Pour me sentir à l'aise, j'ai besoin d'être au mieux de mes moyens. En altitude, on est toujours dans un drôle d'état". Elle gravit tout de même un 8 000 mètres, le Shishapangma, avec son compagnon Erik Decamp, mais le couple échoue sur la face sud de l'Annapurna. En 1996, elle tombe d'un sommet en Antarctique et parvient à revenir au camp de base avec une fracture ouverte de la jambe. Elle sort vivante de ce long calvaire, "grâce à l'expérience accumulée en montagne, sinon, on serait morts".
Aujourd'hui, à 44 ans, Catherine Destivelle élève avec Erik Decamp leur fils de 7 ans aux Houches. Elle est conseillère technique chez Lafuma : "Je leur indique des trucs de bon sens. Je réfléchis beaucoup au matériel, j'adore ça". Elle fait aussi des conférences dites "de motivation" en entreprise. "Je grimpe moins souvent qu'avant, car j'ai envie de passer du temps avec mon fils. Mais quand je grimpe, je suis la même. En 1999, j'étais déjà maman et j'ai fait une solitaire à la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, dans les Dolomites. De toute façon, je n'ai jamais eu l'impression de prendre de risque." À sa manière déterminée, Catherine Destivelle continue donc son petit bonhomme de chemin. Un chemin qui fait rêver bien des alpinistes...

Jeanne Palay

* Ascensions de Catherine Destivelle, chez Arthaud, 2004.

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