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Les séjours collectifs jeunes précieux pour la montagne

©Piola666

A l'heure des vacances de Pâques, l'opération Génération Montagne bat son plein dans quelque 70 stations d'Auvergne-Rhône-Alpes encore ouvertes. Inédite et déployée sur trois ans, elle vise à encourager les séjours collectifs des 8-25 ans en montagne. Outre leur dimension sociale, ils sont vitaux pour l'activité économique des territoires. Aujourd'hui, comme pour demain. Ces jeunes sont en effet les futurs clients de la destination montagne.

C'est à Châtel que le coup d'envoi de l'opération de grande ampleur de reconquête de la clientèle des jeunes (8-25 ans) a été donné par Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, l'Association nationale des maires de stations de montagne et leurs nombreux partenaires. Un choix qui ne doit rien au hasard ! "Il y a 20 ans en arrière, la vallée d'Abondance, avec plus d'une trentaine de centres de vacances, se plaçait en tête des séjours collectifs en France", rappelle Michel Girard, directeur commercial des remontées mécaniques de Châtel. Aujourd'hui, la station des Portes du Soleil en compte encore onze en activité, hôtes de classes de découverte ou de séjours de groupe pour enfants, ados et jeunes adultes. Cette clientèle collective représente près de 4,5% du chiffre d'affaires de la SAEM Sport & Tourisme.

A Châtel, table ronde avec les réseaux d'hébergeurs sur le renouvellement générationel des clientèles pour le coup d'envoi de Génération Montagne

Invité à découvrir la montagne par Génération Montagne, le jeune YouTuber Sulivan n'est pas passé incognito dans les rues de Châtel ! ©Actu!montagne

Mais Châtel est un peu une exception dans le paysage des stations de la région Auvergne-Rhône-Alpes, où ce type d'hébergement a soit disparu, soit se fait rare. Depuis plusieurs années, la baisse des séjours collectifs des 8-25 ans a impacté les établissements. Plusieurs facteurs sont en cause : des jeunes ou leur famille préfèrent les séjours individuels, les aides financières aux familles émanant des collectivités locales ont baissé, arbitrages budgétaires défavorables aux vacances face aux difficultés économiques des ménages, précarité croissante chez les jeunes ou encore désamour de la destination montagne de la part du public jeune, surtout l'été. "La part des 10-19 ans en montagne représentait au global 20% de la clientèle en 1995, en 2015, elle a chuté à 14%", met en exergue Lionel Flasseur, dg du Comité Régional du Tourisme Auvergne-Rhône-Alpes.

©D.Molchanov

Des clients aussi importants que les autres
L'érosion de cette clientèle est inquiètante pour la montagne, à long terme, tout d'abord. Dans une économie touristique mondialisée, il ne faut négliger aucune clientèle. Les Chinois, nos voisins belges ou britanniques, comme les enfants en classe de neige ou les groupes d'étudiants en stages de cohésion ! "C'est dès le plus jeune âge qu'il faut donner le goût de la montagne aux jeunes", souligne Annick Cressens, maire de Beaufort-Arêches, co-présidente du comité de pilotage de Génération Montagne. "Notre destination doit s'ancrer en eux durablement, pour qu'une fois adultes, ils aient le réflexe montagne à l'heure du choix de leurs lieux de vacances ", explique Violaine Villette, présidente de Savoie Mont-Blanc Juniors et co-présidente du comité de pilotage de Génération Montagne. Ces jeunes en séjours collectifs sont la clientèle individuelle de demain de la montagne.

Brigitte Cruz-Mermy, propriétaire du centre de vacances Le Val Joli à Châtel dont 80% des petits séjournants font du ski pour la première fois !
Mais, leur présence reste toujours vitale pour l'économie et l'aménagement des territoires d'altitude aujourd'hui. Les centres de vacances sont pourvoyeurs d'activité et d'emploi, notamment en dehors des vacances scolaires de Noël et de février. "En janvier et en mars, nous faisons travailler les moniteurs des écoles de ski, les accompagnateurs en montagne, les remontées mécaniques, mais aussi la boulangerie, la papeterie, la pharmacie, le médecin ou encore l'agriculteur", témoigne Brigitte Cruz-Mermy, propriétaire du Val Joli à Châtel, une affaire familiale, créée par ses parents en 1962 et qu'elle a reprise avec son mari en 1995. Parce qu'elle a foi dans son métier et dans les valeurs que les séjours collectifs véhiculent (autonomie, cohésion, solidarité, mixité sociale), l'exploitante a investi 600 000€ ces dernières années pour renover et mettre aux normes son établissement, faisant appel à des entreprises locales du bâtiment. Le Val Joli a bénéficié d'une aide de la Région pour financer les études préalabes à son projet de rénovation (14 000€) et d'une subvention à l'investissement (100 000€).

Muriel Antoniotti en charge du pôle montagne pour tous au CRT Auvergne Rhône Alpes
Le coup de pouce de la Région aux centres de vacances peut aller jusqu'à 250 000 € a rappelé à Châtel, Nicolas Daragon, vice-président de la Région et président d'Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme. Outre l'ingéniérie et l'investissement, d'autres leviers sont concernés, comme la formation pour professionnaliser les acteurs, ainsi que la promotion et à la mise en marché de la filière. Génération Montagne en est la première concrétisation.
"Le bilan de sa première édition sera dressé en juin prochain à Autrans", précise Muriel Antoniotti, en charge du pôle montagne tourisme pour tous au CRT Auvergne Rhône-Alpes Tourisme. Cheville ouvrière de l'opération, elle se félicite que d'autres pays européens souhaitent participer en 2018. Preuve qu'en matière de renouvellement des clientèles touristiques de la montagne, cette initiative collective a frappé juste !

Sophie Chanaron

Ils ont dit :

Lionel Flasseur
DG du Comité Régional du Tourisme Auvergne-Rhône-Alpes

Lionel Flasseur, dg du Comité Régional du Tourisme Auvergne-Rhône-Alpes

"La destination montagne a probablement chez les jeunes une image en décalage avec la réalité. Par méconnaissance, ils peuvent la considérer comme un lieu d'efforts et pas assez ludique ni assez connectée. Notre rôle, notamment à travers Génération Montagne, c'est de dire que la montagne est moderne dans son approche et dans ses plaisirs, tout en conservant ses valeurs. Notre objectif c'est qu'ils vivent, expérimentent de façon collective la montagne plutôt qu'ils ne la consomment. Des études montrent que 46% des jeunes ayant pratiqué des activités montagne ne s'en sentaient pas capables au départ. De même, plus de 69% des jeunes qui reviennent d'un séjour en montagne sont remotivés ou se sentent mieux dans leurs baskets".

Xavier Hernandez, en charge des publics -25 ans à l'UCPA

Xavier Hernandez, en charge des publics -25 ans à l'UCPA
"Il y a beaucoup de potentialité à la montagne pour les jeunes avec le multisport et la multiactivité. L'été, la montagne peut être moins chère que la mer pour les populations urbaines de proximité (Lyon, Grenoble...) et elle est aussi plus variée avec des activités aquatiques, la rando, le ski sur les glaciers... Sur la clientèle jeunes, le prix est très important. Nos tarifs sont des tout compris et sont très compétitifs sur le marché, hiver compris".

Jean-François Vuarand, directeur de Châtel Tourisme

Jean-François Vuarand, directeur de Châtel Tourisme
"Avec ses onze centres de vacances, Châtel reste une destination prisée pour les séjours collectifs des publics jeunes. Des enfants originaires principalement de milieux hyper-urbanisés qui viennent chez nous pour découvrir un village de montagne à la frontière suisse, relié à un grand domaine -les Portes du Soleil-, mais où l'agriculture est encore très présente. Notre vallée est le berceau du fromage d'Abondance. Nous cultivons cette singularité en leur faisant visiter les exploitations agricoles, où ils partageront un goûter à la ferme. C'est une vraie valeur ajoutée pour notre produit touristique".

Francis Fehlen, dg d'Evad&vous

Francis Fehlen, dg d'Evad&vous
Cet organisme basé à Nancy fait venir chaque année 400 établissements scolaires dans une trentaine de stations de montagne, dont Châtel. "Nos principales difficultés pour faire venir des collégiens et des lycéens en station aujourd'hui sont d'ordre administratif. Le produit est bon, la montagne est attractive, les enseignants y viennent pour retrouver des fondamentaux", explique Francis Fehlen, ancien professeur d'EPS. "Les collègues sont obligés de s'y prendre un an à l'avance pour organiser un séjour au ski, tant il faut qu'ils remplissent des formalités. La perte de la gratuité des enseignants nous pénalise aussi fortement. Aujourd'hui, on est sur des séjours de plus en plus courts. Oubliés les séjours d'un mois comme il y a 20 ans ! Les séjours au ski sont de cinq jours, mais le forfait de ski est lui de quatre jours pour tenir dans le budget. On me demande avant tout un prix plutôt qu'une destination. Ici, à Châtel, en mettant autour de la table les hébergeurs, les remontées mécaniques et les socio-pros, nous trouvons les solutions pour faire passer les projets. Nous avons besoin de retrouver de l'humain, pas d'un produit montagne plus plus plus !".