

Fernand Pareau est le doyen des guides en activité de la compagnie de Chamonix. Rencontre avec ce jeune homme de 80 ans, qui a toujours le regard rayonnant quand il parle de la montagne ou de son métier.
Le visage buriné, marqué d'innombrables rides de sourire, les yeux lumineux, chaleureux, et la tignasse blanche en bataille, Fernand Pareau respire la joie de vivre, la sérénité et l'énergie. Qui lui donnerait ses 80 ans ? Certainement pas les clients qu'il conduit en montagne depuis des décennies, parfois même des générations ! Une fidélité surprenante, à l'heure du zapping généralisé. "Il respecte la personne qu'il emmène, ralentissant pour lui permettre d'accéder au mieux au but projeté, lui redonnant confiance et le faisant parvenir au maximum de ses possibilités", affirme avec gratitude l'un de ses clients. Un autre évoque "sa gentillesse, son calme à toute épreuve et son visage rayonnant de bonté". Fernand Pareau fait partie de ces rencontres marquantes, qui donnent confiance en la nature humaine.
Né dans un petit village des Vosges en 1925, il est envoyé en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale pour travailler dans une ferme. Après sa libération par les Américains, il retrouve son village complètement détruit. Il part donc rejoindre sa sœur qui travaille à Argentière et s'est mariée avec un guide de la vallée. À 20 ans, l'arrivée dans le massif du Mont-Blanc est une révélation pour lui, il se souvient encore avec vivacité de ce "coup de foudre devant le paysage". Coup de foudre bientôt suivi d'un autre, pour Hélène Ravanel, qu'il épouse. Il s'installe donc dans la vallée, travaillant dans une ferme, puis dans une menuiserie.
Parallèlement, il commence à grimper et à parcourir la montagne, notamment avec le mari de sa sœur : "Tous nos voisins étaient guides, et ma femme était elle-même issue d'une famille de guides. Je ne pouvais pas faire autrement que de grimper", résume Fernand avec modestie. Tant et si bien qu'il devient lui-même aspirant-guide en 1953, et guide en 1956, à la compagnie de Chamonix. Comme les téléphériques ne sont pas encore construits, on ne peut vivre de ce métier que l'été. Le reste de l'année, il faut bien donner à manger à ses deux fils, alors il travaille à la SNCF. Mais ne l'imaginez pas assis au chaud derrière un bureau. Non, il a besoin d'être à l'extérieur, cet homme ! Il travaille sur la voie, déplaçant les rails à la main et déblayant la neige l'hiver pour que le train puisse passer. Un métier très dur physiquement, qui lui donne l'impression de se reposer quand il travaille comme guide. Et pourtant, il trouve encore l'énergie de construire lui-même son chalet des Houches, après ses journées à la SNCF, entre 1963 et 1965.
Toujours le même émerveillement
À 51 ans, il quitte son emploi à la SCNF et depuis presque trente ans, il vit du métier de guide toute l'année. Et la retraite ? "Tant que je pourrai continuer, je le ferai. J'ai toujours envie d'exercer, c'est ce qui me maintient en forme. Je suis monté 150 fois au sommet du mont Blanc, mais à chaque fois c'est différent, car on est avec des gens différents. Je fais surtout des courses de neige maintenant, moins d'escalade. Cet été, j'ai emmené des clients au Grand Paradis, au mont Rose, au Castor. Et au sommet d'une via ferrata en Italie, nous avons trouvé des edelweiss". Toute la passion de Fernand pour la nature se révèle dans cet émerveillement devant une fleur qu'il a dû voir des centaines de fois. Aucune lassitude ni routine, voilà sans doute le secret de cette jeunesse qui semble éternelle chez lui.
L'amour de la nature le conduit également à s'engager avec grande conviction dans un combat pour l'environnement et contre les camions dans la vallée. "Ce qui m'inquiète le plus, c'est la dégradation de l'environnement. Au refuge des Cosmiques, situé juste au-dessus du tunnel du Mont-Blanc, ils puisent l'eau dans le glacier et ils retrouvent des bulles d'huile dedans. Même les glaciers ne veulent plus nous voir, ils reculent ! J'espère qu'à force d'en parler, il y aura une prise de conscience, un sursaut. Sinon, qu'est-ce qu'on va leur laisser, à nos enfants ?" Là encore, Fernand nous montre le chemin...
Jeanne Palay