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Katia Lafaille, mère et aventurière

Marraine du 4e FestiTrail d’Autrans, qui se déroulait en parallèle du 28e Festival du film de montagne début décembre, l’épouse de Jean-Christophe Lafaille, disparu au Makalu en janvier 2006, s’est reconstruite dans l’exploration des grands espaces, où elle embarque parfois ses deux enfants. Quand elle ne court pas le monde, elle se ressource à Chamonix, écrit ou participe à des conférences et à des festivals, comme celui d’Autrans, où nous l’avons rencontrée, de retour du Grand Canyon.

Actumontagne.com : Vous êtes la marraine du 4e Festitrail d’Autrans, un sport que vous pratiquez ?
Katia Lafaille : Oui beaucoup avec le vélo mais pas en compétition. Le trail, c’est un milieu que je ne connais pas, mais j’admire les traileurs, leurs performances, ils sont impressionnants. Mais je n’en fais pas, je n’aime pas la compétition. Je préfère le calme, la contemplation, me fondre dans la nature, comme je viens de le faire en Arizona cet automne en traversant la Grand Canyon en courant, avec le sentiment de plonger dans les entrailles de la terre.

Actumontagne.com : Une escapade en famille ou en solitaire ?
K.L. : En solo. Au départ, je devais faire cette traversée avec mes enfants, en trois jours, mais depuis quatre ans je me heurte à un problème qui nous empêche de le faire : les emplacements de camping au fond du Grand Canyon sont toujours complets, donc il n’est pas possible d’obtenir un permis pour camper. J’ai donc eu l’idée de partir seule pour pouvoir faire la traversée en une journée et ainsi ne pas avoir besoin de permis des autorités. Il m’a fallu 6h50 pour traverser le Grand Canyon de la rive nord à la rive sud. Soit 35 km et 1800 m de dénivelé positif que j’ai parcouru en autonomie et en courant une grande partie de l’itinéraire. Ensuite, je suis allée explorée les criques du lac Powell en kayak, puis suis retournée à la boucle de Slickrock, pour la faire non plus à vélo, mais en courant. Une aventure éprouvante, mais comme toujours très enrichissante.

Après le vélo, c’est à pied que Katia Lafaille s’attaque à la boucle Slickrock en Arizona
Après le vélo, c’est à pied que Katia Lafaille s’est attaquée à la boucle Slickrock en Arizona

Actumontagne.com : Lors de votre intervention sur scène la veille du départ du Festitrail, vous avez dit que vous n’aimiez pas l’extrême. Pourtant vous vous êtes révélée dans l’extrême, aux côté de Jean-Christophe Lafaille, et vous accomplissez aujourd’hui des exploits sportifs qui ne sont pas à la portée de tout le monde, comme votre expédition à l’Aconcagua ou ce projet d’expédition en Laponie en solitaire en février prochain...
K.L. : Jean-Christophe était un grand professionnel qui côtoyait l’extrême. Il ne laissait rien au hasard, tout était très préparé et très organisé. Je ne me considère pas comme une figure de l’extrême, mais comme une aventurière curieuse et passionnée, par la nature et aussi par les rencontres. Mon expédition à l’Aconcagua, retracée dans le film Katia au plus près du ciel, avait pour but de dire un ultime adieu à Jean-Christophe. Mon objectif était d’arriver le plus haut possible, le sommet c’était la cerise sur le gâteau. J’ai envie et besoin de partager avec les autres ce que je fais, ce que je vis, de faire rêver ou de contribuer à la décision de personne  d’oser vivre son aventure. J’emmène souvent mes enfants avec moi tout en encourageant les familles à partir en exploration avec leur petite tribu.

Actumontagne.com : Et ce projet en Laponie, en quoi consiste-t-il ?
K.L. : Je compte effectuer en randonnée nordique et équipée d’une pulka, le tronçon nord de la Kungsleden en solitaire, du 29 février au 9 mars prochain. C’est un itinéraire situé à 200 km au-dessous du cercle polaire, dans un environnement sauvage en Laponie suédoise. Une première expérience qui me permettra de voir comment je gère la solitude, mes étapes, le matériel, les conditions climatiques qui peuvent être extrêmes avant d’envisager des projets plus ambitieux. J’ai prévu six étapes, dont l’ascension du mont Kebnekaise 2111 m, point culminant de la Suède, si les conditions le permettent.

Actumontagne.com : Et vos enfants, ils ne sont pas inquiets pour vous ?
K.L. : Un petit peu oui même s’ils sont habitués. Je leur explique toujours mes projets afin de les rassurer, et répondre à leurs questions.  Je pense qu’ils ont confiance en leur mère. Je ne suis pas une tête brûlée. Ma priorité est de rentrer de mes expéditions sur mes deux jambes. Je n’ai rien à prouver, juste prendre du plaisir et le partager.
Actumontagne.com : A Autrans, vous avez aussi présenté votre livre Sans lui, sorti en 2008, un émouvant hommage à Jean-Christophe Lafaille, qui raconte votre histoire commune. Que vous apporte l’écriture ?
K.L. : J’aime beaucoup l’écriture. C’est encore l’occasion pour moi de partager. Je me suis rendue compte qu’à travers ce livre, je comblais beaucoup de détresse de personnes qui sont dans le deuil. J’ai des retours magnifiques qui donnent un sens à ce que je fais et surtout cet ouvrage a contribué à ce que je retrouve mon identité.
Après le Grand Canyon, Katia est aussi partie à la découverte des criques du lac Powell
Après le Grand Canyon, Katia est aussi partie à la découverte des criques du lac Powell

 

Actumontagne.com : Vivez-vous de votre activité ?
K.L. : Non. A bientôt 42 ans, je suis toujours dans l’incertitude du lendemain. Je vis seule avec mes deux enfants et ce n’est pas toujours facile de joindre les deux bouts. Ces projets sont mon moteur et ma liberté. Dans la nature, je me sens vraiment vivante.  Néanmoins, il faut pouvoir assumer ses charges, j’envisage reprendre une activité professionnelle à temps partiel qui me permettra aussi de retrouver un lien social et humain qui me manque aujourd’hui.

Propos recueillis par Sophie Chanaron

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