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La 28e Pierra Menta, côté foule

Le temps capricieux n’a pas découragé les 2000 spectateurs de chausser les skis de rando ou les raquettes à neige pour aller encourager les concurrents de la Pierra Menta 2013. La 3e étape de la plus populaire des courses de ski alpinisme françaises est un moment de ferveur et de communion intense, entre une foule joyeuse et bienveillante, et des coureurs qui se transcendent.

Arêches-Beaufort, samedi 23 mars. Parents, enfants, amis, supporters d’un jour ou de toujours, ils sont entre 1500 et 2000 à faire la queue dès 5 heures du matin au télésiège du Grand Mont. La majorité de ces passagers de tous âges embarque pour Cuvy, d’où ils vont rallier en ski de randonnée, en raquettes à neige, voire à pied, le col de la Forclaz (2339 m), 600 mètres plus haut. Cette année, parcours de repli oblige, le col est le meilleur endroit pour aller encourager les coureurs au départ de la 3e étape de la 28e Pierra Menta, et suivre leur évolution sur les points hauts de l’épreuve. En effet, par souci de sécurité, c’est l’antécime du Grand Mont d’Arêches (2651 m) que les concurrents vont franchir, et non le sommet habituel où se masse généralement la foule.

La Pierra Menta se mérite !
Pour les spectateurs, la montée jusqu’au col va durer au minimum deux heures. Et ce matin-là, elle se mérite car les conditions ne sont pas terribles : de méchantes rafales de vent et des averses de flocons de neige altèrent la progression des courageux. Mais ce public de fidèles ne semble pas affecté par ce contexte hivernal. Aller au plus près des coureurs fait partie du rituel de la Pierra Menta. Bons nombres d’entre eux sont des randonneurs à ski réguliers. Mais il y a aussi pas mal de néophytes de la peau de phoques, et beaucoup d’enfants. Arrivés au col, et en dépit de l’effort qu’ils viennent d’accomplir, tous ces spectateurs ont le sourire ou le retrouvent !

Martine (à droite) assiste à sa 26e Pierra Menta, une première pour son amie Isabelle
Martine (à droite) assiste à sa 26e Pierra Menta, une première pour son amie Isabelle

A 8 heures du matin, c’est une véritable haie humaine de près de 400 m qui s’étire le long du col de la Forclaz. Chaudrons à fondue et barbecues fument en divers endroits de la foule. Les bouchons de bouteilles de blanc et de génépi sautent allègrement au son de l’accordéon. On entend parler français, mais aussi italien, catalan, espagnol ou encore anglais et allemand. Dans ce paysage de pics et de neige d’habitude rompu au silence, c’est une véritable ambiance de fête populaire qui résonne sous le couvercle blanc. Même les choucas sont de la partie, virevoltant au-dessus des têtes des spectateurs qui guettent les premiers concurrents.
A 8h45, le duo de choc formé par Mathéo Jacquemoud et Wiliam Bon Mardion, aux commandes de la course depuis le premier jour, déboule à un train d’enfer. Ils sont acclamés par les hourras de la foule et le tintamarre des clarines. Ils passent si près du public qu’on craint qu’un spectateur trop enthousiaste n’en fasse tomber un ! Leurs poursuivants arrivent une poignée de minutes plus tard. Eux aussi sont fortement ovationnés. Idem pour les suivants car ici, on salut avant tout l’exploit de ces athlètes. Porteurs des valeurs d’engagement de la montagne, ils donnent tout son sens à l’esprit de cordée.

Portés par la foule
A l’applaudimètre, la paire féminine Laetitia Roux et Mireia Miro, qui tient la tête chez les filles depuis le début de cette édition 2013, décroche assurément le pompon ! La Française, championne du monde en individuel cette saison, apprécie ce public démonstratif et bienveillant. Son sourire au moment où sa cordée traverse cette muraille humaine, traduit sa joie d’être là. "A la Pierra Menta, on est porté par le public, c’est exceptionnel ce qu’on ressent, on vient aussi ici pour ces moments de ferveur", déclare la jeune femme dans la raquette d’arrivée, même pas émoussée par ces trois jours d’épreuves ! Ses premiers remerciements vont à sa coéquipière espagnole avec laquelle elles forment un tandem époustouflant.  Elle n’oublie pas le public, les anonymes comme son fan-club, venu de Savines (05) la supporter, ainsi que Mireia.

Le fan-club de Laetitia, fier de sa championne !
Le fan-club de Laetitia, fier de sa championne !

Alors que les premiers ont franchi depuis belle lurette la ligne d’arrivée et enchaînent les interviews, ils sont encore une poignée à passer au col de la Forclaz, toujours bondé. Ils y puisernt les ressources ultimes pour poursuivre cette étape de 2600 mètres de dénivelé et totalisant 20 km. Loin des champions de la discipline, ils aspirent à une seule chose, boucler la Pierra Menta, cette course mythique que tout skieur-alpiniste rêve de disputer. Sur les 420 candidatures reçues, 200 équipes seulement ont été retenues pour l'épreuve reine… C'est dire les prétendants !
Dans la raquette d’arrivée autour de laquelle il y a foule, les leaders évoquent déjà leurs prochains rendez-vous sportifs. Mathéo Jacquemoud et Wiliam Bon Mardion, l’enfant du pays, visent désormais la Mezzalama en Italie, avec Kilian Jornet en 3e larron ! On se demande bien qui pourra battre un tel trio ! Laetitia Roux ira aussi en Italie, mais avant ce rendez-vous, elle est au départ de l’épreuve de ski alpinisme des 2e Jeux mondiaux militaires d’hiver, mardi 26 avril (NDLR : épreuve individuelle qu'elle a gagnée depuis!) plus le relais le 28 mars à Chamonix. "Le 20 avril, je serai aussi à la Matterhorn Ultraks, une nouvelle course suisse de ski-alpinisme dont je suis la marraine". Impressionnante ! Mais à la Pierra Menta, tout impressionne : les vainqueurs hors du commun, les coureurs amateurs opiniâtres et courageux, avalant des montées et des descentes vertigineuses, les 300 bénévoles sur le pont nuit et jour ou encore la couverture médiatique. Cette année, elle est encore montée d’un cran avec des moyens jamais déployés jusqu’ici par France 3 et France Bleue. Le signe que le ski-alpinisme, sport exigeant mais tellement télégénique, est entrain de sortir de la confidentialité, pour le plus grand bonheur de ses héros.
Sophie Chanaron

Gwendal Peizerat : et de deux !


Le champion olympique de danse sur glace 2002, Gwendal Peizerat a pris le départ de la Pierra Menta pour la deuxième année. "L’an dernier, c’était de l’inconscience, cette année, c’est du courage", plaisante-t-il "Je me suis mieux entraîné et du coup, j’ai pris plus de plaisir lors de cette édition. Marco (NDLR : Camandona, son coéquipier, guide de haute montagne), que j’ai rencontré l’an dernier la veille de la course et que j’ai retrouvé cette année, a été formidable et très patient. Sans lui, je n’y serais pas arrivé". A travers sa participation, celui qui est entre autres délégué au sport à la Région Rhônes-Alpes, fait la promotion du Challenge éponyme. Il rassemble les bénévoles des septs événements régionaux les plus importants et depuis cette année, des équipes d’entreprises rhônalpines. Parce que l’on dit jamais deux sans trois, Gwendal prendra-t-il le départ de la Pierra Menta en 2014 ? "Je ne sais pas encore. Probablement car j’aimerais boucler un Challenge complet, c’est à dire participer à tous les événements". Tout dépendra de son emploi du temps, surchargé. Ce touche-à-tout, élu politique, chef d’entreprise continue aussi à patiner en gala avec sa partenaire sur glace, Marina Anissina et d’autres patineurs "Je planche sur un grand spectacle de patinage artistique fixe pour 2014 qui devrait aussi beaucoup m’accaparer".

Les résultats
Classement général Pierra Menta 2013 - Homme
1- M. Jacquemoud (FR) / W. Bon Mardion (FR) - 9h39min54s
2- M. Eydallin (IT) / D. Lenzi (IT) - 9h50min35s
3- M. Reichegger (IT) / L. Holzknecht (IT) - 9h53min27s

Classement général Pierra Menta 2013 - Femme
1- L. Roux (FR) / M. Miro (ESP) - 12h14min58s
2- A. Mollaret (FR) / E. Nicolini (IT) - 13h03min09s
3- M. Mathys (SUI) / E. Gex-Fabry (SUI) - 13h10min00s