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aérien > montgolfières-mardi 26 octobre 2004
Du 8 au 15 janvier, la station de Praz-sur-Arly organise son 15e rassemblement international de montgolfières. En marge, un défi transalpin est organisé. Objectif : aller le plus loin possible au départ du village. A cette occasion, retour sur une exceptionnelle traversée au-dessus du Mont-Blanc, effectuée par notre collaborateur Laurent Gannaz, lors du premier défi du genre. En cette froide et limpide journée d'hiver, les conditions sont optimales pour un vol au long cours.
"Grand beau, peu de vent en vallée, pas de brume, et vents en altitude réguliers, pas trop turbulents mais suffisamment forts pour aller de l'autre côté", résume Gérard Issartel, le pilote des Ballons de Praz et cheville ouvrière de la semaine de l'air à Praz-sur-Arly. J'ai embarqué dans la petite nacelle du ballon des Carroz, piloté par Jo Roulet, aérostier passionné et directeur de l'office de tourisme de la station du Grand Massif. Autour, trois grands ballons ont déployé toutes leurs rondeurs, prêts pour une traversée au long cours, le défi transalpin.

9h... Notre montgolfière s'élève tranquillement mais sûrement, de 3 mètres par seconde, laissant en contrebas la cime des sapins, puis les contreforts pralins. Direction Megève, puis l'épaule du Mont-Joly.
"Je suis à plus de 3000 mètres, communique par radio Jo Roulet,
je vais plein est à 40 km à l'heure, si ça ne varie pas, je passe sur les Dômes de Miage et l'Aiguille de la Bérangère." Le vent régulier laminaire nous porte en effet droit vers le centre du massif. L'altitude devient vertigineuse et les paysages grandioses... La chaîne des Aravis s'effile de tout son long, loin derrière nous. Au nord, la muraille des Fiz, les Aiguilles Rouges, et la vallée de Chamonix, où les brumes s'effilochent. Au sud, vision grand angle sur une myriade de sommets enneigés, Tarentaise, Beaufortain, Maurienne...
Escapade transfrontalière Devant nous, à perte de vue, les Alpes suisses et italiennes. Nous fonçons vers le mont-Blanc, en éclaireurs. 3500 mètres, 4100 m, 4300 m... Le vent, toujours régulier, a à peine forci -50 km/h-, mais le fond de l'air a considérablement fraîchi. Bonnet et doudoune de rigueur... Est-ce l'ivresse de l'altitude qui m'atteint malgré l'usage ponctuel du masque à oxygène ? A 5200 m, je ne me rappelle plus si nous sommes passés juste au-dessus du Mont-Blanc, ou un peu à côté ? Nous sommes toujours devant, à quelques encablures du ballon de Praz. Les autres pilotes, qui sont montés moins vite que nous, ont tardé à prendre le vent dominant et ont dérivé de 500 mètres sur la gauche, jouant à saute-frontières entre Alpes suisses et italiennes. Je les vois, là-bas, avec le Cervin en toile de fond. Notre nacelle continue son bonhomme de chemin et amorce sa descente vers la vallée d'Aoste.
"Une descente froide, rappelle Gérard Issartel,
qui consiste à ne plus chauffer du tout le ballon. On perd rapidement de l'altitude, jusqu'à 6 mètres par seconde pour être sûr d'arriver dans la vallée. Pour freiner, en arrivant vers le bas, on chauffe à nouveau un peu. C'est notre frein moteur". Aosta, Morgex, Saint-Vincent... La fin du périple s'annonce. La nacelle égratigne les branches d'un arbre, remonte pour éviter une ligne électrique et se dirige vers une carrière. Nous frottons contre une petite digue de terre avant de nous immobiliser. Il est douze heures et quelques minutes. Sur terre, les Alpes défilent encore...
Laurent Gannaz (texte et photos)