 Le guide Alain Rebreyend, dit Bichon, a marqué l'histoire sportive iséroise, à la fois dans le domaine du ski de fond et dans celui de l'escalade. Rencontre avec cette personnalité très attachante et pleine de charisme. À 69 ans, Alain Rebreyend a l'œil pétillant, un niveau en escalade à faire pâlir d'envie bien des petits jeunes ambitieux, et une pêche d'enfer en ski de fond. Le secret d'une jeunesse qui semble éternelle chez lui ? "Je vis dans le présent, le passé ne sert à rien. Je suis passionné par ce que je fais, puis je passe à autre chose." C'est sans doute cet état d'esprit qui lui a permis de s'adapter facilement aux changements de cap des activités qu'il pratique : du ski de fond alternatif au skating, et de l'escalade classique sur pitons à celle sur spits. Sans aucune nostalgie ! Alain Rebreyend naît à Saint-Laurent-du-Pont, en Chartreuse, en 1937. Ses parents le surnomment Bichon à cause d'une pièce de théâtre, et le surnom lui reste. Lui, il laisse dire, ça l'amuse ! Il commence le ski à l'âge de 3 ans, et l'escalade à 20 ans, à l'armée (les chasseurs alpins, bien sûr). Son père, qui dirige une entreprise, compte sur lui pour prendre la relève. Il essaie un peu, mais sans grande motivation, puis se remet à grimper et skier, jusqu'à décrocher les brevets d'Etat de ski alpin, de ski de fond, et le diplôme de guide à 29 ans. Lors des JO de 1968 à Grenoble, il participe à la préparation des pistes de fond. Son travail et sa personnalité sont tellement appréciés qu'il est ensuite chargé par le ministre des Sports de développer le ski de fond en Haute-Savoie. Voilà pour l'hiver. L'été, il exerce son métier de guide sur toutes les montagnes du monde. Il rencontre Gaston Rébuffat, devient son ami et participe au tournage de plusieurs de ses films. Il trouve aussi le temps de grimper pour lui et d'ouvrir des voies, notamment aux Dolomites avec Georges Livanos, mais aussi dans le Vercors et en Chartreuse. Puis il acquiert une stature nationale et se consacre à plein temps au ski de fond, avec la fonction d'entraîneur des équipes de France de ski de fond jusqu'en 1990.  Le renouveau de l'escalade À cette date, tournant dans sa vie : il devient conseiller technique départemental de la Jeunesse et des Sports, détaché auprès de la FFME (Fédération française de la montagne et de l'escalade). Il développe alors un plan de l'escalade moderne en Isère, obtenant des subventions pour l'équipement des falaises, ce qui est nouveau à l'époque. Son jardin préféré, c'est Presles, dans le Vercors : "J'ai passé beaucoup de temps à nettoyer des voies et à tracer les chemins d'accès. Nous avons redonné vie à Presles : avant les années 90, personne n'y venait car l'équipement était vieillissant. Aujourd'hui, c'est l'une des étapes incontournables de chaque grimpeur." Les particularités de Bichon ? Sa gentillesse, son sens de l'amitié et sa modestie exceptionnelle. "Mon but n'est pas de laisser une empreinte. Je ne fais que passer dans la montagne, j'y trouve mon bonheur. Si quelqu'un équipe une voie que j'ai repérée, je suis content car ça me fait du travail en moins et je pourrai la grimper quand même !" Voilà qui contraste avec l'ego très développé de beaucoup de montagnards ! Jeanne Palay |