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Lundi 1er décembre 2008 - 20:01
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 >interview -mardi 26er octobre 2004

3 questions à Luc Moreau, glaciologue

Glaciologue, intervenant à l'Ensa (École nationale de ski et d'alpinisme) à Chamonix et accompagnateur en montagne, Luc Moreau étudie le glacier d'Argentière depuis une vingtaine d'années. Pour lui, le recul des glaciers n'a rien d'alarmant, contrairement à ce que l'on entend communément. Explications.

Infos Mont-Blanc : Le recul des glaciers est-il une réalité scientifique ?
Luc Moreau :
Oui, la plupart des glaciers reculent. Depuis deux cents ans, celui d'Argentière par exemple, a perdu entre 1,5 et 2 kilomètres de longueur. Mais la longueur est une information incomplète. Il faudrait mesurer le volume du glacier, ce qui est très difficile. En volume, il aurait perdu entre 10 et 30 %. En fait, ce recul dépend de chaque massif, de chaque vallée et de l'aspect du glacier lui-même. S'il est très recouvert par une moraine, ça le protège de la fonte. Le glacier d'Aletsch, en Suisse, a perdu trois kilomètres depuis 1850. Ceci dit, il fait encore 22 kilomètres de long et 900 mètres d'épaisseur dans sa partie amont. Il n'y a donc pas péril en la demeure. D'ailleurs, il y a même certains glaciers qui avancent, comme en Norvège, au Groenland ou en Nouvelle-Zélande. En fait, les modifications climatiques engendrent des dépressions à certains endroits, où il neige plus qu'auparavant, comme en Norvège.

I.M.B. : Pourquoi le recul de la plupart des glaciers ne serait-il pas alarmant ?
L.M. :
Le réchauffement climatique naturel a commencé en 1820, à la fin du Petit Age glaciaire, c'est-à-dire bien avant la production de gaz à effet de serre d'origine humaine. Il y a eu ensuite de petites crues en 1850, 1890 et 1920, pendant lesquelles ils ont avancé, mais moins loin à chaque fois. Plus récemment, entre 1953 et 1983, le glacier des Bossons a gagné 500 mètres, comme les trois-quarts des glaciers alpins, grâce à des hivers très enneigés et des étés frais. Mais depuis les années 90 et leurs étés très chauds, ils ont reperdu ce qu'ils avaient gagné. Ils sont revenus à leur niveau de 1950 et nous allons vers le minimum du Moyen-Âge. Le retrait fait d'ailleurs apparaître d'anciens chemins, entre la Suisse et l'Italie par exemple.
Il s'agit donc d'une dynamique naturelle de va-et-vient. Nous ne gouvernons pas le climat, heureusement. Ceci dit, la grande question est de connaître les causes du réchauffement actuel. On pense effectivement qu'il n'est pas à 100 % bio à cause des gaz à effet de serre. Ne soyons quand même pas si tranquilles sur les activités humaines, qui accentuent un phénomène naturel.

I.M.B. : En quoi ces changements climatiques peuvent-ils poser des problèmes en montagne ?
L.M. :
Cela pose surtout des problèmes aux stations de ski, qui sont situées entre 2 000 et 3 000 mètres, une altitude qui enregistre de grosses variations d'enneigement. Certaines remontées mécaniques, comme la gare d'arrivée du télécabine de la mer de Glace, ont dû être reconstruites pour s'adapter à ces changements. Mais imaginez-vous au Moyen-Âge, dans un contexte de famine, les glaciers avançant d'un mètre par jour et détruisant des hameaux. À cette époque-là, ils représentaient bien plus une source de difficultés qu'aujourd'hui !
Pour nous, le principal problème, ce n'est pas le retrait des glaciers mais la pollution de l'eau et la qualité de l'air.

Propos recueillis par
Jeanne Palay



la décrue du glacier laisse à nouveau apparaitre depuis 1995 un "oeil" rocheux ou rognon rocheux dans la chute de séracs, indice remarquable de décrue et ralentissement du mouvement du glacier qui recouvre moins sa rupture de pente... cl. LM.


Citation :
Luc Moreau est le co-auteur avec Robert Vivian d'un ouvrage paru aux éditions Glénat intitulé Dans le secret des glaciers du Mont-Blanc.
Luc Moreau : 06 82 05 65 22.
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