>patrimoine > Patrimoine-mardi 24 janvier 2006
Le village haut-savoyard présente un habitat ancien qui reflète bien l'activité des hommes jusqu'au début du 20e siècle : polyculture vivrière, élevage laitier et exploitation forestière. Plusieurs bâtisses, vestiges de cette économie en autarcie, subsistent encore, édifiées selon un même modèle d'organisation. A découvrir au détours de vos balades.
En matière d'habitat rural et d'architecture, Cordon constitue un cas très intéressant. En effet, le village compte plusieurs maisons caractéristiques de l'habitat rural montagnard avec des particularités qui lui sont propres. Les maisons d'habitation sont principalement en bois – matière première abondante ici - avec un soubassement en pierre. Comme partout en montagne, elles sont construites face à la pente sur les terrains les plus ingrats pour ne pas empiéter sur les terres cultivables. Elles offrent des dimensions imposantes. Et pour cause, elles doivent abriter les hommes et les bêtes ainsi que leur alimentation pour les ¾ de l'hiver. "Mais contrairement à leurs voisins, les Cordonnants n'y vivaient pas avec leurs bêtes", indique Roselyne Blondet de l'association du patrimoine Cordon d'hier pour demain et qui explique cette particularité par le fait qu'à Cordon, les hommes ne manquaient pas de bois et n'avaient donc pas forcément besoin des animaux pour survivre. "L'étable est à l'est de la bâtisse pour profiter du soleil levant alors que l'habitat humain est à l'ouest, enterré, mieux protégé du froid», précise-t-elle. Il comprend nombre de pièces parmi lesquelles la chambre devant est celle à vivre pendant l'hiver. C'est ici que la maisonnée reçoit les amis à la veillée, que les femmes cardent et filent la laine, que les hommes fabriquent ou réparent les outils, sculptent le mobilier.
Des maisons à protéger
A l'étage, la grange occupe le plus grand espace. Elle abrite le foin qui va nourrir le bétail une bonne partie de l'hiver. Les façades sud et est de la maison sont dotées de balcons qui ont bien évidement une fonction : faire sécher des feuilles pour la litière des bêtes, le lin et le chanvre. Autre spécificité locale, les boshés que la plupart des fermes arborent sur leur façade principale au niveau de la charpente. Pièce de bois oblique taillée dans l'épicéa, elles sont gravées du nom du propriétaire, porte la date de l'élévation de la charpente et parfois des maximes et des décorations.
A cette maison principale s'ajoutent des dépendances : le grenier pour les denrées précieuses (pain, viande séchée, plantes médicinales, papiers, draps...), la remise dédiée au matériel agricole ou encore le four à pain, très répandu sur la commune. «L'habitat très dispersé du village et les conditions climatiques difficiles en hiver ont conduit les habitants à s'équiper d'un four à pain. Ainsi, en 1914, 2 ménages sur trois en possédaient un".
Ces fermes, dont la plus ancienne date du 17è siècle, ont inspiré les bâtisseurs d'aujourd'hui qui en retiennent certains détails comme les balcons en bois, les découpes dans le bardage, l'allure massive. Bien souvent difficiles à entretenir pour leurs propriétaires, elles risquent de disparaître. Pour sensibiliser le public à leur égard, l'association Cordon d'hier pour demain vient de leur consacrer un ouvrage (en vente à l'OT - 10 €).
Une visite de l'une d'entre elles sera réalisée cet hiver (renseignement à l'office de tourisme)
Sophie Chanaron