>portraits > Ecrivain-mardi 6 septembre 2005
Marthe-Bérangère Corazzini, 79 ans, raconte comment la montagne puis l'écriture ont illuminé sa vie de retraitée solitaire. Rencontre chez elle, dans la banlieue de Grenoble.
Marthe-Bérangère Corazzini habite dans un appartement chargé de souvenirs dans le vieux village de Saint-Martin-d'Hères, près de Grenoble. Un nid douillet dans lequel cette octogénaire alerte et pimpante reçoit pour parler de Foyer Z, son troisième livre. Un ouvrage à la fois autobiographique mais aussi une réflexion sur la vieillesse. Elle y met en scène une vieille demoiselle, Lubranita Thivier, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau ! A travers ce double, elle disserte sur la vie souvent morose des personnes âgées, à l'égard desquelles la société contemporaine ne manifeste la plupart du temps qu'indifférence, voire mépris. Comme son héroïne, l'auteur a refusé cette fatalité et a un jour, décidé d'occuper sa nouvelle vie marquée par l'oisiveté et la monotonie, en s'adonnant à la randonnée en montagne. "Une révélation pour moi", souligne celle qui fut un temps professeur de gym avant de devenir employée de mairie. «Née dans les Ardennes et ayant vécu à deux reprises en Algérie où j'ai rencontré mon mari, je n'avais pas la culture de la montagne. Je l'ai découverte seulement une fois à la retraite, en participant à des sorties avec Montagne-Evasion et l'Asta, l'association sportive du troisième âge».
Oh, bien sûr, ces sorties ne visent pas les grands sommets mais sont plutôt l'occasion de parcourir la moyenne montagne proche, propice à la rêverie, à la contemplation. La dent de Crolles, Chamechaude, le lac Fourchu, le Lauvitel, le Moucherotte... Des itinéraires parcourus à plusieurs reprises mais pas forcément à la même saison ou dans le même sens. "Le paysage changeait à chaque fois et il y avait un attrait à chaque traversée", écrit Marthe-Bérangère Corazzini. Des dizaines d'albums photos attestent de sa passion pour la montagne. Elle les feuillette encore régulièrement depuis qu'une opération du genou en 1997 l'a contrainte à arrêter la marche. Elle s'en console en couchant sur le papier ses souvenirs, ses impressions sur la vie qui se déroule et son amour pour la nature. Car l'écriture est sans aucun doute pour elle une forme de thérapie contre le spleen, une autre bouteille d'oxygène. Après avoir écrit trois ouvrages autobiographiques, chacun édité à compte d'auteur, Marthe-Bérangère Corazzini projette d'en rédiger un quatrième. "Il sera sans doute consacré aux animaux et aux chiens en particulier, dont l'affection est toujours sincère". Et on comprend alors pourquoi les portraits de son dernier petit compagnon trônent aux meilleures places dans son appartement.
Sophie Chanaron
Le foyer Z, par Marthe-Bérangère Corazzini. Editions Amalthée 162 p., 14 €