

Du 4 juillet au 18 septembre, les Archives municipales de Tignes, en collaboration avec l'Espace patrimoine, propose de découvrir l'histoire du village avant les grands bouleversements connus au XXe siècle, construction du barrage, développement du tourisme et aménagement de la station de sports d'hiver.
C'est sur un territoire étagé entre 1470 et 3750 m, étendu sur 8100 hectares et organisé autour de la large plaine de l'Isère (aujourd'hui inondée sous les eaux du barrage) qu'évolue la communauté tignarde. Répartie en de multiples villages et hameaux situés à différentes altitudes, elle a su développer un mode de vie parfaitement adapté aux conditions liées à la montagne, longtemps perçues comme hostiles et ingrates...En dépit de la pauvreté des rendements agricoles, les Tignards ont su exploiter les deux principales ressources offertes par la montagne, la forêt et les alpages. Rendu possible par la présence des vallons de la Sassière et du Lac ainsi que de la plaine de l'Isère, l'agropastoralisme constitue jusqu'au XXe siècle, la base des activités.
De cette exploitation du milieu découle l'organisation sociale et politique de la communauté. Si les institutions communales reposent initialement sur l'assemblée générale des "communiers" (habitants), celle-ci est remplacée au début du XVIIIe siècle par un conseil restreint, conséquence de l'évolution administrative de l'Etat savoyard.
Ce conseil compte dans ses rangs les membres de l'élite locale, le plus souvent grands propriétaires, alpagistes et éleveurs qui, en parallèle de leurs activités agropastorales, s'investissent dans le commerce : des parents de ces familles (frères, fils) quittent alors Tignes, s'établissent comme marchands ou négociants et participent à l'entretien de solides réseaux commerciaux. Source de richesses, le milieu permet aussi d'atténuer les tensions sociales qui découlent de la hiérarchisation du groupe tignard : en assurant l'accès aux pâturages aux plus démunis grâce à l'existence de communaux (alpages relevant de la propriété commune à l'inverse de la "montagne particulière" qui relève de la propriété privée), le conseil communal permet aux familles les plus modestes de s'assurer une production vivrière de viande et de fromage.

L'exposition rappelle aussi que le milieu a favorisé l'ouverture des Tignards sur l'extérieur. Loin de l'image associée aux communautés de montagne souvent perçues comme renfermées, ils ont développé une longue tradition d'émigration. Celle-ci s'explique non seulement par les contraintes liées au milieu (hiver long et difficile, rendements agricoles insuffisants pour nourrir l'ensemble de la communauté sur une année entière) mais aussi par un fort esprit d'entreprise, voire d'aventure. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, cette émigration est plutôt temporaire et correspond à la longue période hivernale. Près d'un tiers de la population prend alors la route, vidant parfois les hameaux d'altitude : si certains partent mendier plus bas dans la vallée de la Tarentaise, une émigration qualifiée de colporteurs, négociants, ouvriers, notamment textiles, se rend en Piémont et Val d'Aoste. Cette émigration temporaire constitue à la fois une source de revenus pour la communauté et un moyen pour les familles les plus aisées de fonder ou d'entretenir de solides réseaux commerciaux.
Parallèlement aux routes d'émigration, il faut noter que les Tignards empruntent également les chemins de contrebande. Nombre d'affaires (condamnations de Tignards, poursuite en justice de la communauté et de ses représentants...) attestent du poids de ces usages au sein de la communauté et témoignent du désir d'indépendance dont fait preuve la population.

Avec les bouleversements politiques provoqués par l'occupation française (1792-1814) puis l'annexion de la Savoie en 1860, le mode de vie tignard est fortement remis en cause : l'émigration, en particulier, tend à devenir définitive, vidant le village de ses éléments les plus jeunes. Les destinations changent aussi : l'instauration de la frontière italienne modifie les courants migratoires qui privilégiaient jusqu'ici le Val d'Aoste et le Piémont. Paris et les villes du sud de la France (Montpellier, Arles, Béziers...) deviennent alors les principales destinations des candidats à l'émigration.
A la veille du XXe siècle, Tignes fait face à une conjoncture difficile. Sa population est vieillissante et numériquement amoindrie. L'économie est également touchée : l'élevage ovin passe aux mains d'éleveurs étrangers à la commune tandis que l'élevage bovin stagne. De plus, certaines activités traditionnelles disparaissent comme la dentellerie ou le colportage.
Cependant, l'arrivée des premiers alpinistes, notamment William Mathews qui escalade la Grande Sassière (1860) et la Dôme de la Sache (1861), modifie profondément la perception de la montagne. A la fin du XIXe siècle, le tourisme connaît un premier essor, ouvrant de nouvelles perspectives.
Un fois de plus, c'est le milieu qui apporte des solutions. Des temps nouveaux s'annoncent alors pour la communauté...
Terres de Tignes, Terres de montagnes. Histoire de la communauté tignarde au travers de ses archives (XVIe-XIXe siècle). A partir des archives conservées à la fois par la Commune, le diocèse de Moutiers et les Archives départementales de la Savoie.
Du 4 juillet au 18 septembre en mairie de Tignes.
Accès libre, du lundi au vendredi de 9 à 12 h et de 14 à 18 h. Le week-end de 16 à 19 h Contacts / renseignements : Cédric Broët 04 79 40 06 40 broet@tignes.net