
>ski > Tignes / Les Deux Alpes-mercredi 27 octobre 2010Même si la neige recouvre les sommets depuis quelques jours, les domaines skiables français n’ouvriront qu’à la mi-décembre. Les stations de Tignes, où l’on peut skier depuis le 25 septembre, et des Deux Alpes, ouverte pendant les vacances de la Toussaint, font figure d’exception. Quelle clientèle attirent-elles, que leur apporte cette ouverture anticipée ? Eléments de réponse.

Ouverte depuis le 25 septembre, Tignes comptabilisait jusqu’à la mi-octobre environ 2000 skieurs par semaine. Cette fréquentation, montée à 5000 skieurs la semaine dernière, devrait atteindre 6000 personnes en cette semaine de vacances de la Toussaint. « Et pour la première quinzaine de novembre, on peut espérer près de 10 000 skieurs par semaine », affirme Sébastien Mérignargues, directeur de la station. Aux Deux-Alpes – où on « pré-ouvre » du 23 octobre au 1er novembre inclus, avant l’ouverture définitive le 27 novembre – la fréquentation est à peu près similaire.
Le profil de la clientèle est aussi assez semblable dans les deux stations : elle est majoritairement française (à 70 % aux Deux Alpes, 75 % à Tignes – alors que les deux stations ont une clientèle à dominante étrangère en plein hiver), vient en séjour plutôt qu’à la journée (80 % de clients en séjour et 20 % à la journée pour Tignes, deux tiers de séjour et un tiers de journée pour les Deux Alpes) et est essentiellement « casquée » (ski-clubs, équipes nationales en stages de quatre jours en moyenne, moniteurs ESF qui viennent se remettre en forme avant la saison…). « De fin septembre jusqu’à la semaine précédant les vacances de la Toussaint, il peut y avoir jusqu’à 60 couloirs d’entraînements tracés sur le glacier. Autrement dit, il reste deux pistes pour les skieurs lambda. Pendant les vacances de la Toussaint, on limite ces couloirs d’entraînements à un tiers de la surface du glacier, pour ne pas trop pénaliser les skieurs loisirs. Après les vacances de la Toussaint, c’est du 50-50 », détaille Sébastien Mérignargues.

Ouvrir un domaine skiable avant les vacances de Noël ne permet généralement pas à la station en question d’engranger des bénéfices record. « Ce n’est pas rentable économiquement, assure le directeur station de Tignes, puisque les charges sont souvent deux à trois fois supérieures au chiffre d’affaires réalisé. » Même son de cloche aux Deux Alpes : « Pour que les remontées mécaniques ne perdent pas d’argent, il faut au minimum vendre 1000 forfaits par jour. Ce week-end, à l’occasion du Rock’on’Snowboard Tour et du Come on 4 ski – nous avons eu 2600 clients le samedi et 1200 le dimanche », explique Gilles Vanheule, directeur de l’office du tourisme des Deux Alpes.
Importantes retombées médiatiques
Les exploitants d’un domaine skiable ne sont jamais à l’abri des aléas climatiques : ce lundi, les mauvaises conditions météo n’ont pas permis l’ouverture des remontées mécaniques des Deux Alpes. Même avec un franc soleil, on reste très loin des quelque 15000 skieurs par jour qui peuvent affluer dans la station iséroise pendant les plus grosses semaines de l’hiver. « C’est toujours une gageure d’ouvrir à cette époque de l’année, juge Gilles Vanheule. Pour les bars ou les magasins de sport, qui ont peu de frais d’exploitation, ça peut être du bonus. Pour les restaurants – qui ont des denrées périssables – ou des hôtels – qui doivent procéder à la remise en eau, à la remise en route du chauffage, etc – le pari est déjà plus risqué. » Malgré ces incertitudes, près de 60 % des hôteliers et des commerçants des Deux Alpes sont ouverts pendant cette semaine de vacances de la Toussaint.
Au vu de cette faible rentabilité économique – lorsque rentabilité il y a, ce qui est loin d’être toujours le cas – pourquoi Tignes et les Deux-Alpes continuent-elles à ouvrir aussi tôt ? Réponse de Sébastien Mérignargues : « En ouvrant dix mois par an – la station n’est fermée que du 10 mai au 20 juin et du 1er au 25 septembre – on maintient une vie à l’année à Tignes, qui compte 2300 habitants permanents. On cultive aussi notre image de station sportive : quand les coureurs des équipes nationales redescendent du glacier, ils utilisent aussi les autres équipements sportifs de la station. »

Aux Deux Alpes, cette ouverture anticipée poursuit des objectifs à moyen terme : « En étant les premiers à parler de neige, nous souhaitons déclencher les réservations pour l’hiver. Pas les réservations pour les grosses semaines de vacances – les clients s’y prennent en général un an à l’avance – mais plutôt les réservations pour les périodes de basse saison, comme le mois de janvier », explique Gilles Vanheule, qui évoque aussi une « autre façon de communiquer que la publicité », grâce à la présence des médias, notamment des chaînes de télévisions nationales, à l’occasion du week-end du Rock’on’Snowboard Tour. A Tignes aussi, cette ouverture anticipée permet d’accumuler les retombées médiatiques : depuis le 25 septembre, les médias ont consacré quelque 250 articles de presse écrites, 200 papiers sur le web, une heure de reportages radio et trois heures d’images de télévision à la station savoyarde.
Martin Léger