
>portraits > championnats du monde de ski alpin-jeudi 12 février 2009Tous les deux ans, les championnats du monde de ski alpin permettent de découvrir des coureurs qui traversent habituellement l’hiver dans l’anonymat des courses de second plan. C’est le cas du Ghanéen Kwame Nkrumah-Acheampong, 34 ans, qui dispute à Val d’Isère ses deuxièmes championnats du monde, après ceux d’Are (Suède) en 2007.
Tout à l’heure, les caméras de télévision du monde entier seront braquées sur la Face de Bellevarde, théâtre du slalom géant féminin des championnats du monde de ski alpin. Au même moment, à quelques centaines de mètres de là, sur la piste Oreiller-Killy de la Daille, 105 coureurs des nations « exotiques » du ski (Népal, Grèce, Islande, Belgique,etc) disputeront dans l’indifférence la plus totale un slalom géant de qualification. L’enjeu ? Finir parmi les vingt-cinq premiers, afin d’avoir le droit de courir le « vrai » géant des championnats du monde de Val d’Isère, vendredi 13 février sur la Face de Bellevarde, aux côtés des Didier Cuche, Benjamin Raich et autres Jean-Baptiste Grange.
En 2007, lors des championnats du monde d’Are (Suède), le Ghanéen Kwame Nkrumah-Acheampong n’avait pas réussi à s’extirper de cette masse de skieurs méconnus. Et pour cause : il avait terminé dernier du slalom géant de qualification… à une minute, dix-sept secondes et dix-neuf centièmes du vainqueur, le Moldavo-Suisse Urs Imboden ! Avec pour meilleur résultat en carrière une 21ème place à Pigadia (Grèce) lors d’un slalom géant FIS (c'est-à-dire l’équivalent de la troisième division dans la hiérarchie des courses internationales), il n’est pas certain que Kwame obtienne l’un des vingt-cinq précieux sésames. *

Il faut dire que ce Ghanéen né à Glasgow, mais qui a grandi à Accra (capitale du Ghana), a découvert la glisse sur le tard, à l’âge de 28 ans. « Je travaillais en tant que réceptionniste au ski-dôme de Milton Keynes, en Angleterre. Un jour, j’ai eu envie d’essayer. Ça tombait bien, les cours de ski étaient gratuits pour les employés du ski-dôme. J’ai tout de suite aimé les sensations de vitesse qu’on ressent sur les skis. Dans ce sport, il n’y a pas besoin de réfléchir. Tu es seul sur la piste et du fais travailler ton instinct », explique Kwame, parfois affublé du sobriquet de « léopard des neiges », en référence à la combinaison tachetée qu’il arbore en course.
Frigo géant
S’il continue à travailler en Angleterre à l’intersaison, il passe désormais l’hiver à s’entraîner dans le Val di Fiemme (Italie), avec les coureurs des ski-clubs locaux. Agé aujourd’hui de 34 ans, Kwame sait qu’il a commencé le ski trop tard pour espérer devenir un jour une star du Cirque blanc. Mais il aimerait susciter des vocations auprès de ses jeunes compatriotes. Dans cette optique, il avait contacté en 2006 l’Américain Ted Ligety, champion olympique du combiné à Turin. « Il a tout de suite accepté de m’aider, raconte Kwame. Nous sommes partis tous les deux pendant une semaine au Ghana, afin d’organiser des tests de détection de futurs coureurs. Nous les avons fait skier sur une piste artificielle que nous avions amenée avec nous et montée sur place. Nous les avons également mis pendant quelques minutes dans une sorte de frigo géant, afin de tester leur résistance au froid ». S’il est encore trop tôt pour faire un bilan de l’opération de détection de futurs talents, Kwame est en tout cas convaincu d’une chose : « Si on arrive à former des Ghanéens très jeunes, ils pourraient devenir d’excellents skieurs ! ». Et, qui sait, participer un jour aux Jeux Olympiques…
Martin Léger