Que de chemin parcouru pour le Salon du livre de régionalisme alpin, devenu l’an dernier le Salon du livre alpin de Grenoble ! Il tient sa 25e édition, du 18 au 20 novembre au Palais des Sports, en marge des Rencontres Ciné-Montagnes. L’occasion d’interroger son fondateur Raymond Joffre, figure locale de la culture montagne, à travers sa librairie des Alpes.

Actumontagne : Une 25e édition pour le Salon du livre alpin de Grenoble. Un sacré cap ?
Raymond Joffre : Oui, parce ce que personne n’y croyait à l’époque. Certains esprits chagrins pensaient même que le salon serait un feu de paille. Aujourd’hui, avec une 25e édition, il fait la démonstration qu’ils se sont trompés. Il a fallu faire preuve d’opiniâtreté pour pérenniser le salon, mais grâce à nos partenariats avec des associations comme la société des écrivains dauphinois, le Centre de généalogie du Dauphiné, aux auteurs attachés à leurs racines, nous sommes arrivés jusque-là !

Actumontagne : A quoi attribuez-vous son succès ?
RJ : A son enracinement dans les traditions montagnardes et à l’engouement pour la culture alpine. Celle-ci s’exprime au travers de nombreuses autres manifestations : le festival d’Autrans, Fontaine en Montagne, les expositions du Musée dauphinois, celles du Musée de l’Ancien Évêché. Notre salon est bien plus qu’une exposition ! C’est un forum, un lieu d’échange, où les idées se concrétisent, les acteurs s’émulent, prouvant que notre culture est bien vivante et inscrite dans son temps. A l’heure du numérique et des écrans, le livre alpin sait s’adapter, il n’est pas dans le refus, il mise sur des alliances.

Actumontagne : Quelle est la teneur de cette 25e édition ?
RJ :  Consacrée à l’Oisans, l’édition 2016 est logiquement présidée par le maire du Freney d’Oisans, Christian Pichoud, président de la CC de l’Oisans et Conseiller régional. Nous avons une expo réalisée par l’association Richesses culturelles de l’Oisans sur le patrimoine naturel et humain des 20 communes de ce territoire. Les musées de l’Oisans (Hydrelec, Maison départementale des Alpages, Mémoires d’Alpinisme, Musée de la Faune, Musée de la Romanche…), les agriculteurs et producteurs en Oisans, Oisans Tourisme participent aussi. L’Oisans est très dynamique culturellement, et ça remonte à loin ! Ces pays de montagne, contrairement à ce qu’on racontait autrefois, n’étaient pas peuplés que de crétins ou de goitreux, ils possédaient une vraie culture alpine et pas seulement orale ! Nombre d’entre eux sont devenus instituteurs ou libraires et sont allés créer des librairies françaises en Amérique du Sud. Ils étaient très ouverts, ne connaissaient pas les frontières, passant d’un piémont à un autre. Cela ouvre l’esprit, rend curieux !

Actumontagne : Les conférences que vous organisez en témoigneront ?
RJ : Absolument, nous en avons une petite dizaine au programme et très diverses : la Meije en images, les premiers alpinistes photographes, les colporteurs de l’Oisans, le métallurgiste Charles-Albert Keller, qui fait l’objet de l’ouvrage de Gilles Rey, à qui nous remettrons d’ailleurs le Prix de l’Alpe des Écrivains dauphinois 2016 doté par la Ville de Grenoble, Le Seigneur de la Romanche, Charles-Albert Keller, aux éditions les Amis de l’Histoire du Pays Vizillois.

Actumontagne : Le Palais des Sports, que vous avez rejoint pour la première fois l’an dernier, est-il un écrin adapté pour le salon ?
RJ : Nos libraires, noyau dur de l’opération, ont été satisfaits, même si avec les attentats du 13 novembre, le vendredi soir, nous avons sans doute eu moins de visiteurs que prévu. Les exposants aiment beaucoup le lieu. L’accès est plus facile pour eux, la luminosité bien meilleure qu’au musée-bibliothèque pour mettre en valeur les ouvrages. Et puis, l’espace est plus grand. Il y a des annexes côté Est du Palais (stade des Alpes), qui nous permettent d’organiser des conférence et d’accueillir des expositions dans de meilleures conditions. Et, côtoyer les Rencontres Ciné-Montagnes était aussi une bonne idée. Il y a des passerelles entre les publics, entre l’image et l’écrit.

Actumontagne : Votre librairie des Alpes est une institution à Grenoble. Comment voyez-vous son avenir ?
RJ : On a beaucoup de mal ! Beaucoup de libraires pensaient trouver des relais de croissance sur Internet, mais ils déchantent. Je le vois, c’est un appoint. Ma librairie me coûte très chère. C’est ma danseuse. Mais ça fait plus de cinq ans que je me pose la question de la céder, mais j’ai du mal car j’aime beaucoup ce métier. Je cherche quelqu’un pour m’aider à la pérenniser, prêt à s’investir. J’ai même pensé au financement participatif pour venir renforcer l’actionnariat actuel. A bon entendeur !

Palais des Sports de Grenoble, entrée libre

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