Considéré comme l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de l’alpinisme, Edward Whymper séjournait régulièrement à Chamonix, s’adjugeant de belles premières, comme l’aiguille Verte. Retour sur cette histoire mouvementée entre le grand alpiniste britannique et la “capitale mondiale de l’alpinisme”.

Aujourd’hui, Chamonix s’enorgueillit du fait qu’Edward Whymper est enterré dans le cimetière de la commune. Et pourtant, de son vivant, il était très peu apprécié des Chamoniards, qui voyaient d’un mauvais œil cet étranger venir conquérir “leurs montagnes”.
Né à Londres en 1840, Edward Whymper reçoit une formation de dessinateur et de graveur. Il découvre les Alpes à vingt ans, dans le cadre de son travail, pour illustrer la revue de l’Alpine Club. Et là, révélation ! Les Alpes lui “arrachent les seules réflexions enthousiastes qu’il ait jamais eues”. Mais l’enthousiasme se double aussi d’ambition : voilà l’occasion de faire parler de lui, car de nombreux sommets sont encore vierges à cette époque. “J’espère ne plus jamais retomber dans l’ombre”, confie-t-il à ses proches. Ainsi, ce géant de l’alpinisme d’hier est-il aussi un géant de l’orgueil, mais est-ce bien différent aujourd’hui ?
L’été d’après, Whymper revient en montagne pour son travail, et réussit au passage l’ascension du Pelvoux, dans le massif des Écrins. Les années suivantes, il réalise de nombreuses premières dans le massif du Mont-Blanc : mont Dolent, aiguille de Tré-la-Tête, aiguille d’Argentière, pointe ouest des Grandes Jorasses (aujourd’hui appelée pointe Whymper)… L’ascension des Grandes Jorasses n’est en fait réalisée que pour observer un sommet situé en face : l’aiguille Verte, cette pyramide de neige hautaine, qui semble défier toute velléité de conquête. Whymper découvre un couloir de neige (portant aujourd’hui son nom) qui lui permet de gravir l’aiguille Verte en 1865 avec deux guides suisses.
À leur retour à Chamonix, croyez-vous que ces héros de l’Alpe sont fêtés comme ils le méritent ? Pas du tout ! L’annonce de leur succès déclenche une véritable émeute. Personne ne veut croire qu’un Anglais et deux Suisses ont pu vaincre un sommet mythique qui résiste toujours aux Chamoniards. Les gendarmes sont même appelés pour disperser la foule houleuse !

Sans rancune !
Alors, Whymper quitte Chamonix et part pour le Cervin, symbole de la montagne parfaite, qu’on dit inaccessible et qui l’obsède. Après plusieurs tentatives, il en réalise la première ascension, mais vit un drame à la descente. L’un de ses compagnons de cordée tombe, entraînant trois autres alpinistes dans sa chute mortelle, dont le guide chamoniard Michel Croz. Whymper reste à jamais marqué par cette tragédie et abandonne la course aux premières.
Il reste pourtant fasciné par les Alpes, et particulièrement par le massif du Mont-Blanc, séjournant l’été à l’hôtel Couttet de Chamonix. Il fait de longues randonnées et travaille à l’élaboration de son Guide to Chamonix and the range of Mont-blanc, qui est publié en 1896. C’est d’ailleurs à Chamonix qu’il s’éteint en 1911, ayant demandé à être enterré sur place. Preuve que cet homme doté, paraît-il, d’un caractère épouvantable, n’était pas si rancunier que cela…
Jeanne Palay
Tous nos remerciements au musée alpin de Chamonix pour l’illustration et les documents fournis.

 

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