Après Kandinsky, les années parisiennes (1933-1944), un autre artiste majeur s’est installé au musée de Grenoble : Fantin-Latour. Ce peintre du XIXe siècle, reste inclassable dans l’histoire de la peinture. C’est ce que montre parfaitement cette exposition, qui devrait permettre aux Grenoblois de mieux connaître l’oeuvre du plus célèbre des peintres originaires de la capitale des Alpes.

A Grenoble, le nom de Fantin-Latour évoque aujourd’hui spontanément un lycée ou un restaurant pour les gourmets, moins celui d’un peintre, tout enfant du pays qu’il est ! Il faut dire qu’Henri Fantin-Latour, s’il est né dans la capitale des Alpes en 1836, l’a quittée à 5 ans pour Paris, n’y revenant que très rarement au cours de sa vie. Pourant, le peintre a toujours gardé une affection pour sa ville natale. Celle-ci s’est notamment traduite par une importante donation de son épouse Victoria, constituée de dessins, de tableaux et de nombreuses collection de photos de nus.

Ce fonds grenoblois alimente une partie de l’exposition intitulée Fantin-Latour, A fleur de peau, complétées par des oeuvres prêtées par une vingtaine de musées du monde entier. Proposée jusqu’au 18 juin au musée de Grenoble, elle est le fruit de la collaboration de plusieurs musées : celui du Luxembourg -où elle vient d’être présentée-, et celui de Grenoble qui en assurent le commissariat, épaulés par la Réunion des musées nationaux et le musée d’Orsay. La dernière exposition sur Fantin-Latour à Grenoble remontait à 2004, consacrée à son art du clair-obscur, à partir de l’important fonds du musée grenoblois.
A fleur de peau se place à une toute autre échelle. Véritable rétrospective de ce peintre inclassable, pour reprendre le qualificatif de Guy Tossato, directeur du musée de Grenoble, elle réunit quelque 150 oeuvres de Fantin-Latour, auxquelles s’ajoutent une cinquantaine de clichés inédits conservés au musée de Grenoble, et installés dans le Tour de l’Isle. Un corpus non exposé au musée du Luxembourg.

Autoportrait, 1861, un prêt de la Washington National Gallery of Art ©DR

Le parcours de l’exposition compte de nombreux autoportraits, sujet central de ses oeuvres de jeunesse, ainsi que ses portraits de groupe les plus connus. Parmi eux, le fameux tableau monumental Un coin de table (1872), formidable témoignage sur l’histoire littéraire du XIXe siècle, dans lequel il représente les « scandaleux » poètes Verlaine et Rimbaud. Les seuls des huit personnages passés à la postérité.

Un Coin de table, 1872 ©Rmn-Grand Palais (musée d'Orsay)/photo Hervé Lewandowki
Le parcours octroie bien évidemment la place qu’elles méritent aux splendides natures mortes de fleurs de Fantin, celles qui l’ont fait connaître et lui ont assuré la célébrité, d’abord en Grande-Bretagne, et apporté l’aisance financière. « Elles sont présentées en regard des portraits, à dessein », explique Guy Tossato, soulignant le sens aigu de l’observation de Fantin-Latour, sa virtuosité dans la reproduction des matières et des éclairages.

Roses dans une coupe, 1882 ©Rmn-Grand Palais (musée d'Orsay)/photo René-Gabriel Ojéda

Le parcours se termine avec ses oeuvres dites d’imagination qu’il privilégie à la fin de sa vie et dans lesquelles il explore la beauté du corps féminin. Pour les dessiner, il s’appuie sur des photos de nus, lui évitant de recourir à des modèles vivants. Mais il semblerait que le pudique Fantin-Latour les collectionnait discrètement et de manière compulsive…

Ariane abandonnée, 1899 ©musée des Beaux-Arts de Lyon/photo Alain Basset

Admirateur de Delacroix, de Courbet, familiers des grandes figures de l’impressionnisme, Fantin-Latour est resté en marge de ce courant. Entre classissime et modernité, un peintre singulier à (re)découvrir !

SC

L’atelier du dessinateur

A l’issue de l’exposition, arrêter vous à l’atelier du dessinateur et glissez-vous dans la peau d’un portraitiste ou d’un copiste, en vous inspirant du génie de Fantin-Latour comme s’est essayée Valérie Lagier, conservatrice en chef au musée de Grenoble, co-auteur du catalogue-livre très complet qui accompagne l’exposition (Réunion des musées nationaux-Grand Palais – 35€)

 

L'atelier du dessinateur pour s'initier à l'art de la nature morte ou du portrait façon Fantin !

 

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