La Maison des Jeux olympiques d’hiver à Albertville consacre son exposition temporaire à l’Himalaya. Sous la forme originale d’une cité virtuelle, Himalayapolis décline sept imaginaires autour de personnalités très différentes mais toutes profondément marquées par leur expérience dans ce massif hors normes.

Avec Himalayapolis, visions du siècle, la Maison des Jeux olympiques d’hiver réussit une fois encore à piquer la curiosité du visiteur. Ce lieu thématique, qui s’attache à faire vivre les différentes dimensions des Jeux, révèle à travers sa dernière exposition temporaire, sa capacité à élargir le propos et à évoquer des sujets connexes originaux. En effet, si l’exposition évoque l’Himalaya, ce n’est pas sous l’angle convenu de l’exploit sportif ou du récit ethnologique mais sous celui, plus inattendu, de la vision qu’en ont rapportée plusieurs personnalités. "Des personnalités choisies de façon subjectives", reconnaissent Claire Grangé, la directrice de la Maison des Jeux et Pierre Dutrievoz, plasticien et réalisateur, le tandem à l’origine de cette exposition. Ainsi, le missionnaire Régis-Evariste Huc, premier européen à entrer dans Lhassa en 1846 et Alexandra David-Néel, première femme occidentale à pénétrer dans la capitale tibétaine en 1924, grands voyageurs, côtoient les figures de l’alpinisme, Andrew Irving et George Mallory, les naufragés de l’Everest en 1924, Edmund Hillary et Tenzing Norgay Sherpa, vainqueurs du toit du monde en 1953 ou encore Reinhold Messner, premier homme à atteindre le sommet de l’Everest sans oxygène. Autres périples himalayens qui se télescopent, celui des aventuriers de la Croisière jaune, incroyable épopée collective et mécanique à plus de 4000 m du début des années 30 ou encore celui de Tintin au Tibet traquant le yéti. Il y a aussi Les passagers de l’Everest ou comment évoquer ce sommet symbolique à travers la passion amoureuse, sans oublier, Gwendal Peizerat, le patineur dont on découvre l’engouement pour la très haute altitude et la verticalité après 26 ans d’exercices brillants sur le plat. 

Un massif, des aventures humaines

Toutes ces personnalités ont chacune vécu des expériences extraordinaires en Himalaya. Surtout, elles en ont ramené des récits, des témoignages, des émotions, des images qui constituent un formidable et abondant matériau, dans lequel les auteurs de l’exposition ont puisé pour en extraire l’essentiel : l’extrême fascination pour un massif montagneux qui ne laisse personne indifférent et transforme à jamais. "Je fais partie des bouleversés de l’Himalaya", témoigne d’ailleurs Guy Chaumereuil, directeur du Club alpin français, partenaire de l’exposition, et qui retrouve ici maints émotions et sentiments partagés. 
La mise en scène de ce contenu ambitieux s’articule autour de sept univers matérialisés par des espaces distinctes et qui se confrontent. Le visiteur les pénètre à sa guise, sans souci chronologique. Les montages vidéos de Pierre Dutrievoz, un autre "bouleversé" de l’Himalaya, réalisés à partir de documents d’archives originaux, donne une forme très contemporaine, vivante, à cette évocation plurielle d’un massif mythique.
Sophie Chanaron

Jusqu’au 2 novembre 2005. Maison des JO d’hiver 11, rue Pargoud 73 200 Albertville