Avec sa nouvelle exposition Vaucanson et l’homme artificiel, le Musée dauphinois sort de l’oubli le génial inventeur grenoblois, dont les célébrations du tricentenaire de sa naissance ont démarré en 2009. L’occasion de (re)découvrir toute l’étendue de son œuvre, qui préfigure la Révolution industrielle et l’ère de la robotique. Un parcours passionnant au cœur du XVIIIe siècle, et une réflexion pertinente sur les relations ambivalentes entre l’homme et la machine au XXIe.

Alors qu’il était une célébrité de son vivant, au siècle des Lumières, Jacques Vaucanson, l’inventeur des automates et le précurseur de la cybernétique, est aujourd’hui largement tombé dans l’oubli. A moins d’avoir fait les Arts et Métiers, que sait-on de ce Grenoblois, issu d’une famille de gantiers, né en février 1709 dans la capitale des Alpes ? Peu de choses, il faut bien l’avouer. Dans sa ville natale, une place, un lycée ou encore une piscine portent son nom, mais la mémoire autour de cette figure du XVIIIe siècle, comme la portée de son œuvre se sont effacées au fil des trois siècles qui nous séparent.
L’exposition Vaucanson et l’homme artificiel, des automates aux robots, présentée par le Musée Dauphinois jusqu’au 30 juin 2011, entend remédier à cette méconnaissance. Elle rappelle que cet homme de sciences « participa à l’effervescence du siècle des Lumières et développa une réflexion autour de l’organisation du travail », comme l’explique Chantal Spillmaeker, commissaire de cette présentation très accessible. «Il inventa même un métier à tisser automatique, cinquante ans avant celui de Jacquard, mais parce que trop en avance sur son temps, cette machine est restée à l’état de prototype! ».

 

Chantal Spillemaeker, commissaire de l’exposition 

Un génie précoce
Mise en scène par Jean-Noël Duru, l’exposition s’organise en deux parties.  La première dresse le portrait de Jacques Vaucanson, et retrace son parcours, à l’appui de documents et d’objets issus de diverses collections de l’Académie des sciences, du Musée des arts et métiers ou encore du Musée Dauphinois. On y apprend que le savant grenoblois était un génie précoce de la mécanique. « La légende veut qu’enfant, fasciné par le mécanisme des horloges, il réparait avec succès les montres de son entourage », raconte Chantal Spillemaeker. L’exposition évoque sa passion pour la mécanique, la physique et l’anatomie, disciplines grâce auxquelles il va réaliser ses premiers automates pour expliquer comment fonctionne le vivant. Les visiteurs s’attarderont sur le passage dédié aux trois automates qui ont changé le destin de Jacques Vaucanson : le canard digérateur, le Joueur de tambourin et galoubet, et enfin le Joueur de flûte, automate le plus sophistiqué de Vaucanson, capable de jouer douze airs de flûte traversière différents. Des merveilles de mécaniques qui ont malheureusement disparues au cours du XIXe siècle, lors de leur exhibition dans toute l’Europe. Grâce à elles, l’inventeur et mécanicien est adoubé par l’Académie royale des Sciences et devient célèbre.

Nouvelles méthodes de travail
Pour Louis XV, Jacques Vaucanson est tout désigné pour réorganiser l’industrie textile française, en concurrence défavorable avec celle du Piémont voisin, qui alimente largement les soyeux lyonnais. Nommé inspecteur des manufactures de soie du royaume, il va non seulement inventer moultes machines, qui seront d’ailleurs à l’origine de la création d’un musée d’art et d’industrie (futur musée des Arts et Métiers), mais il va aussi imaginer une nouvelle organisation du travail pour améliorer la production. Ce sont les prémisses de l’organisation scientifique et capitalistique du travail, que théorisera un siècle plus tard l’Américain Taylor.

Le rêve secret de Vaucanson  réalisé

Asimo, le robot développé par Honda
Asimo, le robot développé par Honda

Ce rapport de l’homme à la machine que Jacques Vaucanson ne cesse d’explorer, au point de rêver de réaliser un homme artificiel, permet à l’exposition du Musée dauphinois, d’aborder, en seconde partie, l’héritage de Vaucanson. Et notamment toutes les recherches autour de la simulation de la vie, avec l’avènement de la cybernétique. On découvre alors,  mi-amusé et mi-effrayé, les derniers robots fabriqués dans les laboratoires français, américains ou japonais par des Vaucanson du XXIe siècle !  Le rêve de l’inventeur grenoblois est devenu réalité…  Mais ces créatures artificielles vont changer notre vie et peut-être modifier le destin de l’humain. Si Vaucanson et l’homme artificiel, des automates aux robots, aborde les bons côtés de ces machines intelligentes, capables de remplacer l’homme dans des tâches ingrates ou dangereuses, comme de le « réparer », son propos interroge aussi sur les excès possibles, sujet de prédilection de la science-fiction. Des dérives que les progrès techniques mis en scène au musée isérois, rendent crédibles dans un avenir pas si lointain. De quoi méditer !
S.C.

A lire, l’ouvrage collectif éponyme, co-édité par le musée et les Presses universitaires de Grenoble 150 pages 40€

 

 

 

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