L’exposition temporaire de la Maison des JO, Himalayapolis, visions du siècle, est prétexte à donner un coup de projecteurs sur les premiers explorateurs de l’Himalaya. Quatre spécialistes reviennent sur les expériences himalayennes de ces pionniers que furent le père Huc, Alexandra David-Néel, Irving et Mallory, Hillary et Tenzing, les hommes de la Croisière jaune… Pour donner au lecteur l’envie d’en savoir plus !

A l’initiative d’un hors série remarquable sur les explorateurs de l’Himalaya*, Jean-Michel Asselin, le directeur des rédactions de Vertical et Alpinisme & Randonnée, conseiller montagne de l’exposition, aurait pu nous conter tous les "découvreurs" de l’Himalaya évoqués par Himalayapolis, visions du siècle, à la Maison des JO à Albertville, jusqu’en novembre. "Leur mémoire est notre imaginaire", affirme-t-il. Mais parce qu’il est aussi alpiniste et himalayiste, c’est de l’épopée de ses pairs, Andrew Irving, Georges Mallory, Edmund Hillary et Tenzing Norgay Sherpa que nous avons souhaité qu’il parle. "Les deux premiers, disparus à l’Everest en 1924, sont les fondateurs du mythe. Leur cordée rassemble toutes les ambitions de l’alpinisme, avec un engagement poussé à l’extrême. Elle montre aussi que c’est la montagne qui fixe les règles du jeu, position très romantique ! Leur histoire va bien au-delà de l’alpinisme, elle est tragique, cornélienne. La seconde cordée, victorieuse en 1953 de la "déesse la plus haute", est un clin d’oeil de l’histoire. Un Néo-zélandais et un Népalais, qui plus est un sherpa, soufflent le sommet du Monde aux plus grandes nations et cela le jour du couronnement de la reine d’Angleterre ! C’est aussi une expédition très précurseur de celles d’aujourd’hui : très suivie, très organisée, bénéficiant d’un accord d’exclusivité avec un grand média. Mais l’aventure humaine était là, l’incertitude de la réussite également».

La faconde et l’humour du père Huc

 

Jacqueline Thevenet, historienne, auteur notamment de "Un lama du ciel d’Occident,-Evariste Huc"**, est pour sa part intarissable sur ce missionnaire, premier européen à entrer dans Lhassa en 1846 en compagnie du père Gabet, tous deux déguisés en lama. Plein d’empathie envers les Tibétains, les deux missionnaires ont toujours eu comme objectif de les convertir. Mais contrairement au père Gabet, le père Huc, qui n’était pas montagnard, s’intéressait aussi beaucoup à l’aspect exploratoire de leur périple. Il est revenu avec une ouverture d’esprit extraordinaire, hélas pour lui, non partagée par l’église de l’époque. Pourquoi est-il plus connu que son compagnon aujourd’hui ? «C’est un écrivain remarquable. Sa lecture est passionnante, ses récits riches d’anecdotes et dans un style à l’image de ce Méridional, plein de faconde et d’humour. Le père Gabet, Jurassien, est lui plus réservé et son style s’en ressent comme en attestent leur correspondance que je viens de publier".

Alexandra d’un monde à l’autre

Première femme occidentale à entrer dans Lhassa en 1924, Alexandra David-Néel est une figure incontournable de l’Himalaya. "Il n’est pas facile de l’appréhender, car Alexandra David-Néel est un personnage complexe, double", explique Franck Tréguier, responsable du musée qui lui est consacré à Dignes. "Il y a celle qui sait et celle qui écrit pour reprendre René Guénon. Dans ses récits, Alexandra David-Néel se présente comme une exploratrice déterminée, qui relate, avec grand talent et précision, ses péripéties et ses rencontres". Dans les 27 ouvrages qu’elle a écrits au cours de sa longue vie –rappelons qu’elle est morte à 101 ans -, elle y fait abstraction d’elle-même. "Jusqu’au bout, elle est restée volontairement vague sur ses aspirations ; c’est sa correspondance avec son mari ainsi que la biographie de Joëlle Désiré-Marchand*** qui ont révélé le sens de ses séjours répétés en Asie ; ce sont de véritables pèlerinages. On peut dire qu’Alexandra David-Néel jette un pont entre deux mondes. Celui qui se meurt et un autre qui va naître avec la pensée bouddhique en Occident".

La Croisière jaune, une mission scientifique
Ariane Audoin-Dubreuil, fille de Louis Audoin-Dubreuil, l’un des commandants de la Croisière jaune, s’enflamme pour évoquer cette expédition financée par André Citroën en 1931-1932 et qui retraça la route de la soie, de Beyrouth à Pékin, en franchissant les hauts cols de l’Himalaya. Auteur de plusieurs ouvrages ****, elle estime que l’incroyable défi mécanique qu’a été la Croisière jaune, a occulté ses fondements. "Il s’agissait avant tout d’une mission artistique et scientifique". Et de citer parmi les 40 personnes impliquées dans cette aventure collective, la présence de chercheurs, tels Joseph Hackin, conservateur du musée Guimet, du père Teilhard de Chardin, paléontologue et philosophe, du peintre Alexandre Iacovleff ou encore du cinéaste André Sauvage. "L’automobile, c’était l’outil de la modernité au service de cette mission scientifique qui a traversé de remarquables sites archéologiques". Ses protagonistes ont d’ailleurs pu acquérir des pièces archéologiques de grandes valeurs, enrichissant de facto les collections du musée Guimet et du Louvre.

Sophie Chanaron

 

*"Les explorateurs de l’Himalaya", numéro hors-série de la revue Alpinisme et Randonnée Editions Presse, avril 2003
** Editions Payot, "Petite Bibliothèque" réédition 2004
*** Tibet, voyage à Lhassa, sur les traces d’Alexandra David-Néel ; éditions Arthaud 2004
**** dont La Croisière jaune sur la route de la soie", Glénat 2002

Jusqu’au 2 novembre 2005. Maison des JO d’hiver 11, rue Pargoud 73 200 Albertville Tél : 04 79 37 75 71

 

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