Tombé dans l’oubli au XXe siècle, Diodore Rahoult (1819-1874) fut un dessinateur et un peintre très apprécié en son temps. Une double exposition à la bibliothèque de Grenoble et au Musée de l’Ancien Évêché, ainsi qu’un ouvrage, montrent l’étendue de sa palette. Une mise en lumière exceptionnelle, qui réhabilite ce fin observateur des mœurs du Second Empire dans le Dauphiné.

 

Le prénom intrigue, mais qui sait aujourd’hui en empruntant la rue Diodore Rahoult, dans le centre-ville de Grenoble, qu’elle évoque un peintre dauphinois très apprécié de son vivant ? Pas grand monde, à part les collectionneurs des peintres dauphinois ! La renommée de l’artiste grenoblois n’est pas parvenue jusqu’à nous. Paroles de palette. Diodore Rahoult, la double exposition que lui consacre sa ville natale aujourd’hui, entend remédier à cet injuste oubli, pour reprendre le sentiment de ses auteurs. Il s’agit de la bibliothèque d’étude et d’information, propriétaire du fonds d’atelier de l’artiste -soit près de 6000 pièces-, du Musée de l’Ancien Évêché, qui présente régulièrement des artistes dauphinois, et le département d’histoire de l’art de l’Université Pierre Mendès France, très impliqué dans l’étude des peintres de la région.

L’exposition est le fruit de l’exploration de l’œuvre de Diodore Rahoult par ces trois institutions. Elles ont fait le choix de la présenter dans deux lieux différents : les dessins et imprimés à la bibliothèque d’étude de Grenoble, et les peintures au Musée de l’Ancien Evêché. La première a sélectionné dans son fonds, 150 dessins et imprimés de l’artiste oublié. Le Musée de l’Ancien Évêché, quelque 70 de ses huiles et aquarelles, provenant pour les trois-quarts de collections particulières. Un long travail de fourmi pour l’équipe de la bibliothèque d’étude pour sélectionner ces œuvres parmi l’abondance de dessins dans le fonds considérable constitué par les conservateurs successifs de la bibliothèque. Idem pour celle du musée pour remonter la piste des propriétaires des peintures, et les convaincre de les prêter pour plusieurs mois (15 novembre 2013-1er avril 2014).

Tour de l'Intendance. Palais de Lesdiguières. Collection Bibliothèque municipale de Grenoble ©Bibliothèque municipale, Martin Stahl

Jeune femme de face en médaillon. Collection Bibliothèque municipale de Grenoble ©Bibliothèque municipale, Martin Stahl

«Cette rétrospective inédite autour de Diodore Rahoult s’attache à témoigner de la diversité de sa palette, tant par les techniques que par les sujets traités », explique Marie-Françoise Bois-Delatte, conservatrice en chef à la Bibliothèque d’étude. L’artiste dauphinois a abordé une multitude de sujets picturaux : paysages, scènes de genre, figures italiennes, peintures galantes, scènes historiques, allégories, caricatures. «L’exposition montre combien Diodore Rahoult portait un regard curieux sur le monde qui l’entoure », indique de son côté Isabelle Lazier, la conservatrice du musée de l’Ancien Evêché (photo d’ouverture), soulignant la dimensions sociale de ses œuvres, en évoquant ses portraits ou scènes autour des « petites gens », comme le clochard Babola, les bohémiens ou encore les deux fillettes de La porte close, qui sert de support à l’affiche de l’exposition.

Pièces remarquables

Impossible de lister les pièces les plus remarquables à re(découvrir), mais à la bibliothèque, outre ses petits carnets qu’il remplissait au fil de ses pérégrinations dans le Dauphiné, ses études de personnages pour ses futurs tableaux peints, il y a « son œuvre de prédilection », un exemplaire original du Grenoblo malhérou, lui ayant appartenu. Féru de cultures régionales et de celle du Dauphiné en particulier, il signe les illustrations de ce recueil de poésies en patois évoquant les inondations de Grenoble. « Un chef d’oeuvre de bibliophilie », selon Marie-Françoise Bois-Delatte.

La Porte close. Vers 1865, collection Musée de Grenoble  photographie ©Musée de Grenoble

 

Les Joueurs de boules. Vers 1868, collection particulière ©Musée de l'Ancien Evêché, Gilles Galoyer

Au Musée de l’Ancien Evêché, la Porte close, les Joueurs de boules (photos ci-dessus), les Laveuses de la vallée de l’Isère ou encore un épisode du retentissant procès de Casimir Perrier, retiendront l’attention. Tout comme le Déjeuner sur la terrasse, tableau de la fin de sa vie, qui n’est pas sans évoquer les impressionnistes que Diodore Rahoult annonce.

Sophie Chanaron

 

Autour de l’exposition, des visites guidées, des conférences (5/12, 20/02, 20/03) et 3 publications

Infos pratiques www.ancien-eveche-isere.fr et www.bm-grenoble.fr

 

 

 

 

 

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