En 2018, cela fera 50 ans que les Jeux olympiques de Grenoble ont eu lieu. Plusieurs festivités vont célébrer ce jubilé tout au long de l’année dans les différents sites olympiques isérois. Et notamment à Chamrousse, où Jean-Claude Killy est entré dans la légende. Le témoignage de Patrice Goy, figure de la station, où il est arrivé en 1953, à l’âge d’un an. Il a vécu aux premières loges cet événement planétaire !

Actumontagne : Qu’est-ce qui a poussé vos parents à venir s’installer à Chamrousse au début des années 50 ?
Patrice Goy : A l’époque, mon père Gilbert, qui avait fait l’école hôtelière, travaillait dans le restaurant de ses parents près de la gare, à Grenoble. Il ne s’y épanouissait pas. Les clients étaient toujours pressés ! Lui était passionné de chasse, de nature et de ski. Il se rendait fréquemment à Chamrousse, où le projet de construction d’une station se précisait.  Il saisit l’opportunité d’acquérir  une surface commerciale dans un bâtiment tout juste construit par l’entreprise Pascal, en face du départ du téléphérique de la Croix de Chamrousse, dont l’ouverture en 1952 marque la naissance officielle de la station de ski. Mon père fonde son restaurant l’Ecureuil en 1953. Nous étions la troisième famille à nous installer ici, en plus de quelques pionniers.

Actumontagne : Les Xe Jeux d’hiver sont attribués à Grenoble en 1964. S’ouvre alors une période intense de construction. Vous étiez encore enfant. Vous en souvenez-vous ?
PG : Parfaitement ! Entre 1964 et 1968, la station est un chantier à ciel ouvert avec des bâtiments (hôtels, commerces, résidences) et des remontées mécaniques qui se construisent partout. Les routes se transforment aussi. Je me souviens de la création du stade de slalom à 1650, des villages d’enfants de Bachat-Bouloud à Roche-Béranger. C’est pendant ces années-là que mon père fait la connaissance de Jean-Claude Killy, jeune skieur régulièrement en stage de ski ici. Il venait boire un chocolat à la maison tous les jours ! Et je vais vous raconter une anecdote, il s’est pris de passion pour la chienne de chasse de mon père et du coup, mes parents lui ont offert l’un de ses chiots après les Jeux !

Actumontagne : Quels souvenirs gardez-vous des JO ?
PG : Pleins ! En 1968, la saison était correcte, mais calme au début car la station a été fermée pour préserver les pistes jusqu’aux épreuves ! Il y avait effectivement peu de neige cet hiver-là. L’armée était arrivée avec du ciment neige, les canons n’existant pas. Heureusement, fin janvier, la neige est enfin arrivée en quantité et les Jeux ont pu se dérouler dans des conditions météo sensationnelles. Sauf le jour du slalom hommes où le brouillard a joué les trouble-fêtes (ndlr : Jean-Claude Killy obtient sa troisième médaille d’or, suite à la disqualification de l’Autrichien Karl Schranz et du Norvégien Mjoen qui ont manqué des portes). Alors qu’il a fait beau douze jours sur dix, ce brouillard nous a ensuite collé à la peau pendant des années, les journalistes en faisan des tonnes !

Actumontagne : Vous avez vécu l’après-JO au sein de l’affaire familiale que vous avez développée. La station moderne et branchée du début des années 70 s’endort sur ses acquis…
PG
: Le tourisme n’était pas la priorité de ses gestionnaires publics. Ils ont par exemple repoussé une proposition du groupe Holiday Inn qui voulait ouvrir un hôtel et centre de formation pour ses employés. Ils sont allés à Tignes… Juste après les Jeux, beaucoup d’étrangers venaient encore dans la station voir le théâtre des épreuves et les exploits de Killy. Mais, d’autres destinations ont émergé, et Chamrousse, faute d’investissements, a décroché. Il faudra attendre que la commune de Chamrousse soit créée en 1989 pour que la station prenne enfin son destin en main. Non sans difficultés, faute d’investisseurs solides. Aujourd’hui, j’ai beaucoup d’espoir dans le projet de restructuration urbanistique de Recoin, Chamrousse 2030. Il est énorme. Mais si quelques hôtels et un grand centre aqualudique sont aménagés, ça sera déjà beaucoup pour attirer les non-skieurs et la clientèle affaires sur au moins trois saisons.

Propos recueillis par Sophie Chanaron

De nombreuses festivités vont célébrer les 50 ans des J0 de Grenoble dans les sites qui les ont accueillis. Nous vous en reparlerons.

Quatre dates clés
C’est dès l’aube du XIXe siècle, que les alpages de Chamrousse attirent les curistes en soin aux thermes d’Uriage. Ils apprécient alors de faire l’aller-retour jusqu’aux « cimes rousses », royaume des bergers. En 1865, le père Tasse transforme son chalet d’alpage de Roche-Béranger, où il fabrique du fromage, en chalet-auberge pour accueillir les promeneurs de plus en plus nombreux. Il y restera une vingtaine d’années, en véritable précurseur du tourisme en montagne. Quelques années plus tard, en 1878, c’est sur les pentes de Recoin, qu’Henri Duhamel, alpiniste renommé et membre fondateur du Club Alpin Français, est le premier Français à chausser des skis qu’il a déniché lors de sa visite à l’Exposition universelle de Paris sur le stand de la Suède. Autre date marquante pour l’histoire du ski, 1911, année de la construction du refuge de Recoin par la section Isère du Club Alpin Français. C’est alors le premier refuge d’altitude destiné à la pratique du ski.

 

 

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