Dans sa nouvelle exposition temporaire, le musée Dauphinois, à Grenoble, se pose la question des origines du pastoralisme dans les Alpes. Et démontre, à l’aune des dernières recherches archéologiques, que l’installation dans nos montagnes, des premiers éleveurs, il y a 7000 ans environ, résulte d’un long processus, entamé au Proche-Orient il y a quelque 10 000 ans.

Jean-Pascal Jospin et Tassadite Favrie, concepteurs de Premiers bergers des Alpes, de la préhistoire à l’Antiquité, au musée Dauphinois à Grenoble, convient le visiteur à un véritable voyage dans le temps pour remonter la piste des premiers bergers alpins et de leurs troupeaux. Et font tomber quelques idées reçues, dont celle qui attribue des origines locales aux animaux paissant dans nos alpages. Et bien non ! Selon les derniers travaux sur lesquels l’exposition s’appuie, les vaches, moutons, porcs et chèvres, ne seraient pas issues d’espèces locales. Ces animaux seraient arrivés dans les Alpes vers 5500 ans avant notre ère, avec des populations venues du Proche-Orient qui les avaient déjà domestiqués depuis belle lurette ! Ces peuples originaires de la région du Croissant fertile pratiquent le pastoralisme depuis plus de 3000 ans. Sur leur passage, ils vont diffuser leur savoir-faire pastoraux et agricoles. Lorsqu’ils "rencontrent" les habitants des Alpes, ces derniers vivent encore de la cueillette, de la chasse et de la pêche. Et s’ils font des incursions en montagne, c’est essentiellement l’été, pour chasser le gros gibier.

Transformation du milieu


Borne frontière du col de Jaillet entre les deux Savoie

Aux contacts de ces communautés venues du sud, les chasseurs-cueilleurs alpins vont entrer à leur tour dans l’ère du néolithique, événement majeur dans l’histoire de l’humanité. Ils deviennent chasseurs et éleveurs, et organisent leur mode de vie sur le déplacement des troupeaux, forgeant les prémisses de l’identité alpine. Ces pasteurs investissent massivement la montagne, à la recherche de nourriture et d’espaces pour le bétail et les cultures. De larges étendues de forêt sont abattues ou brûlées dès le début du néolithique, et jusqu’à l’âge de bronze. Avec l’activité agro-pastorale, l’homme transforme le milieu, modifie les paysages, en faisant reculer la forêt de plus de 200 m. Vers 3000 ans avant J.-C., les populations vont se sédentariser, en plaine comme en montagne où sont construits de grands enclos et des cabanes pastorales. Des vestiges de plusieurs d’entre eux sont encore visibles dans le Vercors, en Chartreuse ou dans les Alpes du Sud. Ils servaient à protéger bêtes et les hommes qui les gardent, des grands prédateurs, mais aussi permettaient sans doute la collecte du lait pour fabriquer du fromage. Plusieurs fragments de faisselles ont été retrouvés sur ces sites archéologiques, témoignant d’une précoce activité de transformation de la production laitière. « A cette époque apparaît aussi les moutons à laine, fruit d’une longue sélection des espèces », explique Tassadite Favrie, archéozoologue, dont la spécialité est d’étudier les os d’animaux retrouvés au cours des fouilles archéologiques. Pendant la période romaine, qui clôt l’exposition, le rôle de garant de la prospérité de la communauté, octroyé au berger, va être plus que jamais conforté. Une visite passionnante qui interroge le visiteur sur le rapport de l’homme à la nature et à l’animal.

L’exposition se déroule jusqu’au 30 juin 2009. Un livre, paru aux éditions Infolio, reprend l’essentiel des textes et des photographies de l’exposition autour de laquelle plusieurs visites sont organisées sur des sites archéologiques et à la maison des Alpages de Besse-en-Oisans. Renseignements au musée Dauphinois au 04 76 85 19 01 ou sur www.musee-dauphinois.fr

Visite de La Grande Rivoire


Reconstitution de la bergerie de la Grande Rivoire

Le site archéologique de la Grande Rivoire à Sassenage (38) a été découvert en 1986 par les chercheurs du centre de recherches préhistoriques du Vercors. Cet abri sous roche a révélé de précieuses informations sur l’économie pastorale des communautés alpines, depuis 8000 ans avant J.-C. jusqu’à l’époque gallo-romaine. Et ce n’est pas fini puisque la campagne de fouille devrait encore se prolonger une quinzaine d’années. Ce printemps et cet été, le chantier s’ouvre au public pour une balade archéologique passionnante, en compagnie de préhistoriens. Places limitées. Pour connaître les dates et réserver : 04 57 58 89 26

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