« Alpes Là », c’est le nom d’une double exposition photo présentée au Musée Dauphinois de Grenoble, qui renouvelle le regard sur le paysage alpestre. Le « carnet de marche » d’Eric Bourret donne à voir une montagne en mouvement, aux confins de la photo et de la peinture. « Trièves, tournant de siècle », d’Emmanuel Breteau est un témoignage d’un monde rural qui a disparu ou changé, à travers une série de portraits des habitants de ce territoire.

Exposée sur un fond entièrement blanc, la veste orange de ce skieur – ou de cette skieuse ? – semble relever davantage de la peinture impressionniste ou de l’aquarelle que d’une image réelle. Pourtant, c’est bien d’une photographie qu’il s’agit. Mais une photo un peu particulière, comme l’explique son auteur, Eric Bourret : « Je prends plusieurs clichés de la même scène, mais en me déplaçant de quelques mètres entre chaque prise de vue. Et je superpose ensuite les différents clichés – pris avec un appareil numérique – sur la même image, ce qui reviendrait, avec un appareil photo argentique, à imprimer plusieurs photos sur le même négatif. Ça engendre une impression de mouvement et donne ainsi à voir la fluctuation du temps ».

Une face Nord en Oisans © Eric Bourret

Le photographe originaire de Marseille, qui arpente à pied, depuis plus de 25 ans, les zones naturelles, en moyenne et haute montagne (à raison de 1500 km par an), décline cette technique photographique singulière aux divers paysages de montagne. Pour son « carnet de marche », il s’est baladé pendant deux hivers (2015 et 2016) dans les massifs de Belledonne, du Dévoluy, de l’Oisans et du Vercors. Ses photos mettent en valeur ces montagnes et plateaux magnifiques, mais pas de manière « classique », par grand beau temps ou à la lueur d’un coucher de soleil. La plupart des photos exposées ont été prises par temps maussade et/ou jour blanc, à dessein. « Je me sers du blanc de la neige – ou du ciel en cas de jour blanc – comme d’une vide, d’une absence de matière », explique Eric Bourret. Ce qui permet, par contraste, de faire ressortir les couleurs vives des sujets photographiés, ou encore la minéralité et l’âpreté caractéristiques des faces Nord de l’Oisans. Si certains paysages restent reconnaissables, aucune légende n’accompagne les photos d’Eric Bourret. « Cette exposition résulte d’une commande du Musée Dauphinois. C’était plutôt une proposition plastique, avec une ambiguïté volontaire entre la photo et la peinture. Il s’agit certes de rendre compte du paysage, mais avec une relation ascétique à celui-ci », conclut le photographe de 53 ans.

De gauche à droite : E. Breteau, E. Bourret et Patrick Curtaud (vice-président à la culture du département de l’Isère) © Martin Léger

De mouvement et de fluctuation du temps, il en est aussi question dans l’exposition « Trièves, tournant de siècle » d’Emmanuel Breteau. Mais à une (beaucoup) plus longue échelle que pour Eric Bourret, en l’occurrence plus de vingt ans, comme le temps séparant certains clichés exposés. Et dans le but de rendre compte du mode de vie – et de son évolution – dans un territoire constitué de 28 communes et peuplé d’environ 10 000 habitants.
Arrivé dans le Trièves, à Roissard, à la fin des années 1980, en provenance de Corbeil-Essonnes, en banlieue parisienne, Emmanuel Breteau a commencé à photographier les habitants du Trièves, « afin de rencontrer les gens. La photo était un billet pour tisser des relations humaines. Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que ces gens que je photographiais faisaient partie d’un monde – rural – en train de disparaître ».

© Emmanuel Breteau

Des portraits d’Emmanuel Breteau se dégage une vraie complicité entre le photographe et ses sujets. On n’a pas l’impression que ces derniers aient posé, il semble plutôt qu’ils aient presque oublié la présence de l’artiste, tant ils paraissent naturels et authentiques sur les photos. « Au départ, ce sont des gens pudiques, qui n’ont pas l’habitude d’être mis en avant. Mais c’était aussi ça qui m’intéressait, je voulais rendre hommage à ces acteurs locaux. Bien sûr, il s’agit d’un travail de longue haleine. Ça demande de la proximité, de l’intimité. Les familles m’ont ouvert la porte de leur travail, de leur vie. Grâce à ces photos, j’ai eu la chance de devenir ami avec bon nombre de ces gens ».

© Emmanuel Breteau

La démarche d’Emmanuel Breteau s’inscrit dans la durée, avec des sujets photographiés à plusieurs années d’intervalles, à l’image de cet élève de CP devenu un maçon très costaud. Entre 2015 et 2016, l’artiste est reparti photographier ces habitants du Trièves, en enregistrant également leur parole. « On peut parfois sentir un clivage entre les anciens, présents depuis plusieurs générations, et les gens installés plus récemment. J’ai voulu recueillir leur expérience de vie dans le Trièves. Au final, tous, anciens ou nouveaux, sont très attachés à leur territoire. Ils ont tous l’amour du pays, et c’est bien là l’essentiel ». Des témoignages accompagnent d’ailleurs certaines photos, toutes prises en noir et blanc « afin d’aller à l’essentiel ».

Martin Léger

© Emmanuel Breteau

Pratique :
Le « Carnet de marche » d’Eric Bourret est visible jusqu’au 23 octobre 2017. Visites guidées en présence du photographe mercredi 5 juillet à 19h et dimanche 17 septembre à 15h30 (dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine).
L’exposition « Trièves, tournant de siècle » est présentée jusqu’au 4 septembre 2017. Visites guidées en présence d’Emmanuel Breteau dimanche 11 juin à 11h, et dimanche 30 avril à 11h (rencontre avec les Triévois au Musée Dauphinois).
Le Musée Dauphinois est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h du 1er septembre au 31 mai et de 10h à 19h du 1er juin au 31 août. Entrée gratuite.

© Eric Bourret

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