C’est en mars 1950 au chalet les Bambinos à Praz-sur-Arly qu’est née la première classe de neige française. 55 ans plus tard, la formule enthousiasme moins. A tort, pour la station praline, qui continue d’accueillir les scolaires en séjours, convaincue qu’ils sont les clients de demain. Le 26 mars, elle organise une table ronde sur l’avenir des classes de neige.

  Pour nombre de Franciliens ou Bretons adeptes des sports d’hiver, c’est au cours d’un séjour en classe de neige qu’est bien souvent née leur passion pour la montagne en général et la glisse en particulier. Découverte d’un nouveau milieu, apprentissage de l’autonomie et de la vie en collectivité, pratique d’activités sportives et culturelles inédites… Bref, la classe de neige concentre de nombreuses expériences et émotions pour un enfant. Bien ou mal vécues, elles resteront à jamais dans sa mémoire.

Formule bien rodée aujourd’hui, la classe de neige doit son invention à une institutrice du cours privé Victor Hugo à Paris au milieu des années 50. A l’heure des sports d’hiver émergents mais encore réservés à une élite, cette enseignante pense qu’un séjour au ski via l’école, serait particulièrement bénéfique pour les élèves. Son directeur, séduit par l’idée, se met en quête d’un lieu adéquat dans les Alpes. Il choisit le chalet les Bambinos à Praz-sur-Arly, maison de convalescence depuis 1939. Et c’est ainsi que du 9 au 30 mars 1950, les premiers élèves du cours Victor Hugo débarquent à Praz-sur-Arly où ils vont alterner cours et plaisirs de la neige. La première classe de neige était née comme en atteste le livre des inventions.

 Un âge d’or révolu Cette formule de séjour à la montagne fait rapidement école ; dès 1954, elle est reprise par l’Education nationale. Les centres de vacances poussent alors comme des champignons dans les stations de ski, où affluent scolaires et enseignants. Après une période d’âge d’or dans les années 70, les classes de neige commencent à décliner pour carrément passer de mode aujourd’hui. En cause ? Des enseignants moins enthousiastes devant les responsabilités et la mobilisation qu’elles impliquent, sans compter leur coût élevé (50% plus cher que les classes vertes). Les chiffres sont éloquents : en 15 ans, le nombre de nuitées dans les centres de vacances de la Haut-Savoie, premier département en matière d’accueil de groupes d’enfants, a chuté de 40%.A Praz-sur-Arly où quatre résidences spéciale collectivités perdurent, il n’est pas question de tirer un trait sur 55 ans d’accueil de classes de neige. "Elles restent un enjeu économique majeur pour la station. Elles mobilisent non seulement les professionnels du ski hors vacances scolaires mais surtout, les enfants à qui elles permettent de découvrir la montagne, sont sans aucun doute nos clients de demain", estime Yann Jaccaz, directeur de l’OT qui a choisi le 26 mars prochain pour commémorer cette invention et réfléchir sur l’avenir de ces structures d’accueil dans le cadre d’une table ronde réunissant des spécialistes.  Sophie Chanaron 

Et les Bambinos devinrent le Val Soleil

 En 1996, Michel Thépaut, professeur de gym, passionné de montagne, décide de s’en rapprocher. Il quitte l’Education nationale et Rennes pour s’installer avec son épouse à Praz-sur-Arly où ils reprennent le chalet des Bambinos, centre de vacances inexploité depuis 1990. Bien que le marché des classes de neige n’ait plus le vent en poupe, Michel et Chantal sont convaincus qu’il y a encore une carte à jouer. A condition de proposer des séjours clés en main aux enseignants, d’améliorer le confort des établissements – le couple a transformé les dortoirs en 32 chambres de deux à trois personnes avec sanitaires- et de mobiliser tous les partenaires locaux. Pari réussi. De 8000 nuitées en 1997, le Bambino, devenu le Val Soleil, enregistre 10 500 nuitées cette année. 60% de son chiffre d’affaires est réalisé par l’accueil de groupes d’enfants, les 40% provenant de l’accueil de particuliers. Michel est un fervent militant des classes de neige. Il est le vice-président de Haute-Savoie Junior*, association soutenue par le Conseil général, qui œuvre à promouvoir l’accueil d’enfants dans le département. Photo couleur bâtiments neige crédit Michel Thépaut *Cette structure rassemble les professionnels du Syndicat des Hôtels pour collectivités et la Fédération départementale du tourisme social. Elle compte 120 adhérents.