Les téléphériques des Glaciers de la Meije (Hautes-Alpes) fêtent cet hiver leur trentième anniversaire. Lors de l’inauguration de ces nouvelles remontées mécaniques en juillet 1976, personne n’aurait pu imaginer que le petit village de La Grave deviendrait un spot mythique du ski freeride…

L’histoire débute en 1894. Un certain docteur Prompt envisage d’installer un hôtel de 50 lits au sommet de la Meije (à 3983 mètres), dans le but d’y accueillir des malades pouvant être soignés uniquement grâce à une cure d’altitude, notamment ceux souffrant de phtisie (tuberculose pulmonaire). Il était également prévu de construire un observatoire astronomique à côté de l’hôtel. Et comment malades et scientifiques seraient-ils parvenus au sommet de la Meije ? Grâce à un train à crémaillère souterrain pardi !
Cette solution ne sera pas retenue. Pour autant, le docteur Prompt ne renonce pas à ses projets. En 1933, il propose de construire un téléphérique qui relierait en quatre tronçons le village de la Grave au sommet de la Meije. Seul bémol : la pointe du Grand Pic de la Meije est beaucoup trop effilée pour accueillir une gare de téléphérique. Qu’à cela ne tienne, le docteur Prompt a pensé à tout, en l’occurrence miner les vingt-cinq derniers mètres ! Le coût de cette opération, et l’opposition du Club Alpin Français qui refuse de « décapiter la Meije », auront finalement raison de ce projet.

Mais la véritable genèse des Téléphériques des Glaciers de la Meije (TGM) remonte à 1958. Ernest Juge, alors maire de la Grave, souhaite développer le tourisme en réponse au déclin de l’agriculture dans son village. Plusieurs solutions vont être envisagées, parmi lesquelles un projet de domaine skiable qui aurait englobé les remontées actuelles du Chazelet et de Villar d’Arène et se serait étendu pratiquement jusqu’aux pentes du Col du Galibier. C’est finalement l’autre versant – celui des Vallons de la Meije – qui sera choisi pour y implanter un téléphérique. En 1963, le tracé du téléphérique est validé, les financements sont trouvés, mais le préfet refuse d’accorder la garantie du département, remettant de ce fait le projet en cause. Il faudra attendre 1970 pour le voir repartir, grâce à la rencontre avec l’ingénieur Denis Creissels, qui va trouver les solutions techniques adaptées pour rendre possible la construction des TGM.  Le premier tronçon du téléphérique, qui s’arrête à 2400 m d’altitude, est inauguré le 14 juillet 1976. Un deuxième tronçon, menant les skieurs jusqu’au col des Ruillans (à 3200 m), verra le jour le 13 mars 1978.

Un virage décisif à la fin des années 1980

Coup de théâtre au printemps 1986 : le téléphérique n’est plus aux normes de sécurité et voit son exploitation arrêtée pendant deux hivers, jusqu’à ce que Denis Creissels décide « par fierté » de racheter les TGM (jusqu’alors exploités en régie municipale). Plutôt que de tenter de transformer le site en station « classique » avec de nombreuses remontées et des pistes damées, il fait le pari de « garder l’esprit de la poudreuse, en augmentant la fréquentation, mais pas le débit ». Pari osé, puisque le ski hors-piste était alors loin d’être à la mode. Cette augmentation de la fréquentation passe par l’installation, en 1989, des « pioches » sur le glacier de la Girose, permettant la liaison avec la station voisine des Deux Alpes.
Depuis cette date, le succès des Vallons de la Meije ne s’est jamais démenti. Le site apparaît aujourd’hui comme une véritable Mecque du freeride, comme en témoigne par exemple l’installation depuis le début de l’hiver 2006-07 d’un test center permanent des skis « Black Diamond », une marque américaine dont les modèles sont presque exclusivement pensés pour le ski en poudreuse. Pourvu que ça dure…

Martin Léger

 

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