Une semaine après la tenue de leur conférence de presse à Moûtiers, les maires de Tarentaise sont toujours remontés contre la Compagnie des Alpes et son nouveau forfait Holiski. L’annulation de la présentation officielle à la presse de ce système d’abonnement électronique permettant à son détenteur de circuler librement sur le réseau* de domaines skiables de la CDA, n’a pas apaisé les esprits. Rappel des faits. L’association des maires des stations de Tarentaise, signataires d’un communiqué très critique le 5 septembre dernier, reprochait tout d’abord à la CDA, délégataire de service public, sa manière de procéder, évoquant une absence totale de concertation avec les communes, pourtant autorités concédantes. «Nous avons eu connaissance du lancement de ce forfait par des informations sorties dans la presse et sur Internet », s’offusque encore Olivier Zaragosa, maire de Tignes et porte-parole des maires tarins. « La CDA n’a pas pris la peine de nous consulter alors que les communes restent propriétaires de leurs domaines skiables. Sur la forme, c’est un manque total de courtoisie». Sur le fond, les élus, qui ne contestent pas l’attrait touristique d’un forfait inter-stations, estiment que le système de commercialisation d’Holiski, permettrait aux sociétés de remontées mécaniques, filiales de la CDA, d’échapper aux redevances normalement dues.  «Les communes tirent l’essentiel de leurs richesses de la redevance versée par les concessionnaires qui oscille, suivant les stations, entre 4 et 10% du chiffre d’affaires des remontées mécaniques», rappelle le premier magistrat de Tignes. «Hors, avec la carte d’abonnement Holiski fixée à 32€ et achetée via Internet, la CDA s’exempte de redevance, se plaçant en dehors des conventions établies avec chaque collectivité ». Pour le porte-parole des élus de Tarentaise, la CDA aurait délibérément tenu les collectivités concédantes à l’écart de l’élaboration et du lancement d’Holiski. « C’est du jamais vu et cela pose la question de la gourvernance des stations », s’emporte même Olivier Zaragoza. Et de pointer la divergence croissante d’intérêts entre les communes et le numéro un mondial des opérateurs de remontées mécaniques. « Les premières ont une logique de développement de territoire, le second une logique de groupe financier », constate-t-il.

Renouer le dialogue
Du côté de la CDA, on temporise. L’heure est à l’apaisement et au dialogue. « Il ne faut pas tout mélanger », estime Eric Feyeux, directeur marketing du pôle domaines skiables de la CDA. « Holiski n’a rien à voir avec les questions fondamentales de gourvenance des stations. Il s’agit d’un nouveau produit dont l’objectif est, pour nos stations françaises, de consolider les consommations en journées de ski de leurs clients et, in fine, de contribuer au développement de la montagne ». Au départ, la CDA avait laissé le soin à chacune des sociétés de remontées mécaniques concessionnaires de communiquer sur ce nouveau service qu’est Holiski. Il semble que dans certaines stations, cette communication n’ait pas ou peu eu lieu… Face à la fronde des élus tarins, la direction du pôle domaines skiables de la CDA à Chambéry a donc décidé de reprendre la main. Elle va entamer des discussions avec les maires dans les plus brefs délais. «Nous sommes bien sûr en contact avec l’association des maires des stations de Tarentaise. Nous avons beaucoup travaillé cette semaine pour apporter des réponses concrètes aux interrogations des élus ». En particulier sur la carte d’abonnement Holiski et son assujettissement. «Nous sommes conscients de la technicité d’Holiski, qui crée un nouveau circuit de distribution. Il nous faut davantage expliquer son fonctionnement pour rassurer les concédants ». Et de souligner qu’avec Holiski, comme avec les autres titres de transport, chaque station sera rétribuée en fonction des passages des skieurs sur son domaine. A trois mois de l’ouverture de la saison d’hiver 2009, les deux parties ont intérêt à trouver rapidement une solution, l’innovation produit étant indispensable pour conquérir les consommateurs. Et cela encore plus dans un marché mature et hyperconcurrentiel comme celui du ski.
Sophie Chanaron

*Pour la première année, toutes les stations françaises du groupe à l’exception de Chamonix, Avoriaz, la Rosière et Valmorel

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