Alors qu’elle était initialement prévue à Mountain Planet en avril dernier, l’annonce des engagements environnementaux de Domaines Skiables de France (DSF) était l’un des moments attendus de son congrès annuel ces 1er et 2 octobre à Grenoble.

Au nombre de 16, ces éco-engagements ont été adoptés à l’unanimité par les membres de la chambre professionnelle. Ce socle commun est le fruit d’une démarche volontariste entamée il y a plus de deux ans par DSF. Il représente un signal fort des opérateurs régulièrement cloués au pilori sur les questions environnementales.

« Les responsables de domaines skiables sont aux avant-postes pour constater les impacts du réchauffement climatique sur la montagne », souligne Alexandre Maulin, le président de DSF qui a fait de l’éco-responsabilité une priorité de son action.

Alexandre Maulin, président de DSF, offensif et sans tabou sur les questions environnementales

Tout en rappelant combien l’activité des domaines skiables est vitale à l’économie des territoires de montagne -notamment 120 000 emplois directs-, il estime que la profession doit être « parmi les premiers de cordée dans la préservation du bien commun qu’est la montagne ». Et cela aux côtés de ses partenaires, élus locaux, écoles de ski, hébergeurs, magasins de sport, socio-professionnels…

Une dameuse carburant à l’hydrogène

Ces 16 éco-engagements balayent cinq grandes thématiques : le climat et l’énergie, l’eau, la biodiversité, les paysages, et enfin les déchets. Sur le climat, cœur de sa feuille de route, DSF s’est fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone avec zéro émission de CO2 d’ici à 2037. Un délai plus ambitieux que ceux de la France et l’Union européenne qui visent 2050 !

Les engins de damage des pistes sont responsables de 95% des émissions de gaz à effet de serre d’un domaine skiable. C’est donc sur eux que les actions se focalisent. Les opérateurs fondent beaucoup d’espoir sur la dameuse à hydrogène sur laquelle les trois principaux constructeurs du marché travaillent. Un démonstrateur devrait être opérationnel d’ici à 5 ans.

Pour passer en phase industrielle, il faudra également développer une chaîne d’approvisionnement sûre et vertueuse de cette énergie. « Et aussi trouver d’autres utilisateurs, notamment le secteur du BTP et ses engins, les transports publics, compte tenu de notre activité saisonnière », précise Alexandre Maulin. Un bilan carbone sera établi au plus tard d’ici 3 ans par tous les domaines skiables pour mesurer la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Prévu à l’origine à Saint-Étienne, le congrès annuel de DFS s’est finalement tenu à Grenoble-Alpexpo, privé en avril de Mountain Planet, la grand’messe de l’aménagement de la montagne en raison du Covid-19

Un modèle d’exploitation plus sobre
DFS prône la sobriété dans la consommation en carburant des engins roulant au gasoil grâce à l’éco-conduite à laquelle tous les pilotes seront formés ces 5 prochaines années. Frugalité également dans la consommation électrique via notamment la variabilité de la vitesse des appareils en fonction de la fréquentation des usagers. À la clé, de 10 à 20% de consommation électrique en moins escomptés.

Sur le volet stratégique de l’eau, et notamment son partage, les exploitants s’engagent à déployer un plan pour économiser cette ressource précieuse. Généralisation des systèmes de mesure de la hauteur de neige sur les dameuses à partir d’une flotte de six engins pour optimiser la production de neige de culture. De même, les retenues collinaires seront mises à la disposition des troupeaux en estive. Un soutien au pastoralisme déjà opérationnel dans plusieurs stations.

Autres engagements notables d’ici à 5 ans, un inventaire de la biodiversité des espaces naturels dressé par chaque exploitant pour anticiper les travaux, et mise en place de dispositifs anti-collision sur la totalité des tronçons des remontées mécaniques présentant un danger pour les tétras lyres.

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères en charge du tourisme a fait la clôture du congrès, félicitant les opérateurs pour leur démarche volontariste et l’implication d’Alex Maulin dans le comité de filière tourisme dans la gestion de la crise du Covid-19.

Dans le cadre de la protection des paysages, outre l’engagement à revégétaliser avec des semences endémiques 100% des zones de travaux, les opérateurs vont éliminer les friches industrielles pointées depuis longtemps par les associations environnementales. Dès 2021, les exploitants iront sous la forme de corvées démonter les installations obsolètes répertoriées pour atteindre un rythme de trois par an au minimum à partir de 2023.

« Ces 16 éco-engagements ne sont qu’une première phase sur laquelle nous rendrons des comptes avant de lancer des actions supplémentaires », promet Alexandre Maulin qui veut aussi embarquer dans sa démarche verte les transporteurs et les hébergeurs. Leur activité respective génère 60% et 27% des émissions polluantes contre 2% pour le ski, selon une étude de l’Ademe.

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