Le 9 octobre dernier, la nouvelle centrale hydroélectricité de Gavet a officiellement été mise en service par EDF. En réalité, cette unité souterraine, couplée via une galerie de 10 km sous Belledonne à un barrage en amont à Livet, était déjà en phase de tests depuis le printemps dernier. Elle devrait atteindre sa vitesse de croisière d’ici à la fin décembre. Et produire annuellement 560 millions de kWh, soit l’équivalent de la consommation électrique des habitants de Grenoble et de Chambéry. C’est 40% de plus que les installations auxquelles elle se substitue : six centrales et cinq barrages, aménagés de la fin du XIXe siècle au début du XXe !

L’entrée de la nouvelle centrale de Gavet souterraine dont la construction a nécessité d’extraire 600 000 tonnes de roche ! ©C.Huret

Une rivière plus sûre

Parmi les caractéristiques de la dernière née des centrales hydroélectriques d’EDF en France, une innovation technologique encore inédite en France, quatre dissipateurs d’énergie. Ces dispositifs de sécurité servent à éviter les fortes variations de débit entre le barrage et la centrale en cas d’arrêt intempestif de celle-ci. En rendant la rivière plus sûre, ils redonnent aux pêcheurs et aux promeneurs un accès à son lit jusqu’alors interdit en raison du danger potentiel d’une montée brutale des eaux torrentielles.

La caverne usine de la centrale : 74 mde long, 16 m de large et jusqu’à 35 m de haut. Des mensurations équivalentes à la nef de Notre-Dame-de-Paris ! ©C.Huret

Pour EDF, c’est la fin d’un chantier monumental qui aura duré 10 ans, fait travailler jusqu’à 300 personnes et nécessité quelque 400 millions d’euros d’investissement. Dont 9 millions pour la préservation de l’environnement et de la biodiversité. Des passes à poisson vont notamment permettre de rendre à la Romanche sa continuité piscicole depuis longtemps perdue.

Les Passes à poisson du barrage de Livet redonnant la continuité écologique à la rivière ©C.Huret

Fin d’un chantier donc et début d’un autre, vital pour la vallée de la moyenne Romanche : celui de la déconstruction de la plupart des anciens ouvrages hydroélectriques pour renaturer ce territoire marqué par plusieurs phases d’industrialisation (forges, scieries, papeteries, électrométallurgie, électrochimie, hydroélectricité).

A partir de janvier prochain et jusqu’en 2024, les cinq barrages et trois des six centrales (Pierre-Eybesse, Les Roberts et Les Clavaux) vont disparaître du paysage. Une fois les bâtiments, canaux, ouvrages en béton et autres conduites forcées en acier récupérés, les opérations de renaturation et de requalification pourront commencer sur les quelque 12 hectares concernés. EDF travaille notamment avec l’ONF à l’implantation sur les berges de la Romanche d’espèces végétales endémiques (noisetiers, cerisiers, houx, sureaux…).

La centrale des Roberts qui sera déconstruite ©Actumontagne

Du gris au vert pour la vallée de la Romanche

Au terme de ce programme, de nouveaux espaces rendus à la nature où sera aménagé par la Communauté de communes de l’Oisans le dernier tronçon de la voie verte reliant la plaine de l’Oisans à la métropole grenobloise.

Un projet de parcours thématique autour de la riche histoire industrielle de la vallée est également envisagé, en lien avec le musée de la Romanche. Pièce maîtresse de ce futur dispositif culturel, la centrale des Vernes.

Mise en service en 1918 et stoppée en juin dernier, cette usine à l’allure de villa italienne avec jardins à la française, avait été voulue par son fondateur, l’industriel pionnier de la houille blanche, Charles-Albert Keller -des établissements Keller et Leleu-, comme un lieu de détente pour le personnel de l’entreprise.

La centrale des Vernes classée monument historique pour sa valeur patrimoniale et son geste architectural, prise lors de l’une de ses dernières vidanges avec son spectaculaire déversoir en fontaine ©Actumontagne

Elle est depuis 1994, la seule centrale hydroélectrique classée monument historique en France. Restaurée depuis 2012 par EDF, la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) et le Département de l’Isère, ses clés seront remises à l’État par son concessionnaire. Elle devrait intégrer le Centre des monuments nationaux (CMN) dont font partie l’abbaye du Mont-Saint-Michel, les châteaux d’Angers et d’Azay-le-Rideau, le château et les remparts de la cité de Carcassonne ou encore l’Arc de triomphe !

Une page se tourne pour l’industrieuse moyenne vallée de la Romanche, restée en marge du développement touristique de l’Oisans. Requalifié, plus verdoyant, son territoire a des atouts à faire valoir aussi bien d’un point de vue culturel qu’en matière d’activités de plein air, à seulement 30 kilomètres de Grenoble.

En amont de la nouvelle centrale EDF de Gavet, le barrage prise d’eau de Livet ©C.Huret
- Advertisement -