Dominique Marcel, le patron de la Compagnie des Alpe, numéro 1 mondial de l’exploitation des domaines skiables, était à Mountain Planet à Grenoble, le grand rendez-vous international de l’industrie de la montagne. L’occasion de l’interroger sur le bilan d’une saison compliquée, sur l’attractivité des stations françaises et ses intentions à l’international, notamment en Chine, hôte d’honneur du salon grenoblois.

Actumontagne : Quel est le bilan de l’hiver 2016 pour les onze stations de la Compagnie des Alpes ?
Dominique Marcel : L’hiver a très mal commencé, avec des vacances de Noël et de fin d’année 2015 très perturbées par le manque de neige, celle-ci n’arrivant qu’après les vacances. Mais les vacanciers sont venus. Ensuite, les vacances d’hiver 2016 ont été correctes. Elles auraient pu être bien meilleures si la météo avait été plus clémente. Nous n’avons eu que trois à quatre jours de beau temps sur ce mois de vacances d’hiver. Le mois de mars a lui été excellent, avec de très bons volumes. Quant aux vacances de printemps, elles se déroulent dans de bonnes conditions. Nous devrions donc terminer la saison de façon satisfaisante. En conséquence, et en dépit de conditions météorologiques très mauvaises, les stations de la CDA seront en croissance au global, et donc en meilleure posture que la moyenne de la montagne française. C’est très encourageant pour le modèle économique de la Compagnie des Alpes, car ces résultats sont obtenus dans un contexte encore moins bon que celui de l’an dernier.

Dominique Marcel "Catper de nouvelles clientèles étrangères pour les faire venir le plus vite possible dans nos stations"

Actumontagne : Comment l’expliquez-vous ?
DM : Nous avons tout d’abord mieux résisté parce qu’à Noël, nous avons pu ouvrir tous nos domaines skiables. Dans nos stations, on pouvait faire du ski. Nos clients sont venus, contrairement à ce qu’on pouvait craindre. Cela montre que nous avons un socle de clients fidèles. C’est la force de notre industrie, et c’est la force d’un groupe comme le nôtre. Et cela parce que nos stations sont très bien équipées, sont situées plutôt en altitude, et disposent d’équipes qui ont effectué un travail formidable et ont montré toute leur expertise. C’est dans ces moments difficiles, que l’expertise et l’engagement des équipes jouent favorablement. Dans le domaine du damage et de la préparation des pistes, elles ont effectué un travail remarquable, parfois même à la pelle ! Je ne veux pas faire de triomphalisme, mais la satisfaction des vacanciers a été au rendez-vous, et a été d’autant plus élevée qu’ils ne s’attendaient pas à pouvoir bien skier !

Actumontagne : Les Arcs ont marqué l’actualité avec l’inauguration de Mille8, espace d’après-ski parachevé cette année. Une réalisation qui en appelle d’autres ailleurs ?
DM : Mille8 représente le type d’investissement que la CDA veut faire et qu’elle va développer encore plus. La CDA a régulièrement augmenté ses investissements dans les domaines skiables ces dernières années. En 2016, nous sommes au pic de notre montant d’investissements. La CDA s’engage dans tous les compartiments du jeu : elle investit dans les installations, le renouvellement des équipements, l’optimisation des pistes, mais aussi dans l’hébergement, la distribution ou la promotion. J’insiste, jamais, dans son histoire, la CDA n’a autant investi que cette année dans les domaines skiables. Rien qu’en équipements, ce sont plus de 80 millions d’euros qui ont été engagés. Notre activité résiste bien, mais elle a de nombreux défis à relever, comme l’a montré le débat d’ouverture du salon Mountain Planet. L’ensemble de la communauté du secteur, qui les avait jusqu’ici un peu sous-estimés, commence à comprendre qu’il faut se transformer rapidement et très en amont ; c’est un travail de longue haleine qu’il faut entreprendre.

Inauguration de Mille8

Actumontagne : Mille8 illustre la stratégie de transformation des stations que mène la CDA ?
DM : Le projet Mille8, qui est clairement un booster d’attractivité, est en plein cœur de notre stratégie. Celle-vise à ne plus être simplement un gestionnaire de remontées mécaniques et de pistes de ski, mais à procurer à nos clients une expérience plus riche. Le client, quand il vient en station, souhaite disposer de très belles pistes, des remontées confortables, rapides et sûres, ça c’est le b.a.-ba, le cœur de notre métier. Nous en avons le souci constant, mais cela ne suffit plus. Quand vous venez aux sports d’hiver, vous voulez aussi être bien logé, avoir un bon rapport qualité-prix, de l’accessibilité, des activités d’après-ski, être bien accueilli, avoir un parcours le plus fluide possible. Pour cela, il faut fédérer les acteurs. Or, dans nos montagnes, c’est toujours un peu difficile. Le rôle de la CDA, en tant que leader du marché, c’est d’être un facilitateur, un intégrateur de nouvelles activités, en fédérant les différents partenaires. Et bien, notre objectif à la CDA c’est de traduire le discours sur la gouvernance des stations, en actes.

Actumontagne : Par exemple ?
DM : Avec la création de la Foncière Rénovation Montagne, et dans son prolongement, celle de la Foncière Hôtelière avec la Caisse des Dépôts (Ndlr : sa maison mère). Nous sommes aussi à l’origine de la conception  de France Développement Tourisme, dispositif national qui va permettre d’investir sur cinq ans, un milliard d’euros dans le secteur du tourisme et nous ferons en sorte, parce que c’est nécessaire, que la montagne en bénéficie ! La CDA a également créé en son sein, un TO en ligne, ASR (Alpes Ski Résa), pour commercialiser des séjours tout compris. Plus de 12 000 personnes sont venues en station par son intermédiaire en 18 mois. En clair, notre groupe ne s’est jamais autant engagé pour la montagne, mais nous ne serons jamais aussi efficaces que si nous le faisons collectivement.

Actumontagne : Sinon, l’attractivité des stations françaises est en péril ?
DM : Nos stations sont attractives, elles sont très bien situées, bien équipées, elles ont plein d’atouts. Mais, il ne faut pas se reposer sur nos lauriers. Le monde est ouvert, la concurrence est rude et de nouvelles clientèles émergent. Il ne faut pas se replier sur soi et se dire que ça marchera toujours. Ce n’est pas vrai. Il faut se bouger, avancer, prendre des initiatives, être audacieux, et je le rappelle, il faut surtout se fédérer. Encore une fois, la CDA est prête à jouer un rôle pilote, moteur, dans cette fédération, elle l’a montré à travers les différents exemples que je vous ai cités.

Aux Menuires, il n'y a pas que le ski qui plaît ! ©Alice Offredi

Actumontagne : Quels sont vos projets à l’export, et notamment en Chine, qui suscitent beaucoup d’interrogations, voire de crainte ?
DM : Fort de notre savoir-faire, nous avons dans un premier temps développé des activités de conseils et d’assistance, en vue des JO d’hiver de 2022 de Pékin. Nous voulons maintenant passer à une seconde étape, celle de l’exploitation de sites, avec des partenaires chinois. Le marché chinois est une formidable opportunité. Le ski y est encore assez peu développé, mais des stations apparaissent, et les Chinois vont accélérer les choses. La population chinoise commence à prendre goût au ski, il y a une vraie dynamique, avec une forte croissance des journées-skieurs. Si dans quelques années, seulement 1 % de Chinois faisait cinq jours de ski, songez que cela ferait 65 millions de journées-skieurs, c’est pratiquement 10 millions de plus que les journées-skieurs en France, première destination mondiale du ski. On ne peut pas se désintéresser des pays émergents. Demain, ça sera l’Inde.En Europe, bien sûr, il ne faut pas baisser les bras, il y a encore plein de choses à faire : travailler la basse saison, faire des efforts de promotion pour attirer les jeunes, les scolaires… Mais notre continent est dans une période de croissance faible. Il faut donc aussi aller chercher des relais de croissance, là où elle est plus forte. Et tout le monde en profitera!

Actumontagne : Pourriez-vous faire entrer des partenaires chinois au capital de la CDA ?
DM : Nous ne nous interdisons pas d’avoir des partenariats capitalistiques, y compris avec des Chinois, même si cela doit déplaire à certains !! Mais pas pour prendre le contrôle de la CDA. Il n’en a jamais été question. Cela n’est que rumeurs et fantasmes ! Notre capital est parfaitement contrôlé à plus de 60 %, dont 40 % par la Caisse des Dépôts. L’idée que nous avons, c’est de s’allier à des investisseurs étrangers, pour notamment capter de nouvelles clientèles internationales et les faire venir le plus vite possible dans nos domaines skiables alpins. Y renoncer serait irresponsable et suicidaire.

Propos recueillis par Sophie Chanaron

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