Mountain Planet (ex-SAM), dont l’édition 2016 se tient du 13 au 15 avril prochain à Grenoble, a, une fois n’est pas coutume, délocalisé sa traditionnelle conférence de presse d’avant l’événement. Celle-ci ne s’est pas déroulée à Alpexpo ou en ville, mais à Villard-de-Lans pour appréhender in situ le vaste sujet de l’aménagement de la montagne. Un secteur dont la France fait partie des pays leaders.

Emmenés par Christophe Conte, directeur commercial d’Alpexpo et Didier Beuque, directeur général de la Sevlc (Société d’équipement de Villard-de-Lans/Corrençon-en-Vercors), l’équipe de Mountain Planet et les représentants des associations des élus de la montagne (Anem) et des exposants, ont en effet convié les journalistes à découvrir les coulisses de la station du Vercors : visite de la machinerie de la télécabine de la cote 2000, découverte du réseau d’enneigement artificiel, travail du damage des pistes… Rien de tel que le terrain pour comprendre ce que recouvre exactement l’aménagement de la montagne et cerner ses enjeux économiques, politiques, sociaux et environnementaux.

Les premiers enneigeurs ont fait leur apparition en 1982 à Villard-deLans ©Actumontagne

Une saison sauvée par la neige de culture !

Ainsi, à travers le cas d’école de Villard-de-Lans, les participants ont pu notamment mesurer l’importance de l’enneigement artificiel en cet hiver 2015-2016, où les chutes de neige ont été particulièrement rares et les températures élevées. « Si nous n’avions pas été équipés en neige de culture, le domaine skiable n’aurait été ouvert qu’à peine 15 jours », a ainsi indiqué Didier Beuque. Villard fait partie des toutes premières stations, au début des années 80, à avoir misé sur la neige de culture. Aujourd’hui, celle qui est la plus grande station du Vercors, compte un réseau de 345 enneigeurs, alimentés en eau par deux réserves collinaires et pilotés automatiquement par quatre centrales réparties sur le domaine. L’exploitant optimise son capital neige grâce à des enneigeurs de dernière génération, largement moins énergivores que leurs aînés. Ses deux bassins d’altitude, construits en 1998 et 2010, apportent de l’eau aux canons à neige par gravitation, faisant l’économie de stations de pompage surpuissantes et gourmandes en énergie !

Des machines puissantes pour pousser la neige et préparer un manteau neigeux confortable pour les skieurs ©Actumontagne

Mais au-delà du matériel et en ciblant bien les fenêtres de froid, c’est aussi grâce à du personnel expérimenté que l’exploitant optimise son capital neige, souligne le patron de la Sevlc. « Nos chauffeurs de dameuses connaissent parfaitement les endroits critiques pour la neige (topographie, passages des skieurs, endroit venté…) ». Ce qui permet, selon lui, de faire un usage parcimonieux de la neige de culture. Par souci d’économie avant tout, la production de neige artificielle ayant un coût élevé, mais aussi par volonté de préserver les ressources naturelles.

Le ski, toujours indétrônable

Pour l’exploitant, comme d’ailleurs pour tous ses confrères alpins, l’enneigement de culture est aujourd’hui un vrai outil d’aide à l’exploitation. Certes, mais face au réchauffement climatique avéré et à la montée des températures, pourra-t-on encore longtemps faire fonctionner les enneigeurs ? Poursuivre l’armement comme le dénoncent les associations de défense de l’environnement, n’est-ce pas une fuite en avant et ne faut-il pas opter pour un autre modèle touristique en station, la montagne ne se résumant pas à une piste de ski ?

« Le ski reste l’activité première des stations de montagne. Ce n’est pas la piscine ou la patinoire qui font venir du monde en station », répond Didier Beuque. « Nos voisins autrichiens et italiens sont équipés à 60% de leur domaine skiable en neige de culture. Nous en France, nous ne sommes qu’à 30% en moyenne, nous devons donc encore investir pour sécuriser la saison ». Et de rappeler les retombées économiques du modèle actuel : pour 1 euro dépensé dans un forfait de ski, 6 euros supplémentaires sont dépensés sur la station (hébergement, restaurant, commerces…). « Les pouvoirs publics devraient nous aider à investir pour rester compétitifs face à nos concurrents européens », martèle Didier Beuque, dénonçant les multiples taxes dont les exploitants doivent s’acquitter.

Didier Beuque et Eric Chambon, chef des pistes de Villard de Lans/Corrençon

Aides à l’investissement

Les coups de pouce devraient déjà venir du département de l’Isère avec le contrat de performance des Alpes, au vote ce vendredi au Conseil départemental. « Après une décennie de diversification sous la majorité précédente, le département recentre ses aides sur le produit neige, d’autant plus que l’Etat, la Région et l’Europe soutiennent la diversification », explique Chantal Carlioz, maire de Villard et vice-présidente du Conseil départemental de l’Isère, en charge du tourisme et de la montagne. « Nous allons financer les parkings, la neige de culture en l’encadrant bien, travailler sur l’immobilier de loisir… La neige en Isère représente 8000 emplois. Nous ne pouvons pas attendre les effets de la diversification. Il faut conforter le produit neige tout en maintenant une logique de diversification qui profite à l’activité estivale ».

De quoi alimenter débats et discussions au salon Mountain Planet du 13 au 15 avril prochain.

Sophie Chanaron

Quoi de neuf au Mountain Planet 2016 ?

– Une conférence d’ouverture « La station de montagne est-elle une entreprise comme les autres ? » (le 13 avril)

– des mini-conférences (45 mn) où des exposants apportent leur(s) solution(s) à des problèmes concrets au sein d’une agora au cœur de l’exposition

– La Chine, hôte des JO d’hiver 2022, délégation invitée d’honneur

– 6 parcours thématiques pour faciliter et optimiser la visite du salon

– un guide des nouveautés et des innovations pour que les visiteurs gagnent du temps

– Renforcement du partenariat avec le Cluster Montagne (185 adhérents)

- Advertisement -