En début de semaine, Domaines Skiables de France (DSF) publiait un premier bilan de l’hiver 2015-16, certes négatif, mais pas autant qu’on aurait pu le craindre après un début très compliqué. Laurent Reynaud, délégué général de DSF (qui regroupe 238 opérateurs français de remontées mécaniques), livre son analyse de la saison de ski écoulée.

Actumontagne.com : Quel bilan dressez-vous de l’hiver 2015-2016 ?
Laurent Reynaud : Il traduit à la fois les forces et les faiblesses des stations de ski françaises. Les forces, parce qu’en dépit de l’hiver qu’on a eu – le plus doux depuis de nombreuses années – on ne termine qu’à – 3 % de fréquentation globale. Le savoir-faire des exploitants de domaines skiables, notamment dans l’entretien et le travail de la neige, a à cet égard été primordial. Mais les faiblesses aussi, puisqu’on a beaucoup souffert du manque de neige, à Noël et en février. Certes, le manque de neige naturelle a pu être compensé partiellement par la neige de culture, mais ce n’est pas encore suffisant. Aujourd’hui, 32 % des pistes des stations françaises sont couvertes par la neige de culture. En Italie, c’est plus de 60 %, et en Autriche, c’est 70 %. Il faut d’ailleurs noter que l’Autriche, qui a été aussi impactée que la France par la douceur de l’hiver, a vu sa fréquentation progresser par rapport à l’hiver dernier. Et cette neige de culture est d’autant plus importante qu’elle permet d’ouvrir quand même les domaines skiables, au moins partiellement. Et ainsi de permettre l’embauche non seulement des personnels des domaines skiables, mais aussi des moniteurs de ski, hébergeurs, restaurateurs,etc.

Laurent Reynaud © Martin Léger

Actumontagne.com : Quelles conséquences peut avoir cet hiver en demi-teinte ?
Laurent Reynaud : Au niveau global, il est probable que la France perde sa première place mondiale, en termes de journées-skieurs. Nous devrions nous faire dépasser par l’Autriche, et peut-être aussi par les Etats-Unis. Mais nous n’aurons les chiffres définitifs qu’en septembre. Après, au cas par cas, une seule saison, aussi mauvaise soit-elle, ne constitue pas une menace pour l’avenir d’une station. Il faut plutôt mettre en perspective cette saison avec les dix ou quinze dernières années. Si une station était déjà dans une spirale négative, une mauvaise saison comme celle-ci pourrait la faire trébucher. Il y a un effet ciseau qui met les stations les plus fragiles dans une situation encore plus précaire. Il y a un cercle vicieux, car qui dit mauvaise saison dit moins de fréquentation, donc moins d’investissements,etc. Dans les petites stations, le contexte global (baisse des dotations de l’Etat aux collectivités, hausse des prélévements…) fait qu’il y a des tensions sur la ressource publique. Des stations structurellement déficitaires pourraient fermer à l’issue de saisons comme celle que nous venons de vivre. Cela dit, je n’ai entendu parler d’aucune fermeture de station à l’heure actuelle.

32 % des pistes françaises sont couvertes par la neige de culture © Actumontagne

Actumontagne. com : Dans votre communiqué, vous indiquez que les vacances de février ont notamment souffert d’un recul de la fréquentation de la clientèle de proximité. Les stations ne doivent-elles pas faire davantage d’efforts en direction de cette clientèle, qui skie surtout à la journée ?
Laurent Reynaud : On parle là de micro-économie. La question, c’est de savoir si en baissant un peu le prix du forfait journée, on augmentera suffisamment le volume de skieurs pour au final accroître le chiffre d’affaires. Soyez certains que tous les exploitants ont déjà eu cette réflexion. Et si c’était aussi simple que ça, s’il y avait une recette miracle, toutes les stations l’auraient déjà appliquée. Mais à un certain niveau, le prix du forfait est incompressible. Il y a en effet des frais importants pour faire fonctionner un domaine skiable, notamment en raison de la masse salariale. Et au final, on se rend compte que les facteurs déterminants pour la clientèle de proximité sont la météo et l’enneigement, davantage que le prix du forfait journée. Si les « bonnes » conditions sont réunies, le public vient. Si elles ne le sont pas, c’est plus compliqué, indépendamment du prix du forfait journée. Et je tiens à rappeler que les forfaits de ski en France sont parmi les moins chers au monde.

Propos recueillis par Martin Léger

© Martin Léger

 

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