Après la réintroduction de bouquetins à Archiane au début des années 90, une autre opération  s’est déroulée dans le Royans en 2000 et 2002. Aujourd’hui, plus de trois cents bêtes vivent et se reproduisent dans le Vercors. Explications sur ces réintroductions organisées par le parc naturel régional.

"Ces réintroductions de bouquetins ont trois objectifs. Le premier est la restauration du milieu écologique des falaises du Vercors, où vivait le bouquetin à l’origine. Le deuxième est économique, avec la volonté de faire parler du Vercors et d’associer notre massif à cet animal porteur d’une image très positive. Enfin, cela répond aussi à un objectif social. En effet, les réintroductions représentent un moyen privilégié de réunir différents groupes (chasseurs, écolos, naturalistes…) lors d’une grande fête. Nous considérons aujourd’hui que ces trois objectifs sont remplis",  estime Guy Chatain, attaché scientifique du parc naturel régional du Vercors.
Les premiers lâchers de bouquetins ont eu lieu à Archiane en 1989 et 1990 et les derniers dans le Royans, en bas du cirque du Bournillon en 2000 et 2002. À chaque fois, la procédure est la même. Les bouquetins viennent de Vanoise, capturés par les gardes du parc national. Ils sont endormis, examinés par un vétérinaire, puis transportés de nuit dans un camion et relâchés le lendemain matin. Ils sont équipés d’un émetteur radio pour les localiser, et de marques aux oreilles pour les identifier à la jumelle.

Porteurs de bouquetin

L’opération — qui concerne une quinzaine de bêtes— s’étale sur une semaine car les gardes de la Vanoise ne peuvent en attraper autant le même jour. "C’est également une belle animation : les animaux sont capturés en haute montagne et doivent être redescendus endormis sur des brancards jusqu’aux camions. Pour cela, il nous faut des bénévoles, et nous faisons appel à la population du Vercors. C’est une bonne façon de s’approprier l’espèce. À chaque fois, de nombreuses personnes viennent, car c’est une occasion unique de voir des bouquetins de si près", souligne Guy Chatain.
Bilan de ces réintroductions : du côté est du Vercors, la population est d’environ trois cents bêtes, qui vont du Glandasse jusqu’à Villard-de-Lans, et même Lans-en-Vercors. Du côté ouest, il faut encore attendre quelques années pour connaître le résultat,certains étant partis rejoindre l’autre colonie. Aucun autre lâcher de bouquetin n’est prévu ultérieurement: "nous allons laisser faire la nature". Grâce à ces réintroductions, le Vercors est aujourd’hui l’un des rares massifs abritant les six grands ongulés sauvages de France : chamois, cerf, chevreuil, mouflon, sanglier et bouquetin.
Jeanne Palay

Carte d’identité
Le bouquetin est un ongulé ruminant. Il est étroitement lié aux falaises car ses sabots sont équipés de sortes de ventouses qui lui permettent de grimper allègrement . Il se laisse facilement approcher mais est vite hors d’atteinte en cas de danger. Les femelles ou étagnes pèsent entre 45 et 50 kg, tandis que les mâles peuvent atteindre 100 kg, avec des cornes qui continuent à croître toute leur vie. Mâles et femelles vivent séparément, sauf au  moment du rut, en décembre. Les petits (un par an) naissent en juin.