Retour sur l’adoption par le Parlement d’un projet de loi autorisant les communes à percevoir une redevance pour des itinéraires raquette damés. Des fabricants, des professionnels de la montagne et des élus s’expriment sur ce sujet brûlant.

« Une redevance pour l’accès à un site nordique dédié à la pratique du ski de fond et aux loisirs de neige non motorisés  (…) peut être instituée (…), dès lors que le site comporte des aménagements spécifiques, tels que le balisage ou des équipements d’accueil et fait l’objet d’une maintenance régulière, et notamment d’un damage au moins partiel. » Voilà le projet de loi à l’origine de la polémique. S’il était voté de façon définitive (normalement, dans quelques mois), il permettrait en effet aux communes d’instituer un péage pour pratiquer la raquette.
Devançant la loi, et en toute illégalité pour l’instant, une vingtaine de stations font déjà payer des itinéraires damés, la plupart dans les Pyrénées, le massif Central et les Alpes du Sud. »
Pour l’instant, aucune station dauphinoise n’envisage d’instaurer une telle redevance, mais la question est posée. Mireille Chiocca, responsable de la communication d’Autrans, explique : « Nous n’avons pas l’intention d’être les précurseurs en la matière. Si nous faisions payer, ce serait une décision de tout le massif, voire de tout le département. Les goûts de la clientèle ont changé : la nature sauvage, isolée, c’est fini. Les gens aiment être rassurés et sécurisés. Nous avons peut-être créé le besoin, mais aujourd’hui il existe et il faut en tenir compte.  Sur notre commune, nous avons entre 60 et 80 kilomètres damés et balisés. Ce service a un coût. Nous vendons un plan des itinéraires raquette à 2 €, mais c’est insuffisant pour couvrir nos frais. Cela doit faire l’objet d’une réflexion collective. »

Pétition et appel au boycott
En fait, on peut craindre que dès que les décrets d’application de la loi seront parus, de nombreuses communes ne s’engouffrent dans la brèche. Et chacun de crier au scandale, car c’est l’accès à la nature qui semble menacé. Émilie Sadoux, chargée de mission sentiers/raquettes chez le fabricant TSL, s’indigne : « En raquette, pas besoin de damage, le passage régulier des randonneurs suffit à faire la trace. Cette redevance entraînerait la mort de l’activité, dont le succès repose sur la gratuité et l’esprit de liberté. Cette loi est destinée à renflouer les pertes des stations de ski de fond, en taxant la raquette. Nous préconisons de faire payer de vrais services, comme des dépliants raquette ou des salles hors-sac, sans les imposer à tout le monde. »
Jean Faure, le sénateur-maire d’Autrans, qui a participé à l’élaboration de cette loi, répond : « Cela ne va pas stopper le développement de l’activité. Le choix est permanent, et personne n’est obligé d’aller sur les chemins damés. L’accès à la nature reste toujours libre et gratuit. À Autrans par exemple, nous avons 4 500 hectares de forêt. Les itinéraires tracés représentent environ 30 hectares, donc chacun peut aller se promener partout ailleurs sans qu’on ne lui demande rien. » Mais cette loi ne pousserait-elle pas les stations à agrandir la zone damée ?
Une autre dérive est facilement envisageable : pourquoi ne pas faire aussi payer l’accès aux sentiers d’été, qui demandent également de l’entretien ?
Pour faire face à ces menaces, une pétition contre le projet de loi est lancée et les fédérations sportives envisagent un appel au boycott des stations qui instaureraient une redevance raquette. Espérons que devant cette opposition massive, les parlementaires auront l’intelligence de retirer leur loi…
Jeanne Palay