Plus de 80% des déplacements de loisirs dans les Alpes s’effectuent encore en véhicule individuel. Or,face à l’augmentation des gaz à effet de serre plus élevée en montagne qu’ailleurs, ou à la congestion de nombre de sites touristiques, il est urgent de se déplacer autrement pour se rendre en station. Compliqué ? Pas en Isère où des solutions alternatives à la voiture existent, notamment des lignes de bus dédiées entre la plaine et les stations. Plus écologiques, plus pratiques et plus économiques !

Pas évident de changer nos habitudes. Depuis des décennies la voiture individuelle est le moyen detransport roi pour se rendre dans les stations de sport d’hiver. Or, à l’heure où le changement climatique est avéré, et que les transports en sont l’un des principaux responsables, il est indispensable de changer de comportement en matière déplacements. Le trafic routier motorisé génère plus de 93% des émissions de gaz à effet de serre. « Les premiers résultats des bilans carbones réalisés il ya huit ans dans nos stations de montagne ont montré que les ¾ des émissions de CO2 étaient le fait des allers-retours des touristes qui nous font vivre », rappelle Alain Boulogne, président de CIPRA France, la Commission internationale pour la protection des Alpes, et ancien maire des Gets. «Un constat que personne n’était prêt à entendre à l’époque. Aujourd’hui, ça n’a toujours pas changé car il remet en cause le modèle de développement touristique de la montagne». Pourtant, selon l’ancien élu, qui admet qu’il n’y a pas de solutions miracles, plus on tarde à prendre des mesures ambitieuses pour réduire les émissions à effet de serre, plus ça sera difficile. « En France, sur les questions de transports nous sommes très en retard par rapport à nos voisins européens », constate-t-il. Principalement en raison de la multiplicité des autorités organisatrices des transports (maire, Conseil général, Région, Etat), et leur absence de concertation. Egalement parce qu’il faut une vision à long terme, une véritable volonté politique à tous les échelons de responsabilité du pays pour que les choses changent. Et aussi être imaginatif. «Les voies spéciales bus créées par le département de l’Isère pour réduire le trafic urbain sont une très bonne piste », juge Alain Boulogne qui salue toutes les initiatives visant à refouler les voitures hors des stations de montagne, au profit d’autres modes de transports. «A Arosa, en Suisse, une fois qu’il a neigé, la route menant à la station n’est plus déneigée, les vacanciers sont obligés de prendre le train à crémaillère ». Radical !

 

 

 

Des forfaits bus-ski
Rien d’aussi dissuasif de ce côté-ci des Alpes, mais tout de même quelques actions concrètes, à l’instar du département de l’Isère avec ses lignes Transaltitude , lignes de bus touristiques mises en place en hiver par le Conseil général. Au départ de la gare routière de Grenoble, et en correspondance avec l’offre SNCF et les navettes aéroport, ces lignes quotidiennes opérées cette année par VFD, assurent des liaisons avec plus d’une quinzaine de stations iséroises. L’an dernier, 130 000 voyageurs ont profité des cars Transaltitude et de Skiligne, billet combinant aller-retour en car, plus forfait de ski à tarif préférentiel. Pour cet hiver, des tarifs réduits sont accordés sur Internet et une nouvelle gamme tarifaire a été créée, notamment pour les -26 ans et les plus de 70 ans. Autre initiative qui monte en puissance cette saison du côté du Grésivaudan, les skibus reliant les principales villes de son territoire (Crolles, Pontcharra, Uriage, Goncelin, Allevard) et les stations de ski de leur périmètre respectif (Chamrousse, Les 7 Laux, Collet d’Allevard, les Petites Roches, le domaine nordique du Barioz). L’aller-retour est à 1 euro (gratuit pour les abonnés du réseau), et le billet permet en plus de bénéficier jusqu’à 20% de réductions tarifaires sur les forfaits journaliers.  « C’est la 4e saison cette année. L’an dernier nous avons économisé « 44 000 voitures », ou évité 205 000 km, soit 45 tonnes d’équivalent CO2!», se félicite Nadine Veyret-Lotito, du service transport à la communauté de communes qui pense que cette année ces bus vont encore mieux marcher. «En hiver, les gens sont prêts à faire le pas. Au départ, c’était surtout les jeunes qui empruntaient ces lignes. Depuis l’an dernier, les familles les plébiscitent aussi». Si l’argument économique est incontestablement à l’origine de cet engouement, les optimistes, dont nous sommes, veulent aussi penser qu’il sommeille en chacun des passagers, un éco-citoyen qui ne demande qu’à être éveillé !
Sophie Chanaron

 

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