Comment faire remonter une rivière équipée d’ouvrages hydrauliques de plusieurs mètres à des poissons ? En aménageant, à l’abord d’un barrage infranchissable, un ascenseur à leur intention ! En 1995, un modèle du genre a été installé par EDF au barrage de Montrigon, contribuant à la préservation des espèces aquatiques de l’Isère.

Depuis 1990, l’Isère est classée rivière à migrateurs à l’amont de Moûtiers. Cet arrêté impose d’aménager sur les ouvrages infranchissables par les poissons, des dispositifs leur permettant de remonter la rivière pour rejoindre les zones de frai. En Haute-Tarentaise, les zones de frayères des truites fario sont situées en amont du barrage de Montrigon (Bourg-Saint-Maurice). « Hors, la hauteur de cette retenue, 9 m, empêchait l’installation classique d’une simple échelle », souligne Jean-Luc Koutcheroff, coordinateur d’exploitation du site de Montrigon. « EDF a dû construire un dispositif complexe, sur le principe d’un ascenseur».
La passe à poisson de Montrigon fonctionne effectivement comme un ingénieux ascenseur élaboré par le Centre d’ingénierie hydraulique du Bourget-du-Lac : moyennant un débit d’attrait à l’aval de l’équipement pour attirer les truites, une mini échelle les conduit en douceur vers la cage de l’élévateur où elles sont piégées. Cette cuve se referme selon une cadence déterminée par les pêcheurs – toutes les heures au moment fort de la montaison d’octobre à décembre – puis remonte avant de basculer à l’arrivée, afin de relâcher son chargement. Les poissons empruntent alors un conduit au bout duquel ils rejoignent l’amont de la rivière et recouvrent la liberté !

Collectes de données précieuses

Pour les pêcheurs, cet outil, en service depuis 1996, est une réussite. «Il profite à la rivière et aux pêcheurs », estime Jean-Yves Vallat, président de l’AAPPMA de Bourg-Saint-Maurice, association très impliquée dans cet aménagement. « En effet, par ce dispositif, la montaison s’effectue sans problème mais, en plus, grâce à la présence d’une caméra à l’entrée de la cage, nous pouvons contrôler le nombre et la taille des poissons qui remontent la rivière».

C’est EDF qui a accepté de financer et d’installer cette caméra, alors que l’arrêté ministériel ne le lui imposait pas. « Les responsables de l’entreprise s’étaient engagés à nous la laisser pendant trois ans, puis finalement, à notre plus grande satisfaction, l’ont conservée ».
De nombreuses données sur la montaison ont pu être collectées par l’AAPPMA de Bourg-Saint-Maurice. Par exemple, entre 300 et 500 poissons remontent chaque année la rivière pour aller se reproduire dans les trois affluents de l’Isère dont la Petite Isère, en gestion patrimoniale *. La plus grosse truite repérée à ce jour ? Une belle bête puisqu’elle dépasse les 70 cm !

« Les milieux aquatiques alpins ont longtemps pâtis de la production hydroélectrique», rappelle Jean-Yves Vallat. «Le classement de l’Isère en rivière à migrateurs, avec à la clé la création de l’ascenseur à poissons de Montrigon, a néanmoins permis de limiter l’impact de son exploitation hydraulique». Quand l’ingéniosité des hommes fait le bonheur de la nature !

Sophie Chanaron

* aucun déversement de poissons ou d’alevins mais reproduction naturelle