EDF se prépare à aménager sur la Romanche pour 2015, une nouvelle centrale hydroélectrique souterraine, en remplacement des six existantes, obsolètes. Un projet d’envergure qui tient compte des contraintes environnementales en supprimant du paysage à l’horizon 2020, les ouvrages les plus inesthétiques…

Ce n’est pas un hasard si dès le XIXe siècle, la vallée de la moyenne Romanche, à quelques kilomètres de Grenoble, en direction de l’Oisans, attire les industries naissantes de l’électrochimie et de l’électrométallurgie. Avec cette rivière bouillonnante à souhait, dotée à cet endroit-là d’une chute naturelle de 400 m, elles trouvent une source énergétique abondante et bon marché. Fin 19 et début 20e, six centrales hydroélectriques sont donc aménagées au fil de l’eau, le long d’un couloir de 10 km à Livet, aux Vernes, aux Roberts, à Riouperoux, aux Clavaux et à Pierre-Ebeysse. Un siècle plus tard, ces six ouvrages, vétustes et mal intégrés dans le paysage, sont toujours en service et produisent 460 millions de kWh par an. Pour EDF, c’est insuffisant au regard du potentiel énergétique de la rivière. A l’heure où l’énergie hydraulique a le vent en poupe, EDF a décidé d’accroître la production hydroélectrique à partir de ce cours d’eau alpin. « Plusieurs solutions ont été envisagées », explique Florent Baud, chargé du projet de la centrale de Gavet à EDF-UP Alpes. «Rénover les six centrales existantes, ou les remplacer par une seule, souterraine et plus puissante ». Les études ont montré que le coût de la réhabilitation des ouvrages en place comparable à celui de  l’aménagement d’un nouvel équipement, et qu’en plus, il ne réglait pas le problème de leur manque d’intégration dans le paysage. EDF a donc tranché en faveur de la deuxième solution : construire une usine au fil de l’eau, souterraine, capable de produire annuellement 540 millions de kWh, soit 80 millions de plus que l’installation actuelle. Mise en chantier en 2010, elle devrait être opérationnelle en 2015. Son coût : 230 millions d’euros, dont près de quatre dédiés à des mesures de protection de l’environnement (intégration paysagère des nouveaux ouvrages, installation d’une passe à poissons…).


La centrale des Vernes, classée monument historique depuis 1992

 

Supprimer les ouvrages disgracieux
«Ce montant ne tient pas compte du second volet du projet, qui prévoit le démantèlement des ouvrages actuels les plus inesthétiques, estimé entre 15 et 20 millions d’euros », précise Florent Baud. En effet, avec ce projet, EDF ambitionne d’améliorer l’aspect de la vallée et le cadre de vie de ses habitants, que l’exploitation hydraulique n’a pas épargnés. Si le sort de la centrale des Vernes, classée monument historique en 1992, est réglé –elle devrait voir sa vocation patrimoniale exploitée – celui des cinq autres usines n’est pas encore scellé. « Ces usines seront détruites sauf si des repreneurs manifestent leur intérêt pour les bâtiments», indique Florent Baud, précisant que la façade vitrée monumentale de l’usine de Livet serait elle aussi préservée. Ouvrages appartenant à l’Etat, c’est lui qui décidera de leur avenir. A terme, la construction et l’exploitation de la nouvelle centrale de Gavet devraient dynamiser le développement local en créant des emplois lors des cinq années de chantier – 200 environ- et en ouvrant la voie à de nouvelles activités pour la commune de Livet-Gavet, notamment touristiques.  Embellie et mieux sécurisée, la rivière devrait faire le bonheur des kayakistes amateurs de sensations fortes et de ses riverains !
S.C.


Non classée mais néanmoins remarquable, la façade de la centrale de Livet