Installées en vallée de Chamonix, l’école de ski Ecorider et l’agence de communication Phalène, ont mis au point un outil numérique pour permettre aux écoles de ski de mesurer leur empreinte carbone. A l’issue de ce diagnostic, un écoscore et des pistes pour l’améliorer en vue d’obtenir le label Ecorider. Une solution qui tombe à pic au lendemain de l’annonce du gouvernement du lancement au printemps d’un plan pour soutenir et verdir la destination montagne. Les explications avec Charlotte Mader, fondatrice de Phalène.

Actumontagne : Quel est votre rôle auprès de Stéphane Lagarde, fondateur de l’école de ski chamoniarde Ecorider ?
Charlotte Mader
: J’accompagne Stéphane dans la création du label Ecorider, premier label environnemental destiné aux écoles de ski œuvrant à la diminution de leur empreinte carbone en montagne. Stéphane est le premier professionnel à avoir effectué dès 2009 un bilan carbone de son activité. Ce n’était pas à la mode à l’époque ! Il a effectué son diagnostic autour des trois domaines phares que sont les transports, l’énergie et les immobilisations (matériels de l’entreprise). Il a ainsi réussi à réduire de 35% son empreinte carbone pour l’amener à 32 tonnes de Co2 pour un moniteur, contre 50 tonnes en moyenne aujourd’hui. Engagé dans cette démarche depuis 12 ans, il a souhaité inciter d’autres écoles à s’impliquer dans la réduction de l’empreinte environnementale de la pratique du ski, et cela pour le bien commun.

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Stéphane Lagarde, le fondateur de l’école Ecorider et Charlotte Mader de l’agence Phalène ©DR

Actumontagne : Vous avez donc imaginé ensemble un calculateur d’impact environnemental ?
CM
: Pour Phalène, agence de communication engagée dans le respect des individus et de la planète, j’ai déjà imaginé un calculateur d’impact pour les activités événementielles. Avec Stéphane et Geoffrey Klein, climatologue diplômé de l’Institut de Géographie de l’Université de Neuchâtel, nous avons travaillé pour appliquer ce travail scientifique d’analyses de données à l’activité des professionnels du ski. Nous avons fait en sorte que le calcul d’impact soit accessible à tous, afin de lever les freins à l’engagement environnemental. Un bilan carbone, c’est en effet chronophage, coûteux et laborieux… L’outil numérique que nous avons élaboré est simple et gratuit. Il permet en 10 minutes d’effectuer un diagnostic, d’obtenir un score carbone et d’avoir des pistes d’actions immédiates pour l’améliorer.

Actumontagne : Sur quels leviers invitez-vous les professionnels du ski à agir pour verdir leur activité ?
CM
: Il y en plusieurs. La mobilité (déplacements des moniteurs, transports des clients, eux-mêmes comment ils viennent…) ; les équipements et au matériel (ne pas changer de combinaison tous les ans par exemple ou réduire le nombre de paires de ski utilisées…) ; la communication (quels types de supports utilise l’école…), la biodiversité (préservation de la faune et de la flore dans l’activité, sensibilisation des clients à ce sujet), l’engagement social (démarche RSE, actions en faveur de la mixité des salariés…). Ces deux derniers leviers n’apparaissent pas s les bilans habituels mais ils nous paraissent fondamentaux dans une approche globale. Nous venons également de rajouter le levier de la diversification des activités. L’écoscore valorisera les professionnels proposant des alternatives au ski alpin l’hiver mais aussi d’autres activités l’été en vue de proposer un tourisme multisaison.

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Stéphane Lagarde utilise un véhicule propre pour transporter les clients de son école de ski ©Ecorider

Actumontagne : Quel est votre modèle économique si l’accès au calculateur est gratuit ?
CM
: En fait, si le professionnel veut aller plus loin avec des propositions d’amélioration de son écoscore sur mesure, et viser le label Ecorider, il entre en contact avec nous pour être accompagné avec des experts et des professionnels qui ont réussi à opérer un virage dans leur activité. Cet accompagnement est payant. Nous n’avons pas encore arrêté notre modèle économique car il y a différentes possibilités. Soit partir sur un réseau professionnel avec une adhésion annuelle donnant droit à un label. Soit, comme la plupart des labels, un audit complet fait avec des engagements à atteindre et un contrôle continu pour obtenir et conserver le label.

Actumontagne : Vous êtes donc en phase de recherche de financement pour développer votre calculateur ?
CM
: Effectivement pour l’instant, je traite manuellement le formulaire du diagnostic qui comprend 35 questions environ. En 2021, nous allons l’automatiser en créant un algorithme, mais pour ce faire nous avons besoin de 50 000€. En 2020, nous envisagions une levée de fonds via une campagne de financement participatif, mais avec la crise sanitaire, nous privilégions pour l’instant les dispositifs d’aides aux startups et porteurs de projets. Nous avons ainsi déposé des dossiers à la prochaine promotion du Village by CA des Savoie ou encore au 5e hackathon Digital & Outdoor, organisé par Outdoor Sports Valley et ses partenaires.

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Le ski de randonnée -ici en vallée de Chamonix encadré par Stéphane Lagarde-, la révélation pour beaucoup cet hiver où les remontées mécaniques sont administrativement fermées ©OT Vallée de Chamonix

Actumontagne : Quelles sont les écoles de ski engagées dans le calcul de leur écoscore et l’obtention du label Ecorider ?
CM
: Évolution 2 Chamonix qui s’est impliquée en amont pour rédiger le formulaire du calculateur avec nous, et l’école Aloa Chamonix. L’ESF de Chamonix est aussi intéressée. Lors d’une présentation que nous avons faite en décembre dernier au Plan B à Chamonix, deux de ses représentants étaient présents. C’est très encourageant !

photo de Une : la team des moniteurs Ecorider ©Ecorider

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