Au col du Lautaret, à 2 100 mètres d’altitude, le jardin botanique alpin présente quelque deux mille espèces végétales de montagne, aux couleurs flamboyantes et aux formes adaptées à leurs rudes conditions de vie… Présentation de ce lieu unique, au carrefour entre tourisme et science.

« Les espèces alpines arborent des couleurs très vives pour attirer les insectes peu nombreux en altitude et assurer ainsi leur reproduction. Pour résister au froid, elles sont en général de petite taille, car la neige les protège en hiver. Certaines adoptent une forme en coussin pour limiter les pertes de chaleur… ». Serge Aubert, responsable de la communication et de l’éducation au jardin botanique alpin du Lautaret, est intarissable sur le sujet. Il faut dire qu’elles ont de quoi captiver les deux mille espèces de toutes les montagnes du monde cultivées dans ce cadre privilégié, face aux glaciers de la Meije et au Galibier !
Sur deux hectares, elles sont regroupées à la fois par région (Alpes, Pyrénées, Himalaya, Andes, Japon, Sibérie…), mais aussi par milieu d’origine (éboulis, tourbières, pelouses alpines). Une zone est consacrée aux plantes médicinales et utiles, comme l’arnica montana. Certaines espèces sont très rares, par exemple le chardon bleu des Alpes, d’autres plus courantes comme le génépi. L’avantage, c’est qu’ici, on peut les voir de façon accessible (5 minutes de marche depuis le col du Lautaret) et toutes au même endroit, sans parcourir les sommets de la planète.
L’une des originalités de ce lieu est l’organisation de visites guidées par les étudiants de l’université Joseph Fourier à Grenoble, dont dépend le jardin botanique. D’une durée d’environ une heure et demie, elles présentent le jardin et son environnement alpin, mais donnent aussi l’occasion de parler de biodiversité ou d’étagement de la végétation.

Un tiers de la flore française

La flore chilienne s’épanouit aussi au Lautaret comme ici une variétée très colorée ramenée d’une campagne effectué en Amérique du Sud en janvier 2003

Car depuis sa création, le jardin botanique alpin du Lautaret allie deux vocations : touristique et scientifique. Il a d’ailleurs été créé en 1899 à l’initiative à la fois du professeur Lachmann, de l’université de Grenoble et de monsieur Bonnabel, hôtelier au col. Le choix du site est lié à sa position privilégiée, au croisement des Alpes du nord et du sud. La diversité climatique et géologique a ainsi favorisé une grande biodiversité naturelle, avec près de mille cinq cents espèces végétales, soit environ un tiers de la flore française. D’autre part, le col du Lautaret était déjà un passage très fréquenté entre le Dauphiné et le Briançonnais.
Aujourd’hui, la mission de recherche est toujours d’actualité, avec l’installation en 1989 d’un chalet-laboratoire à côté du jardin. On y étudie notamment les adaptations des plantes aux conditions extrêmes et la vulnérabilité des écosystèmes alpins. Et ces études se poursuivent l’hiver au sein de l’université Joseph Fourier, qui organise des conférences internationales sur ses travaux. Enfin, en collaboration avec différents conservatoires botaniques, le jardin alpin participe à des programmes de sauvegarde d’espèces rares et menacées, et échange des graines avec plus de 200 jardins dans le monde.
L’activité touristique est donc associée à une fonction scientifique importante, dont bénéficient les 25 000 visiteurs par an.

Jeanne Palay

Note : Ouverture jusqu’au 25 septembre. 5 euros l’entrée (3 euros tarif réduit). Gratuit moins de 12 ans.
Visites guidées en juillet et août uniquement, à 10 h 30, 14 h 30 et 16 h 30.
Tél. : 04 92 24 41 62.