Le 24 décembre dernier, Chamonix a ouvert son musée des cristaux, déclinant tout un pan de l’histoire minéralogique des Alpes. Un véritable événement patrimonial !

Chamonix a ses massifs, hérissés de pics et de glaces, sa population cosmopolite, amatrice de grands espaces et de glisse, et ses guides reconnus internationalement. Mais au-delà, qui se rappelle que la tradition d’alpinisme de la vallée a d’abord été bâtie par des hommes passionnés et téméraires nommés les cristalliers ?
Aujourd’hui, ces alpinistes de la première heure et leurs collections, parfois oubliées, souvent reléguées dans les garages ou les vitrines des collectionneurs, vont sortir de l’ombre. Enfin… ! Cela fait plus de 25 ans qu’élus de la municipalité et membres du club de minéralogie, créé en 1966, s’inquiètent de la possibilité de valoriser ce patrimoine unique !
Pierre Bavuz, président du club de minéralogie de Chamonix, regroupant près de 150 adhérents issus de la France entière, peut donc se féliciter, depuis Noël, le musée est ouvert.

Une fluorine rose géante

Jean-Pierre Siret, conservateur pour le club chargé de mettre en place la collection dans le cadre d’un comité scientifique, a plongé son nez dans les cartons, parfois recouverts de dix années de poussière. Il en a tiré des vraies « pépites », quartz fumés, améthystes, ou fluorines, qui devraient ravir les visiteurs. « Le musée est axé sur le grand public avec une partie apprentissage, explique-t-il, une grande place y est donnée aux minéraux alpins et de Chamonix, mais il est aussi ouvert sur les minéraux français et étrangers. »
Les amateurs de la région devraient donc y retrouver leurs petits, puisque parmi les quelques 400 pièces exposées se trouvent 150 à 200 cristaux alpins représentant un panel de minéraux trouvés entre Alpes et Oural et puisés au fil de trois collections –collection privée Lesage, du club, de la commune. Les visiteurs dénicheront des quartz fumés du Mont-Blanc, ou clairs -provenant de l’Oisans-, des « quartz peignes » vrillés, spécifiques des fissures alpines, ou des sceptres améthystes caractéristiques du bassin d’Argentière. Quelques minéraux rares, anatase et monazite –issus du titane-, ou sphène, devraient aussi attirer les spécialistes.
Mais la vedette de ce musée des cristaux sera sans aucun doute le plus grand monocristal connu, une fluorine rose trouvée durant l’été 2003 par les Chamoniards Stéphane Dan et René Robert. « Une pièce de 19 centimètres d’arête », insiste Jean-Pierre Siret, dont la commune s’est portée acquéreur.
Il est à parier qu’avec ce genre de pièce, Chamonix ne tarde à tailler une facette de plus de sa légende montagnarde.

Le musée des cristaux est situé au cœur de l’espace Tairraz, sur l’esplanade Saint-Michel. Tél. : 04 50 55 53 93. Prix d’entrée : 5€ (permet d’accéder à d’autres expositions).

Laurent Gannaz  
 

Photo : Jean-Pierre Siret, chargé de mettre en place les collections, tient un quartz marion, le plus foncé des quartz fumés.