Les moins de vingt ans savent-ils encore que la houille blanche est une métaphore inventée par Aristide Bergès à l’aube du XXe siècle pour désigner l’énergie hydroélectrique, en opposition à la houille noire ? Les jeunes Isérois sans doute, l’ingénieur et entrepreneur isérois d’adoption étant une figure locale que les enseignants des établissements du département citent volontiers. Pour les élèves des autres départements, c’est une autre histoire ! La réouverture du Musée de la houille blanche à Villard-Bonnot, au pied du massif de Belledonne (38), est l’occasion de rafraîchir la mémoire nationale sur cet industriel fourmillant d’idées, et sur les débuts de l’hydroélectricité en France.

Propriété du Conseil général de l’Isère depuis 2000, mais fermé en 2001 pour raisons de sécurité, ce nouveau musée départemental a été rebaptisé Maison Bergès-musée de la houille blanche, dénomination qui témoigne plus justement de son propos. En effet, pour l’instant, sur les deux bâtiments principaux acquis par le département sur le site des Papeteries de Lancey, la maison Bergès et le laboratoire de la papeterie, seule la première a été réhabilitée, ainsi que ses jardins, après quatre ans de chantier.  « C’est le premier volet d’un projet plus global qui vise à valoriser l’épopée industrielle et la mémoire ouvrière en Isère », explique Cécile Gouy-Gilbert, la directrice du musée.

Mucha, un habitué des lieux

 Avec le réaménagement de la maison patronale, le propos se concentre sur le parcours de la famille Bergès, Aristide en tête, ingénieur et entrepreneur éclairé, celui que la postérité a surtout retenu comme le père de la houille blanche. Son fils Maurice, ingénieur et artiste, est lui aussi très présent dans cette évocation. C’est par lui que les Bergès nouent des liens étroits avec les artistes en vue de l’époque. Et notamment avec Alfons Mucha, figure de l’Art nouveau, qui séjourne à plusieurs reprises à Villard-Bonnot. L’artiste tchèque a laissé son empreinte dans cette demeure. A l’origine modeste ferme de meunier, elle a été agrandie en 1898 pour affirmer la position sociale des Bergès. Esthètes et avant-gardistes, ils ont souhaité marier les styles, avec une prédilection pour l’Art nouveau, très tendance au tournant du XXe siècle.  La scénographie témoigne du foisonnement créatif de cette époque, aussi bien dans les arts que dans l’industrie, foisonnement qu’incarne la dynastie des Bergès.


L’histoire industrielle iséroise, de l’industrie papetière à la chimie, en passant par l’hydroélectricité, la métallurgie ou le textile, est abordée dans la dernière pièce de la bâtisse. Une présentation qui préfigure le futur centre d’interprétation souhaité par l’équipe de Cécile Gouy-Gilbert et par Claude Bertrand, l’ancien adjoint à la culture du Conseil général. Ce prochain espace muséographique devrait prendre place dans le laboratoire des papeteries de Lancey, édifice monumental de 2300 m², dont la réhabilitation, en ces temps de vaches maigres, est en stand by. Le Conseil général a engagé plus de 4 millions d’euros dans le chantier de la Maison Bergès. Si aucun chiffrage précis sur la réhabilitation du laboratoire n’est disponible à ce jour, on imagine bien, vu la taille du bâtiment, que son coût est largement supérieur. Il faudra sans doute faire appel au mécénat privé pour alléger la facture !
Sophie Chanaron

Musée ouvert l’après-midi de 13h à 18h (13h à 17h en hiver), du mercredi au dimanche. Audio-guides gratuits. Plusieurs livres accompagnent sa réouverture : Alpes électriques, paysages de la houille blanche, ouvrage collectif aux éditions Dire l’entreprise, 159 pages, 37,50€ et La maison Bergès. Entre éclectisme et Art nouveau, autre ouvrage collectif publiées par les éditions Conseil général de l’Isère, 68 pages, 13€