Désignée par beaucoup comme LA destination refuge post-confinement, la montagne redoute pourtant une saison estivale raccourcie et à l’offre dégradée. Ses différents acteurs planchent actuellement pour trouver des solutions satisfaisantes d’un point de vue sanitaire. Et limitant la casse, l’été étant de plus en plus indispensable pour les stations. Le point avec Claudie Blanc, directrice générale de Savoie Mont-Blanc Tourisme.

Actumontagne : Comment se porte le secteur du tourisme de montagne à deux mois de l’été ?
Claudie Blanc : En France, le secteur est figé depuis le 15 mars. Il est fragilisé avec cinq semaines en moyenne de manque à gagner pour la période hivernale. Nous l’avions chiffré à plus de 800M€ en Savoie Mont-Blanc, il avoisinerait plutôt le milliard d’euros selon Domaines Skiables de France. Quelque 10 millions de nuitées ont été perdues, idem pour six millions de journées-skieurs ; le chiffre d’affaires est en baisse en moyenne de 15% pour les moniteurs de ski ou encore les commerces de nos stations. Les guides n’ont pas pu pratiquer leur activité de ski de randonnée… Heureusement, notre destination a enregistré un bon mois de février, et une semaine de mars juste avant le confinement excellente ! Le taux d’occupation de décembre à la fermeture anticipée de la saison d’hiver est de 79% en Savoie et Haute-Savoie. Un très bon score.

Claudie Blanc, directrice générale ©SavoieMontBlanc

Actumontagne : L’été se profile avec beaucoup d’inconnues. Sur quel(s) scénario(s) travaillez-vous ?
CB : Nous planchons sur plusieurs scénarios qui pourraient se présenter. Celui où tout est fermé en montagne, celui où tout est ouvert, celui où l’on est ouvert avec des contraintes, et enfin, un entre-deux, celui que redoutent particulièrement les professionnels, où les stations seraient ouvertes mais avec une offre dégradée. Or, si les bars et les restaurants sont fermés, si des restrictions sont imposées sur les activités type piscine ou plan d’eau, alors ce serait très dommageable en termes d’attractivité pour la clientèle.

Actumontagne : L’absence d’événements ne risque-t-elle pas d’être aussi préjudiciable ?
CB
: Bien sûr ! Les grands événements comme le Tour de France (reporté à septembre) ou les festivals, comme Musilac (annulé), programmés d’habitude en première partie de saison, sont des vecteurs d’attractivité et de fréquentation très importants pour le territoire. Juillet est mal engagé dans ce domaine, mais nous espérons que les événements du mois d’août puissent avoir lieu.

Actumontagne : L’été pesant de façon très variable selon les sites, certains seront donc plus affectés que d’autres s’il est mauvais ?
CB :
Notre territoire enregistre près de 23 millions de nuitées de juin à septembre, dont 50% sur le seul mois d’août. L’hiver, elles dépassent les 41 millions. Effectivement, le poids de la saison estivale est très hétérogène d’un site à l’autre. A Avoriaz ou à Val Thorens, elle avoisine les 6% de la fréquentation annuelle, mais au Grand-Bornand, 38%. Globalement, l’été est important pour la montagne qui a la chance, contrairement au littoral, d’avoir deux saisons minimum. Pour beaucoup de socio-professionnels, la saison d’été permet de constituer de la trésorerie pour l’hiver. Donc nous ne lâchons rien sur cette période, bien au contraire. Il y a du potentiel pour l’avenir et à court terme, à l’heure du coronovirus.

Lac des Confins au dessus de la Clusaz et la chaîne des Aravis ©SavoieMontBlanc-Bijasson

Actumontagne : Beaucoup d’observateurs prédisent même que la montagne pourrait être la destination gagnante de l’été 2020. Qu’en pensez-vous ?
CB
: La montagne est une destination en capacité de répondre aux attentes d’une population, qui aura besoin au sortir du confinement, de s’aérer, de se sentir rassurée et en sécurité dans des sites, où la distanciation sociale est facile à mettre en œuvre. Elle offre aussi un bon rapport qualité-prix. Savoie Mont-Blanc Tourisme a commandé un baromètre en quatre vagues pour connaître les intentions de départs. Premiers résultats attendus fin avril. Ils vont nous permettre d’appréhender les comportements pour formuler des propositions adéquates.

Actumontagne : Ne faut-il pas avant tout rassurer sur les questions sanitaires ?
CB
: C’est primordial. Au niveau national, les acteurs de l’industrie du tourisme travaillent avec les autorités sur un label garantissant la sécurité sanitaire des établissements. Il est très attendu des hébergeurs. Dans notre future communication nous allons opérer la réassurance sur cette question. Nous allons aussi mettre largement en avant les valeurs de la montagne à travers la campagne télé orchestrée par France Montagnes avant l’été. Tous les massifs français participent dans une coopération fructueuse en amont. Elle vise à faire revenir la montagne dans les intentions de vacances. Ensuite, chaque massif va faire valoir ses spécificités avec des campagnes digitales complémentaires.

Actumontagne : Quid pour Savoie Mont-Blanc ?
CB
: Nous savons que la clientèle sera encore plus franco-française que d’habitude et même plutôt régionale. Avec une forte aspiration pour les courts séjours. Nous allons diffuser sur les réseaux sociaux des images sublimes de la montagne, parler de grand air, montrer la palette des activités outdoor possible, proposer de faire vivre des micro-aventures et des micro-expériences inoubliables. Nous sommes dans une période de flottement, de projections, beaucoup de choses vont se décider ces prochaines semaines, mais la montagne peut tirer son épingle du jeu.

Propos recueillis par Sophie Chanaron

Photos de Une : Trailer dans la réserve des Contamines-Montjoie ©SavoieMontBlanc-Bijasson