Alpiniste marquant, ayant notamment fait partie de la première cordée française à l’Everest, Jean Afanassieff, guide à la compagnie de Chamonix, est aussi devenu un talentueux réalisateur de documentaires. Rencontre avec ce grand personnage aux multiples talents.


 


« Certains me considèrent comme un alpiniste, d’autres comme un réalisateur », s’amuse Jean Afanassieff. L’homme est en effet difficile à classer, même si sa vie est toute entière placée sous le signe de l’aventure.


Né à Paris, il découvre l’escalade sur les rochers de Fontainebleau. Entre 14 et 16 ans, il se met à grimper très régulièrement, et à 17 ans il découvre l’Oisans. Pour son premier séjour à la montagne, il fait l’ascension de la Meije. Ensuite, c’est Chamonix, avec comme première course la face nord des Drus. L’homme ne s’embarrasse pas de préliminaires, il va droit au but. Et son but, c’est de grimper.


À 18 et 19 ans, il se fait remarquer non seulement par ses cheveux longs, mais surtout par ses ascensions solitaires, notamment dans les faces nord des Grandes Jorasses, des Droites et de l’aiguille Verte. « Nous étions imprégnés des idées de mai 68. Je recherchais la liberté poussée à l’extrême, et j’avais l’impression de la trouver en grimpant seul dans des itinéraires que je ne connaissais pas. Je m’en suis sorti car j’ai eu de la chance. On n’est jamais à l’abri d’une chute de pierre, même si on grimpe bien ».


Il devient guide de haute montagne à 20 ans et à 21 ans réalise la première ascension du mont Ross aux îles Kerguelen. C’est le début d’une longue série d’expéditions sur les plus belles et les plus hautes montagnes du monde, qui le fascinent totalement. Lorsqu’on lui demande comment il s’entraîne, il répond : « Je ne m’entraîne pas, la montagne, c’est mon mode de vie ».


 



 


Une heure et demie à 8 848 mètres


L’un des sommets de sa vie, c’est l’Everest en 1978. À 25 ans, il est le premier Français sur le toit du monde, avec Pierre Mazeaud et Nicolas Jaeger. « Ça a été une expérience unique, pour moi qui rêvais d’expéditions. Nous sommes partis à pied de Katmandou, nous étions les seuls au camp de base. Nous sommes arrivés au sommet par grand beau temps, sans vent, et nous avons pu y rester une heure et demie sans oxygène. En Himalaya, la réussite dépend à 50 % des conditions climatiques, nous avons eu beaucoup de chance. C’était formidable, et ça m’a ouvert le contexte himalayen ». Ensuite, les expés se succèdent : K2, Broad Peak, Fitz Roy en Patagonie…


C’est justement au Fitz Roy qu’il réalise son premier documentaire, où il montre la rigueur du climat patagonien. Puis chaque expédition représente l’occasion d’un film, ce qui lui permet au retour de poursuivre la magie de ces moments. Il réalise des portraits de Yannick Seigneur, Jean-Marc Boivin, Eric Escoffier, « pour décortiquer la personnalité de quelqu’un en mettant en lumière ses actions ».


En 1984, il fait une chute en grimpant dans le versant rocheux du Grand Paradis. Il s’en sort diminué physiquement, et du coup se lance à fond dans le métier de réalisateur. Alors qu’au début, la montagne était le décor de tous ses films, l’inspiration se diversifie par la suite. D’origine russe, il connaît un peu la langue, ce qui lui permet de partir en Russie tourner plusieurs documentaires, sur le lac Baïkal, les chasseurs de mammouth, le sous-marin nucléaire Koursk… « Ce qui me fait vibrer, c’est de rencontrer des gens qui ont des choses à raconter et le font avec passion ».


Aujourd’hui, à 51 ans, Jean Afanassieff exerce peu le métier de guide, même s’il affirme se sentir toujours intégré à la compagnie de Chamonix. Il vit de ses films et s’occupe de ses enfants de 8, 10 et 13 ans. « J’ai évolué de façon positive grâce à mes films. Je profite plus de mes enfants que quand je grimpais comme une bête ! ». Ses projets se situent désormais dans le domaine télévisuel, même s’il ressent « un besoin indispensable d’aller voir ce qui se passe là-haut », dit-il en montrant le mont Blanc à travers la baie vitrée de sa maison de Chamonix.


Jeanne Palay


Vous pouvez vous procurer certains films de Jean Afanassieff  sur


http://www.mildoc.com/mildoc/index.php