Comme si ça ne lui suffisait pas, Francis Callamard est, en plus d’être paysan, guide de haute montagne et maréchal-ferrant. Basé aux Contamines Montjoie, il jongle entre ces trois activités parfois dans une seule et même journée et ce, toujours avec humour et sincérité. Rencontre.




« Quand ils commencent à bouger, c’est du sport ! ». « Ils », ce sont les ânes que Francis Callamard ferre au détour d’une ruelle, aux Contamines-Montjoie. Maréchal ferrant depuis 16 ans, il est aussi paysan et guide de haute montagne. Avec lui, donc, pas de monotonie ! Obligation familiale oblige, Francis cultive la terre dès son plus jeune âge, mais très tôt, son regard se perd sur les hauteurs enneigées. La montagne le fascine et l’envie de grimper se fait de plus en plus pressante. À 14 ans, muni de vieux crampons, il s’échappe le dimanche matin pour faire un sommet avant d’être de retour à la ferme à midi. Dès lors, la passion ne le quitte plus. Il devient guide de haute montagne en 1976, sans abandonner pour autant son exploitation agricole.
Pour lui, le métier de guide, ce n’est pas seulement être un bon technicien, mais surtout « faire découvrir la montagne aux autres ». Quelque soit la course, il éprouve toujours le même plaisir à voir les gens s’émerveiller. Et puis, se promener sur les glaciers, ça le détend car ses journées sont bien remplies ! Parfois, il lui arrive d’enchaîner le ferrage d’une mule avec une école d’escalade, les foins l’après-midi et une montée en refuge le soir, ce qui a fait croire à plus d’un qu’il avait un jumeau !


Ferrage à la française


Maréchal ferrant, Francis l’est devenu un peu par hasard lorsque son prédécesseur décède et lui lègue tout son matériel. Il ajoute alors une nouvelle corde à son arc et se passionne pour le ferrage. Il suit une formation de trois semaines mais il sait déjà tout faire. Façonner le métal est tout un art. Il forge lui-même ses fers et les pose selon la méthode du ferrage « à la française ». Celle-ci consiste à clouter le fer au sabot pendant qu’une autre personne le maintient entre ses jambes. À l’opposé, avec le ferrage « à l’anglaise », le maréchal est seul pour maintenir et ferrer le pied de la bête.
L’activité de maréchal ferrant est « un bon complément au métier de guide car ça correspond aux saisons mortes. » Le ferrage a lieu en effet principalement en juin, à l’automne et en hiver. Seul maréchal de la région, Francis ferre surtout les bêtes agricoles : les mules des bergers, les ânes des gardiens de refuge ou ceux des particuliers. Il lui arrive aussi de « chausser » les bêtes qui conduisent les traîneaux. Il n’est pas rare qu’il se déplace jusqu’en Chartreuse. Et comme s’il n’avait pas assez de travail comme ça, il y a la vingtaine de vaches, les 140 moutons et les chevaux dont il faut s’occuper sept jours sur sept. Aidé de ses enfants, Francis arrive à tout gérer. Il est l’un des derniers paysans à récolter les foins avec une jument de trait. Le lait est livré aux coopératives de Domancy ou de Beaufort selon la saison et, l’été, les bêtes montent en alpages. Francis vit de la montagne mais il est surtout de ceux qui la font vivre en maintenant une activité pastorale qui tend à disparaître.
Céline Roguet