Il y a sept ans, Dachhiri Dawa Sherpa a quitté le Népal pour la Suisse. Maçon à Genève la semaine, coureur à pied le week-end, il a laissé son empreinte sur les plus grandes courses en montagne. En février 2006, il représentera son pays aux Jeux olympiques de Turin sur le 50 km ski de fond.


L’histoire commence au Népal, à 2700 mètres d’altitude, dans la région de l’Everest. Enfant, Dachhiri Dawa Sherpa suit l’enseignement des maîtres dans un monastère bouddhiste. Sept années durant, il apprend le kung-fu, la méditation, la concentration et la maîtrise de soi. A 15 ans, premier tournant : son père décède. Il lui faut subvenir aux besoins de sa famille, six frères et deux sœurs. Le Népalais quitte les moines, trouve quelques roupies dans le milieu du trekking comme aide-cuisinier puis guide en montagne. Entre deux expéditions, son karma l’attend. Sollicité pour participer au super marathon de l’Himalaya, sept jours de course en équipe, le Népalais rencontre une Française. Deux amours vont désormais l’accompagner : Annie, qui deviendra sa femme, et la course à pied.


Du bleu de travail aux baskets


En 1998, Dawa s’installe avec sa compagne à Genève, en Suisse. Côté pile, il travaille comme ouvrier en bâtiment, côté face, il court à grandes enjambées sur les sentiers de montagne. Il se découvre une réelle aptitude à enchaîner, « pour le plaisir », les kilomètres et les dénivelées, au grand dam de ses adversaires. Il gagne plusieurs dizaines de compétitions : Raid des Dents Blanches, Montée du Salève, Inter Lacs en Corse, Tour des Annapurna… La plus longue et la plus difficile ? L’Himalrest, 23 jours de course, plus de 1000 km pour 38 000 m de dénivelée entre les camps de base des Annapurna et de l’Everest !
Dans le milieu du trail, le Népalais fait un peu figure d’extraterrestre. Il est un des seuls à pouvoir enchaîner, du jour au lendemain, deux courses différentes, sans entraînement particulier. Un des seuls à sauter du bleu de travail aux baskets, et vice et versa, sans transition. En 2003, lors de la première édition de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, Dawa accumule les heures de travail jour et nuit, accroché au marteau-piqueur. Le samedi, il franchit la ligne d’arrivée de Chamonix en vainqueur. Le coureur analyse mal ses performances, déclare même « avoir moins que le minimum normal de globules rouges dans le sang. » Comme il n’a pas fait l’objet de tests spécifiques, il hasarde quelques hypothèses : l’habitude de la vie en altitude et des chemins escarpés,



l’hygiène de vie, la maîtrise de son corps peut-être…



En février 2006, il sera l’unique représentant de l’équipe du Népal aux Jeux olympiques de Turin, inscrit sur le 50 km ski de fond. Il se prépare à sa manière, en grimpant, roulettes sous les pieds, jusqu’au Salève. Faute de maîtriser la technique du skating, il ne vise pas vraiment un résultat. Qu’importe. A 34 ans, Dawa a des rêves simples comme un idéal olympique : « participer, rencontrer des gens… »


Laurent Gannaz