11 475 cyclistes amateurs (sur les 13500 inscrits au départ) ont participé dimanche 7 juillet à l’Etape du Tour, qui reprenait cette année le tracé de la 20ème étape du parcours des pros entre Annecy et le Semnoz. Parmi les 10 624 « finishers » (soit 89,97 % des partants, un record sur l’événement en 21 éditions) se trouvait un journaliste de la rédaction d’Actumontagne. Récit.

Si les premiers coups de pédale de l’Etape du Tour ne sont donnés que le dimanche, celle-ci commence en fait dès le samedi. Le Village de l’événement, installé au Pâquier, sur les rives du lac d’Annecy, accueille les cyclos venus récupérer leur dossard et/ou assister à la retransmission sur grand écran de la première étape de montagne du Tour de France 2013, entre Castres et Ax-3 Domaines. Les applaudissements nourris  saluant la victoire de Christopher Froome permettent de constater que nos amis britanniques sont en force cette année (24,3 % des inscrits, soit la deuxième nation la plus représentée après la France et ses 57 % de participants).

Le village de l'événement était installé au Pâquier, sur les rives du lac d'Annecy © L. Fabry - ASO

Dès la fin de la retransmission, les cyclos foncent sur le stand Mavic, afin de faire vérifier – gratuitement – que leur vélo ne souffre d’aucun problème mécanique avant le jour J. Dans la (longue) file d’attente, je rencontre Charles, un Nordiste exilé en région parisienne, qui a l’habitude de rouler dans la vallée de Chevreuse. « J’espère que mon entraînement suffira pour finir dans les délais. Mais même en enchaînant plusieurs fois les petites cotes du coin – comme celle de Saint-Rémy-de-Chevreuse (1 km à 6,9 %) que les coureurs du Tour emprunteront lors de la dernière étape – je n’ai jamais pu faire plus de 1000 mètres de dénivelé positif cumulé en une seule sortie », dit-il en songeant aux 3500 mètres qui nous attendent le lendemain… Comme Charles – dont c’est la première participation – de nombreux inscrits ambitionnent simplement de finir l’étape dans les délais.

Charles le Nordiste, quelques minutes avant le départ © Martin Léger

Je retrouve Charles dimanche matin, aux environs de 7h30. Les candidats à la victoire finale et les « people » (Alain Prost, Paul Belmondo, Jean-Baptiste Grange, Julien Lizeroux, Alexis Pinturault, Jason Lamy-Chappuis, le maire d’Annecy Jean-Luc Rigault…) se sont déjà élancés depuis une demi-heure, alors que nous ne partirons vers 8h30. En effet, pour des questions de sécurité et de fluidité, les cyclistes sont répartis en douze sas de départ de 1000 coureurs, avec plusieurs minutes d’écart entre chaque sas. Dans le sas n°12, qui réunit principalement des néophytes de l’Etape du Tour, de nombreux cyclos profitent du soleil en attendant le départ. Bon nombre d’entre eux – dont je fais partie – appréhendent les premiers kilomètres, le roadbook indiquant une succession de terre-pleins au milieu de la chaussée tout au long de la traversée de Sevrier (km 5). Ces doutes seront très vite dissipés après moins d’une centaine de mètres. L’échelonnage des départs et la présence de signaleurs aux endroits sensibles permettent de rouler en toute sérénité, et de profiter de ces neuf kilomètres de plat – les derniers de la journée ! – pour s’échauffer tranquillement avant la côte de Puget, première ascension du jour. S’il faut faire preuve d’un minimum de vigilance en doublant les autres cyclos – qui évoluent en une file ininterrompue sur cette route en lacets– on profite néanmoins d’une ambiance bucolique et d’une vue imprenable sur le lac d’Annecy.

L'échelonnage des départs permet de rouler en toute sérénité © L. Fabry - ASO

Le premier ravitaillement est situé à la Motte-en-Bauges, après 35 kilomètres de course. Bananes, pommes, orange, pain d’épice, gels énergétiques, barres de céréales, tomme des Bauges et même le p’tit coup de rouge qui va bien permettent de reprendre quelques forces en vue des difficultés à venir. Celles-ci ont déjà visiblement bien entamé les organismes de deux cyclotouristes de la région parisienne, que je rattrape au niveau du village du Châtelard, cinq kilomètres après ce premier ravitaillement. Leur manque d’entraînement et leur petite forme du jour ne leur fait pas perdre leur sens de l’humour. Au moment où une habitante du village nous encourage depuis le balcon de sa maison, l’un deux lui lance : « Vous ne voudriez pas enlever le haut ? On en aurait bien besoin ! ».
Les choses sérieuses n’ont pourtant pas encore commencé. Si la côte d’Aillon-le-Jeune s’apparente plus à un faux-plat montant qu’à un « vrai » col, le col des Prés, qu’on franchit après 54 kilomètres de course, est déjà nettement plus corsé, même s’il n’est pas très long.

Au sommet du col des Prés © Martin Léger

S’ensuit la première grosse descente du parcours. Le fait d’évoluer sur route fermée rend celle-ci particulièrement agréable. On peut se laisser filer et retarder son freinage, en profitant de toute la largeur de la route pour compenser d’éventuelles fautes de trajectoire, autant de choses impossibles sur une route ouverte à la circulation… à moins d’être un véritable kamikaze. On est loin des 90 à 100 km/h des coureurs pros, mais les pointes à 70 km/h permettent de faire monter un peu l’adrénaline.

Derniers kilomètres interminables

Quelques kilomètres plus loin, il est temps d’attaquer l’ascension du Mont Revard. La foule présente dans le village de Saint-Jean- d’Arvey nous encourage en vue de la longue montée qui nous attend. Même si celle-ci ne présente pas de rampes redoutables, elle pèse sur les organismes de par sa longueur (16 km). On commence à voir certains participants mettre pied à terre, lorsqu’ils ne s’arrêtent pas quelques minutes au bord de la route pour récupérer, certains allant même jusqu’à s’allonger. Si je me sens encore plutôt frais, mon genou droit l’est beaucoup moins et commence à « grincer » sérieusement à partir du moment où je remonte sur le vélo après le ravitaillement de la Féclaz, un peu moins de 4 km avant le sommet du Revard. Je savais que la montée suivante – celle du Semnoz – allait quoi qu’il arrive être difficile. Dans ces conditions, sur une jambe et demie, elle pourrait tourner au calvaire. Pendant les 25 km de faux plat – montant et descendant – entre la fin de la descente du Revard et le début de la montée du Semnoz, je tâche d’économiser au maximum mon genou, et j’en profite pour admirer les paysages vallonnés qui s’offrent à mes yeux.

Passage au Pont de l'Abîme, quelques kilomètres avant d'attaquer l'ascension du Semnoz © Martin Léger

L’arrivée à Viuz-la-Chiesaz marque le début de la montée du Semnoz, même si celle-ci ne commence « officiellement » (selon le classement de la montagne du Tour) qu’à Quintal, quatre kilomètres plus loin. Les premières rampes à la sortie du village sont terribles, et les deux kilomètres qui suivent encore pires, surtout lorsqu’on ne peut pas se mettre en danseuse… Tout le monde semble à l’agonie dans cette dernière montée de la journée. De très nombreux participants mettent pied à terre, voire marchent en poussant le vélo. Un cylco lance à son collègue : « Quand les pros vont passer là dans deux semaines, ils vont se rendre compte que le Semnoz n’a absolument rien à envier à l’Alpe d’Huez ».

A un kilomètre de l'arrivée au Semnoz © L. Fabry - ASO

 

Les kilomètres semblent interminables, surtout avec un genou en vrac. Les panneaux d’information indiquant le pourcentage moyen de chaque kilomètre – jamais à moins de 7 %, le plus souvent à 9 % – donnent à chaque fois un coup au moral. Après un dernier virage et un ultime petit raidard, j’aperçois la ligne d’arrivée. Comme tous les participants, je suis envahi d’une intense émotion au moment de franchir la ligne. D’un coup, j’oublie toutes les douleurs et repense à ces 130 km de bonheur au milieu de paysages sublimes, avec la fierté du devoir accompli.

Enfin l'arrivée ! © L. Fabry - ASO

Charles, que je retrouve au Village à Annecy, n’a pas eu cette chance. Victime de deux crevaisons et deux chutes, il a passé sa journée à courir derrière – ou juste devant – la voiture balai, avant de se résoudre à abandonner au sommet du Mont Revard, « parce que je ne voulais pas me mettre au tas dans la descente ». Comme chez les pros, le Tour est généreux pour les uns, cruels pour les autres…

Martin Léger – Dossard 12771

Arrivée au Semnoz © Martin Léger

 

Le classement :
1. Nicolas Roux, les 128 km en 4h13’41’’ (dont 2h19’51’’ dans les montées répertoriées)
2. Peter Pouly à 1’30’’ (2h20’11’’ en montée)
3. Julien Absalon à 2’07’’ (2h19’57’’ en montée)

95. Magdalena de Saint-Jean (première femme) à 28’34’’ (2h44’08’’ en montée)

6622. Martin Léger à 3h12’09’’ (3h57’42’’ en montée)

10622. Thierry Senes à 6h26’01’’ (10h54’43’’ en montée), dernier homme classé

10624. Katherine Lines à 6h42’31’’ (10h56’12’’ en montée), dernière femme classée

Les 25 km de faux-plat entre la fin de la descente du Revard et le début de l'ascension du Semnoz se déroulent dans un paysage très vallonné© Martin Léger

Les raidards - comme ici à la sortie du pont de l'Abîme - étaient nombreux au cours de cette étape proposant à peine 10 km de vrai plat © Martin Léger

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