La station des Aravis en Haute-Savoie est au ski freestyle ce que l’Autriche est au ski alpin : une véritable usine à champions, d’où sortent chaque année de nouvelles merveilles. Tentative d’explication de cette insolente réussite.

Laurent Favre, médaillé d’argent en half-pipe aux X-Games (Jeux olympiques du ski freestyle) et Anaïs Caradeux, vainqueur de la coupe du monde de ski half-pipe, ont étoffé cet hiver l’impressionnant palmarès du club des sports de La Clusaz, déjà riche d’un sacre olympique, de quatre titres de champions du monde et de sept coupes du monde de ski de bosses gagnés par Edgar Grospiron et Raphaëlle Monod, et de quatre médailles d’or en half-pipe et big air décrochées par Candide Thovex aux X-Games.
"Il y a toujours eu une véritable culture du freestyle à La Clusaz, transmise de génération en génération", explique Edgar Grospiron. «De nombreux jeunes du club des sports sont originaires des villes voisines, notamment Annecy. Or les citadins ont un esprit plus rebelle que les montagnards pure souche, et sont de ce fait plus attirés par le freestyle que par le ski alpin", avance le champion olympique de ski de bosses 1992.

 

Laurent Favre, médaillé d’argent aux derniers X-Games, l’équivalent des Jeux olympiques pour les sports extrêmes

Cette culture du freestyle prend racine au milieu des années 1970. A l’époque, une bande de copains décide de reproduire sur  les pistes de La Clusaz ce qu’ils ont vu dans les premiers films de "hot-dog" (l’ancien nom du freestyle), tournés aux Etats-Unis. "Nos parents occupaient alors des postes-clés dans la station : maire, président du club des sports… Ça a facilité la création d’une section freestyle au sein du club des sports", se souvient Christian Favre, l’un des membres de cette bande et premier entraîneur de cette section freestyle, née en 1979.

Plaisir et émulation

Son acolyte Thierry Verhnes, qui lui a succédé au poste d’entraîneur (il a eu Edgar Grospiron sous sa coupe), insiste sur l’état d’esprit régnant au sein de cette section. "Notre réussite, c’est d’avoir su donner à tous ces jeunes le goût et la joie de skier, sans pour autant tomber dans le laxisme. On ne peut pas devenir un bon freestyler sans avoir de bonnes bases en alpin. Pour leur donner ces bases, je mettais des piquets de slaloms directement dans les murs de bosses, afin que l’entraînement soit le plus ludique possible. Le plaisir est la clé du succès".

Monsieur Candide Thovex en pleine action !

Si La Clusaz voit éclore chaque année de nouveaux talents, elle le doit aussi à un site exceptionnel pour la pratique du freestyle, comme en témoigne l’afflux des meilleurs freestylers mondiaux le week-end dernier sur le massif de Balme, lors du Candide Invitational, organisé par Candide Thovex. Les pistes sont aménagées sur un terrain très vallonné, avec une multitude bosses naturelles, de barres rocheuses et de grandes pentes pour enchaîner les courbes à grande vitesse. "On skie beaucoup en hors-piste, dans la poudreuse, ce qui nous donne d’excellentes bases, bien meilleures que si on se contentait de passer nos journées dans le snowpark", estime Anaïs Caradeux.
Cette dernière, du haut de ses quinze ans, évoque aussi la saine émulation présente à La Clusaz. "Tout le monde veut ressembler à Candide (Thovex) ou à Lolo ( Favre). Ça m’arrive de skier avec eux, et ils m’incitent à dépasser mes limites. Ici, chaque pro-rider est un peu le mentor d’un petit jeune qui débarque au club des sports." Comme l’était à l’époque Edgar Grospiron pour un certain Candide Thovex…

Martin Léger