En avril prochain, au Tribunal de Grande Instance d’Albertville, professionnels du droit et professionnels de la montagne vont se retrouver pour débattre autour du thème brûlant d’actualité de la sécurité sur les pistes de ski. L’occasion de parler des actions concrètes de prévention des exploitants, sans éluder, pour les magistrats, la question de la répression des conduites dangereuses. Un sujet délicat au royaume de la liberté et des sensations fortes.

La série d’accidents de ski survenus pendant les vacances de cette fin d’année 2013, dont celui hypermédiatisé de Michael Schumacher à Méribel le 29 décembre dernier, montre combien la sécurité sur les pistes, comme en hors-piste, est un sujet qui fait débat. Sur la scène publique et dans les médias, mais aussi dans les prétoires, avec des procès longs et coûteux. «Aujourd’hui, en cas d’accident, la société exige des sanctions très fortes des coupables, avec une volonté de médiatisation des procès », rappelait en décembre dernier, non sans une certaine prémonition, le procureur de la République près de la  Cour d’appel de Chambéry, Jacques Dallest.
Le haut-magistrat intervenait lors d’une rencontre exceptionnelle du monde judiciaire et des professionnels de la montagne à Méribel-Mottaret, à l’initiative de son exploitant, la S3V, la Société des Trois Vallées, qui gère aussi le domaine de Courchevel. Elle visait à permettre aux professionnels du droit, et en particulier aux magistrats, « des généralistes », de mesurer en pratique les actions des exploitants en matière de sécurité.

Information et sensibilisation
Depuis trois ans, la S3V est en effet en première ligne sur le sujet, avec parmi ses initiatives phares, la mise en place de security patrols. Un dispositif humain de prévention, fruit d’une réflexion menée avec le procureur de la République près du TGI d’Albertville, Patrick Quincy, en réponse au sentiment d’insécurité exprimé par une large partie de sa clientèle. «Une préoccupation grandissante de nos clients, qui par peur de l’accident pour eux-mêmes ou leurs proches, nous ont déclarés vouloir renoncer à skier», témoigne Claude Faure,  président du directoire de la société.
Ce sentiment d’insécurité de la clientèle, encore plus palpable chez la clientèle anglo-saxone, contraste pourtant avec la réalité des chiffres d’accidentologie. Non seulement, les accidents graves sont rares sur les domaines skiables, mais l’an dernier, selon les chiffres donnés par Domaine Skiable de France, le nombre de blessés sur les pistes a baissé de 10 %, alors que la fréquentation augmentait de 5 %.
Nombre de professionnels de la montagne veulent y voir l’effet positif des aménagements ad hoc, et de la prévention sur le terrain des pisteurs-secouristes. « Il faut continuer de responsabiliser les skieurs et les sensibiliser aux bons comportements sur les pistes. Trop de sécurité peut nuire à la vigilance des skieurs et engendrer des comportements à risques », témoignait en début de saison, Pierre Lestas, président de Domaines Skiables de France. Il traduisait l’inquiétude des montagnards à l’égard de la judiciarisation de la société. Selon eux, elle mettrait en péril, la liberté et la responsabilité, deux valeurs chères aux skieurs. Et pourrait aussi nuire aux affaires… Difficilement concevable pour la première destination mondiale du ski.

©Actumontagne/SC

Un colloque pour échanger

Le 12 mars prochain au TGI d’Albertville, à l’occasion d’un colloque organisé sur la sécurité sur les pistes et réunissant professionnels du droit et montagnards -le deuxième du genre-, les magistrats, acteurs de la prévention eux aussi, expliqueront pourquoi ils souhaitent que les maires réglementent davantage les comportements dangereux sur les pistes de ski. Liés notamment à une alcoolisation excessive, à la prise de stupéfiants, ou à la volonté croissante de montrer ses exploits sur Internet, ceux-ci sont actuellement difficiles à caractériser, faute d’arrêtés municipaux. Or, en progression sensible, ils augurent, en l’état, de procédures judiciaires complexes. Une perspective qui rapprochera peut-être les positions entre juristes et montagnards.
Sophie Chanaron

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