Mardi 18 juillet, l’Alpe d’Huez accueille l’arrivée de la 15è étape du Tour de France, en provenance de Gap. C’est la 25è fois que la Grande Boucle fait étape dans la station de l’Oisans, théâtre en 1952 de la première arrivée en altitude de l’histoire de la plus célèbre course cycliste du monde. Histoire d’une légende.

"Sa renommée internationale, l’Alpe d’Huez la doit davantage au Tour de France qu’à son domaine skiable". Cette analyse de Georges Rajon, président de… la SATA (la société qui exploite le domaine skiable) de 1968 à 1986, en dit long sur le caractère mythique de l’étape de l’Alpe d’Huez dans l’histoire du Tour.
C’est en 1952 que naît l’idylle entre la Grande Boucle et la station de l’Oisans, à l’initiative de Georges Rajon, qui fut également président du club des sports de l’Alpe d’Huez de 1950 à 1975. Sur les conseils de M. Barbaglia, un ami de peintre en bâtiment de Bourg d’Oisans, il contacte M. Vermelinger, le directeur du Tour de l’époque, pour lui proposer d’organiser le final d’une étape à l’Alpe d’Huez. "Il a tout de suite été séduit par le projet, qui a pourtant bien failli ne pas se concrétiser, raconte Georges Rajon. La station n’avait pas les moyens de payer les frais d’organisation, qui s’élevaient à 20 000 F. Nous avons donc demandé – et obtenu – d’accueillir également une journée de repos, afin de doubler les recettes des hôteliers, qui ont rétrocédé une partie de leur chiffre afin de payer ces frais d’accueil du Tour."

Il faudra pourtant attendre 1976 pour que la Grande Boucle fasse de nouveau étape à l’Alpe d’Huez, à la suite d’un heureux concours de circonstances. "Le Tour devait passer par Grenoble à l’origine, mais Hubert Dubedout, le maire de l’époque, n’en voulait pas, même si on le payait pour ça. En octobre 1975, à l’occasion d’un déjeuner avec Félix Lévitan, alors directeur de l’épreuve, le journaliste du Dauphiné Libéré Roger-Louis Lachat lui a suggéré de se replier sur l’Alpe d’Huez. Félix Lévitan m’a donc appelé et je lui ai immédiatement donné mon accord", se souvient Georges Rajon. 

Emotions fortes et affluence record

Depuis cette date, l’Alpe d’Huez est devenue une étape incontournable du Tour. De Joop Zoetelmelk à Lance Armstrong, en passant par Bernard Hinault et Marco Pantani (recordman de la montée depuis 1995 avec un temps de 37 minutes et 35 secondes), elle a toujours consacré d’immenses champions. L’Alpe d’Huez peut même se targuer d’être la seule ville-étape de l’histoire du Tour à avoir accueilli deux arrivées lors d’une même édition. "C’était en 1979, à cause du désistement de Vars deux mois avant le début de l’épreuve", témoigne Georges Rajon.

Si l’étape de l’Alpe d’Huez est devenue mythique, c’est aussi parce qu’elle offre un concentré des émotions générées par le Tour de France. Parmi les épisodes célèbres survenus à l’Alpe d’Huez, on se souvient notamment de l’arrivée main dans la main de Greg Lemond et Bernard Hinault en 1986, comme un symbole de réconciliation entre deux immenses champions qui s’étaient jusque là tiré dans les pattes bien qu’ils appartenaient à la même équipe, la Vie Claire. On garde aussi en mémoire la chute de Giuseppe Guerini en 1999, heurté par un spectateur imprudent prenant une photo au milieu de la chaussée, ce qui n’avait pas empêché l’Italien de s’adjuger l’étape cette année-là.
On ne sait pas encore qui de Landis, Sastre, Hincapie ou Moreau s’imposera au sommet des 21 virages le 18 juillet. Une chose est sûre néanmoins : le public sera une nouvelle fois au rendez-vous, même si l’affluence record de 2004 (près d’un demi-million de personnes massées sur les 13,9 km de la montée) sera sans doute dure à battre.

Martin Léger