A très exactement J-116 du début des Jeux de Sotchi (7 au 23 février 2014), les athlètes de l’équipe de France olympique étaient réunis hier à Paris pour la traditionnelle présentation d’avant-saison à la presse et aux partenaires. L’information principale de la journée ? La désignation de Jason Lamy-Chappuis, champion olympique de combiné nordique à Vancouver, comme porte-drapeau d’une équipe de France qui se veut plus unie que jamais.

Pendant plus de deux heures, officiels et athlètes se sont succédé sur la scène de la Maison du Sports, siège du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF). Tous ont martelé des messages d’envie, d’ambition et de cohésion, bref des discours de circonstance avant d’entamer la dernière ligne droite de préparation en vue des Jeux Olympique de Sotchi, où l’on retrouvera une délégation française forte de quelque 250 personnes, dont 116 à 128 athlètes et autant d’officiels (la première liste de sélectionnés sera publiée le 21 janvier, la liste définitive le 27 janvier).
Mais ce qui intéressait véritablement les membres de l’assistance, c’était la réponse à la question suivante : qui succèdera au biathlète Vincent Defrasne comme porte-drapeau de l’équipe de France olympique ? Au moment de la présentation des biathlètes, Marc Maury, le Monsieur Loyal de la cérémonie, a d’ailleurs demandé à Martin Fourcade, l’air de rien, si le fait de disputer une épreuve dès le lendemain de la cérémonie d’ouverture pouvait être problématique. Réponse de l’intéressé, dans un grand sourire : « Il y a une question cachée, derrière ? », référence au fait que le nom du double tenant du titre du gros globe de cristal de biathlon a été cité ces derniers jours dans les médias comme un porte-drapeau possible. Le cadet des frères Fourcade ne figurait pourtant pas dans la « short-list » finale, où on retrouvait Ophélie David (septuple lauréate de la coupe du monde de skicross), Brian Joubert (triple champion d’Europe – 2004, 2007, 2009 – et champion du monde 2007 de patinage artistique) et donc Jason Lamy-Chappuis, finalement désigné porte-drapeau.

Tony Estanguet et Laura Flessel ©Martin Léger

 

« C’est une grande fierté, je sais qu’Ophélie et Brian aussi avaient à cœur d’être porte-drapeau et ils le méritaient tout autant que moi. C’est une grosse responsabilité, je vais essayer de faire du mieux que je peux, en tout cas, c’est un grand plaisir. On va y aller tous ensemble sur ces JO et on sera une grande famille ! », a déclaré, au moment de recevoir le drapeau, le combiné de Bois d’Amont, triple vainqueur de la coupe du monde et quadruple médaillé d’or aux championnats du monde, en plus de son titre olympique. Quelques minutes plus tard, il nous confiait : « Bien sûr que ça amène des responsabilités et de la pression supplémentaires, mais il faudra faire la part des choses entre mon rôle de porte-drapeau et mes objectifs sportifs. Je suis très honoré de sentir le soutien du monde sportif. Je ne m’attendais pourtant pas forcément à être désigné, en raison de l’alternance. » L’alternance ? Une règle tacite du CNOSF, qui, des Jeux de Lillehammer en 1994 à ceux de Vancouver en 2010, avait confié ce rôle honorifique tantôt à un homme, tantôt à une femme, tantôt à un représentant des sports de neige, tantôt à un athlète issu des sports de glace. Or le dernier porte drapeau – Vincent Defrasne – était un homme issu des sports de neige, tout comme Lamy-Chappuis.

Au moins 15 médailles

Quelques minutes auparavant, les responsables sportifs avaient dévoilé leurs ambitions pour Sotchi. « Je suis optimiste parce qu’on a des athlètes talentueux, conquérants et motivés. Si on pouvait tutoyer Salt Lake City (médaille d’or pour Anissina-Peizerat en danse sur glace, ndlr), ce serait pas mal », juge Didier Gailhaguet, le président de la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG). Et Xavier Sendra, directeur technique national de la FFSG, de pronostiquer avec humour qu’ « on fera mieux que Turin et Vancouver réunis ». Et pour cause, les athlètes français des sports de glace n’ayant ramené aucune médaille des deux dernières échéances olympiques ! Du côté de la Fédération Française de Ski (FFS), les objectifs sont plus clairs : « Ramener 15 médailles, dont un tiers en or, comme je l’avais déjà annoncé l’an passé, rappelle le DTN Fabien Saguez. L’équipe de France a énormément progressé ces dernières années. Il y a un mélange générationnel qui apporte beaucoup. On a beaucoup appris des derniers JO et championnats du monde, même si on y a connu des fortunes diverses. Cette équipe est aujourd’hui à maturité. » Et Michel Vion, président de la FFS, d’ajouter : « On a la confiance, grâce aux 19 médailles, dont 7 titres, ramenées des championnats du monde de l’ensemble des disciplines des sports de neige l’hiver dernier. Je souhaite qu’on reste sur cette bonne dynamique. »

Soutien de l’ensemble du monde sportif

De dynamique, il en a aussi été question dans le discours de Denis Masseglia, le président du CNOSF : « L’équipe de France olympique, ce n’est pas un concept virtuel. C’est quelque chose qui se bâtit tous les jours. A ce titre, le stage de préparation olympique qui a eu lieu en mai à Prémanon était essentiel, afin de créer l’envie d’être ensemble aux JO, l’envie de faire corps. » A l’image de ces propos inauguraux, toute la présentation d’hier avait pour but de démontrer le soutien de l’ensemble du monde sportif français, et même au-delà, à cette équipe de France olympique. Valérie Fourneyron, Ministre des Sports, a ainsi rappelé que « du 7 au 23 février, les Français voudront vibrer aux exploits de nos athlètes. Nos quotidiens vont être rythmés par les Jeux Olympiques (…) A travers les JO, la France peut avoir un rayonnement international. Mais le sport, c’est aussi la cohésion sociale, l’aménagement du territoire, l’action des clubs,etc. C’est pourquoi le gouvernement soutient la délégation olympique française. (…) J’ai souhaité qu’il y ait une inscription dans les lois, mais aussi bien sûr au budget, des primes olympiques et paralympiques, afin que ces athlètes aient la reconnaissance qu’ils méritent. » Rappelons que les médaillés olympiques et paralympiques toucheront 50 000 euros pour l’or, 20 000 euros pour l’argent, 13 000 euros pour le bronze… et que ces primes seront fiscalisées, y compris pour les athlètes français résidant à l’étranger.

Denis Masseglia, président du CNOSF (à gauche), aux côtés de Marc Maury, le Monsieur Loyal de la cérémonie

Ce soutien du monde sportif s’est aussi traduit par les interventions de Tony Estanguet et Laura Flessel. Le triple champion olympique de canoë-monoplace a rappelé aux athlètes présents que « le meilleur est à venir « , que la préparation permet « d’apprivoiser cette ambiance olympique », et qu’il était important « d’entretenir cette dynamique collective. A Londres ça avait bien marché grâce à ça ». La double médaillée d’or d’escrime (à l’épée) a de son côté lancé : « Vous n’êtes pas seuls. Tous les athlètes d’été vous soutiennent, ils n’attendent que de retweeter vos exploits. Il n’y a qu’une seule équipe de France olympique, été et hiver confondus ».
Il reste maintenant aux athlètes à transformer ces belles paroles en médailles à Sotchi. En 2010, à Vancouver, ils étaient revenus avec 11 breloques : 2 d’or, 3 d’argent et 6 de bronze.

Martin Léger

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